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des dangers. Ce qui nous touche immédiatement est trop restreint; le présent est trop fugitif; ce qui est éyident et positif laisse trop peu de mérite aux déterminations de la volonté.
Dans un trait de magnanimité , tous trouverez toujours le mouvement et l'abandon de la confiance : ce sera la foi en autrui; ce sera surtout la foi en la vertu; ce sera 1 effet d*une conviction profonde et pleine. Nous défierions un sceptique de se livrer à Viikipulsion de la magnanimité , si son scepticisme s'étendait à toutes les choses morales.
La grandeur d*âme suppose donc une certaine éleva* tion dans Tesprit, et Tusage d*un commerce fréquent et facile avec les vues générales qui seules ont de 1 e^ tendue. Les habitudes de Fanal jse, si elles sont trop exclusives et trop prolongées , la subtilité d'esprit, la recherche et la finesse de^ aperçus, peuvent faire évanouir les plus nobles sentimens , en leur ravissant les perspectives dont ils avaient besoin de se nourrir. Un esprit trop médiocre trahit souvent un cœur généreux : pour aspirer à ce qui est majestueux , il faut , avant tout , le concevoir.
La grandeur d'âme ne peut trouver à se satisfaire dans un sentiment individuel et trop exclusif; elle y manque d'alimens; elle y rencontre trop de Umites. Telle est , sans doute , la cause d un phénomène souvent remarqué : savoir que les hommes entre lesquds elle éclate sont, en général, peu accessibles à la passion de l'amour.
La passion de la gloire , au contraire , aura pour elle un attrait puissant , et deviendrait même son écueil , si la grandeur d'âme ne demeurait fidèle à son principe.
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Car elle trouve dans la gloire comme un concert magnifique qui redit en sons éclatans les nobles secrets des sentimens dont «lie est inspirée, qui en perpétue Fexpression et la propage de toutes parts. Heureux et utile instinct placé dans les grandes âmes, pour que, en aspirant à des palmes brillantes, elles fussent naturellement conduites à se produire devant nos yeux, à nous éclairer, à nous entraîner par leur exemple, à instruire leur siècle et la postérité ! Oui, qu*ils montent en efFet sur les sommets de la gloire , que l'illustration les envi* /ronne comme une lumineuse auréole, ceux qu'inspira la magnanimité ! Que de là ils consolent , réjouissait le monde par leur présence! Qu'ils se produisent comme la fleur même de l'humanité, parée de ses plus riches nuances ! qu'ils j deriennent comme la décoration de la société ! qu'ils y paraissent comme autant de signaux destinés à réveiller, dans tous les cœurs, les affections vertueuses, à les encourager, en leur inspirant de hautes et légitimes espérances !
La grandeur «d'âme se nourrit de respect, d'admiration , d'un saint et pur enthousiasme; car elle a toujours les regards tournés en haut, vers ce qui est excellent par soi-même. C'est le propre des grandes âmes de se complaire dans le culte rendu aux belles actions. Loin d'être accessibles à l'envie , elles éprouvent une joie sincère et profonde à voir honorer sur la terre ce qui est honorable; elles provoquent, elles appellent de toutes parts les hommages qui lui sont dus, elles s'enivrent en quelque sorte du triomphe de la vertu. Celui qui ne connaît point le sentiment du respect n'a point l'idée des choses réellement élevées ; celui qui est incapable d'ad-» mirer ce qui est grand , est incapable de le produire.^
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Le véritable enthousiasme est un mélange d'admiration et d'amour, qui s'adresse à ce qui est bon et beau tout ensemble; c'est un sentiment actif , avide de conquêtes; dans les arts, il personnifie; en morale , il fait plus, il réalise. Il est des esprits aveuglés par la vanité, pour prétendre trouver dans l'incapacité où ils sont d'ad^ mirer, une preuve de leur supériorité. Il est des hommes qui affectent de se défendre d'un enthousiasme qu'ils ignorent, etqui transforment ainsi en sagesse leur impuissance. Les âmes étroites se croient de l'enthousiasme, quand elles s'exaltent pour ce qui les étonne : les imaginations ardentes se croient de l'enthousiasme, quand elles sont émues par ce qui n'a que l'éclat extérieur. Prenez garde à la manie de l'esprit de critique! prenez garde aussi à \û soif immodérée du succès! L'une éteindrait, l'autre égalerait le principe générateur de la magnanimité.
