‹ Du perfectionnement moral, ou De l'éducation de soi-même, Volume 2Chapitre 61 sur 150 · LIV. III. SBCT* I. CHAP. Y* . l4l · texte numérisé non relu

LIV. III. SBCT* I. CHAP. Y* . l4l

simple maxime. Lorsque descendant de cette généralité sur le sol de la pratique, le devoir se manifeste comme une prescription de détail, son expression devient plus expressément une règle.

On voit d'avance quels doivent être, et l'utilité et les inconvéniens, ou des maximes, ou des règles, et combien il est à désirer pour l'intérêt du perfectionnement moral , de maintenir , autant qu'il est possible , les unes et les autres dans une étroite alliance. Les ^maximes fondamentales ont, en morale, cet admirable privilège, qu'elles sont par elles-mêmes lumineuses, éloquentes : elles ont l'évidence des axiomes; elles s'adressent aux plus intimes facultés du cœur. Elles n'ont besoin , ni de se justifier par un appareil d'argumentation logique, ni de s'aider d'aucun artifice oratoire. Au contraire, plus elles conservent de simplicité dans leur expression , plus la conviction qu'elles exciteront sera profonde.

Qu'au milieu d'une réunion d'individus de toute condition, de tout sexe, de tout âge, n'ayant de com* mun entre eux que les traits généraux de l'humanité, mais attentifs, pour un moment exempts de passions, libres de distractions extérieures, une de ces maximes éternelles, universelles, soit subitement présentée dans toute sa pureté , encore détachée de toute application , et forte de sa vérité seule : comme elle retentit à la fois dans toutes les âmes ! Avec quel concert unanime et spontané elle est reçue! Quel élan de persuasion et d'admiration la salue,. avant qu'aucune réflexion ait pu en faire prévoir les conséquences ! Quel hommage lui est rendu par ceux-là même qui n'en accepteraient peut-être pas, en effet, les conséquences, si elles leur

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imposaient qudque sacrifice! Quel transport d'une adhésion sincère et profonde ! Son triomphe sera d autant plus complet que la simplicité du langage aura été plus parfaite 9 que Fexpression aura été plus fidèle. Une foule d*étres frivoles , étrangers aux méditations de la sagesse 9 arrachés un moment à leurs habitudes, dé* pouiUés de leurs préjugés, se rencontrent, s'entendent avec les gens de bien, parce qu'ils ont été subitement rappelés à la lumière du rrai et aux sentimens de la nature.

Il y a, pour les classes les plus ignorantes de la société, un grand nombre de sentences, transmises et reçues par un assentiment universel , qui exercent un empire naturel sur les âmes , et en sont uniquement redevables à l'évidence intrinsèque de la pensée morale qu'elles contiennent. Les notions qu'elles traduisent ainsi en formules se manifestent d'elles-mêmes comme des vérités primitives, d'autant mieux saisies, qu'elles sont moins accompagnées de démonstrations , de commentaires et de tout appareil pédagogique. C'est la philosophie du peuple, et ses axiomes renferment quelquefois un sens assez profond. Tel fut aussi le langage que la morale emprunta chez les premiers sages de l'antiquité. Tels furent les codes tracés pour la civilisation naissante par les gjmnosophistes de l'Asie, par les gnomiques grecs , et dans les livres sacrés de plusieurs peuples. L'image du bien se produit dans ces sentences vulgaires, conune dans un miroir fidèle; elle s'y montre sous ses formes naïves, dépouillée de tout prestige étranger, telle qu'elle sort, vierge et pure, du fond de la conscience humaine ; on la reconnaît à la simple vue, et, pour y applaudir, il suffit de la reconnaître.

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