La grandeur d'âme a toujours un caractère éminemment naturel; elle paraît exécuter les grandes choses facilement; du moins, ses efforts n'ont rien de contraint et de tourmenté ; ce qui est extraordinaire pour des êtres médiocres, n'est qu'ordinaire et comme familier pour elle. C'est qu'en effet les principes et les germes de la magnanimité sont dans notre nature. S'ils y de* meurent étouffés, c'est que nous les paralysons nousmêmes; s'ils se produisent, c'est qu'ils ne rencontrent plus d'obstacles dans les liens de la personnalité. Tout est vrai d'ailleurs dans les vues qui inspirent la magnanimité, comme dans les affections qui la nourrissent; c'est elle qui apprécie la valeur intrinsèque des choses; elle se remplit et se pénètre du sentiment de ce qui est bon; la conscience qu'elle en a, lui donne une juste
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sécurité, et, avec la sécurité, cette aisance et ce calme qui donnent à Faction produite quelque dtose de si ferme, de si franc, de si décidé, de si accompli*
Pour que la grandeur d*âme troure à se satisfaire, il faut sans doute que les circonstances lui offrent une occasion digne d'elle; ces occasions, en tant qu'elles peuvent lui ouvrir un théâtre extérieur, sont rares; elles sont presque un privilège réservé aux conditions supérieures dans la société , à celles que la fortune ou le pouvoir ont entourées de leurs faveurs ; privilège dont peut-être elles sentent cependant trop peu le prix ! mais , il est aussi d'autres scènes qui , pour n'être pas exposées aux regards des spectateurs , n'en sont pas moins propres à exercer cette haute puissance de l'homme. * La présence du spectateur manifeste ce qui est grand et ne le crée pas. Seulement, il est beaucoup de gens qui ne savent apprendre en effet ce qui est grand que par la bouche des autres , et semblent n'en pouvoir obtenir directement l'intelligence.
Mais , si la magnanimité ne peut se satisfaire que par intervalles, il faut qu'elle soit dans Fàme elle-même une disposition habituelle et constante. Elle ne peut naître à volonté, et pour le seul moment du besoin. Elle préexiste, impatiente de se produire, quoique peut-être ne se connaissant pas encore bien elle-même. En présence de l'occasion ou de l'exemple, elle se produit en effet spontanément, elle s'échappe libre et pleine de joie, comme le génie qui se révèle subitement à la présence d'un chef-d'œuvre. Elle est en effet à la vertu , ce que le génie est aux arts.
Il est si vrai qu'un libre et entier oubli de soi-même est l'un des traits essentiels et caractéristiques de la
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grandeur d'âme, que le vulgaire est ordinairement porté à le supposer partout où cet oubli de soi se montre d'une manière éclatante. Voilà pourquoi on s'accorde surtout à le reconnaître dans le pardon accordé à un ennemi y dans l'indifférence aux injures, dans le dédain pour les faveurs de la fortune. Aussi , les deux formes les plus naïves de la personnalité , c'est-à-dire la cupidité et la vanité , sont-elles ce qu'il y a au monde de plus incompatible avec elle; le moi, dominant, rame* nant tout à lui , et s'avouant à lui-même ses prétentions exclusives , est quelque chose de si mesquin , de si puéril I Cependant l'oubli de soi n'est qu'une des conditions de la grandeur d'âme; quelqu'entier qu'il puisse être , il ne suffirait point pour la constituer. Une indifférence absolue pour soi-même n'aurait rien d'élevé , si elle était possible. Il faut que l'oubli de soi-même soit un sacrifice réel , quoique accompli avec joie ; il faut que ce sacrifice soit fait à un objet digne de le recevoir; il faut, en un mot, qu'un amour plus noble et plus pur ait conquis et absorbé l'amour de soimême*
Les grandes âmes ont entre elles un commerce intime et un langage qui leur est propre; ce langage peut être difficile à comprendre quelquefois pour le vulgaire; certains hommes, échappés du vulgaire, ne le comprennent pas en effet, et se croient en droit, par là, d'en contester le sens et la valeur.
Les grandes âmes sont sujettes à certaines négligences dans les choses de détail ; il faut bien qu'elles
laissent cette consolation à l'esprit de critique et à
I» • envie.
Il y a un sublime pour les caractères, comme pour
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les productions de Fesprit. II résulte des deux principes qui constituent la grandeur d'âme, éleyës tous deux ensemble à leur terme le plus extrême. Qu'est-ce à dire ? Il réside dans l'immolation , dans l'immolation entière à la voix du bien j lorsqu'elle exige en effet un sacrifice aussi absolu. Cette immolation , qui fait tressaillir les âmes vulgaires d'horreur et d'effiroi, est embrassée par les grandes âmes avec une joie si vraie et si pure^ qu'elle semble être pour elles plutôt encore une récompense qu'un sacrifice. C'est moins pour elles un fardeau à soulever , qu'une couronne à saisir. L'immolation , au reste , ne consiste pas toujours à donner sa vie ; il y a des hommes qui donnent leur vie avec légèreté : il y a, dans certaines circonstances , plus de grandeur dans la manière de recevoir la mort, qu'il n'y en aurait à aller au-devant d'elle ; il y a quelquefois plus de grandeur à consentir à vivre , et surtout à se résigner à survivre , qu'à braver ou subir le trépas. Il y a une immolation qui embrasse tous les intérêts et tous les instans de l'existence , qui emporte un renoncement à l'ensemble de ses habitudes , de ses .penchans , le sacrifice de sa fortune , de sa carrière , le sacrifice de ses plus chères affections; il y a l'exil volontaire; il y a des occasions où l'on se trouve appelé à braver l'opinion , le préjugé de son pays et de son siècle. Le martyr de la vérité et de la vertu a plus d'une fois été frappé d'une ignominie apparente ; il a subi la sentence prononcée par le yic^ ou l'absurdité, applaudie par le vulgaire. Que les héros du monde se taisent et s'incUnent devant un tel héroïsme ! ils recueillenl les applaudissemens des hommes; celui-ci ne recueille que leurs injustices. La gloire les couronne ; celui-ci n'a pour appui que le suffrage de sa conscience.