LIV. III. SSCT. I. CHAP. V. l^i
Ce sont ces maximes primitives qui répandent dans la méditation solitaire de si abondans faisceaux de lumière ^ qui y deviennent l'objet d'une contemplation ravissante. Ce sont ces maximes éternelles qui répandent un si vif éclat) soit qu elles apparaissent dans les productions philosophiques , soit que la poésie ou lart oratoire aient le bonheur de pouvoir s*en saisir. Remarquons-le toujours : loin que l'impression qu'dles produisent soit aucunement due aux artifices du style ^ c'est leur simple présence ^ au contraire ^ qui prête au style des effets magiques : l'impression sera d'autant plus profonde que le discours ^ comme un milieu par^ faitement transparent ^ aura conservé à la vérité une fidélité plus entière.
Ces maximes^ en un mot, qui expriment la notion originelle du bon, sont comme un point de ralliement pour le genre humain; ce sont eomme les souvenirs de la commune patrie. En rencontrant ces vérités si familières et cependant toujours si attachantes , on éprouve un sentiment semblable à celui d'un ami qui retrouve un ancien ami ^ d'un disciple qui retrouve son ancien maître.
Mais y à raison même dé cette extrême généralité ^ et de ce caractère absolu qui les rendent si lumineuses et si fécondes y les maximes primitives peuvent présenter quelquefois d'extrêmes dangers. Les esprits contemplatifs s'y retranchent, s'y renferment, pour se dispenser d'agir, dédaignant peut-être , dans le mouvement d'un fol orgueil, les modestes observances de la pratique. Nécessairement présentées sous une forme abstraite, elles peuvent être mal saisies; éloignées des applications, adoptées avec précipitation, elles pour-
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ront être mal déterminées ^ être invoquées hors de propos f recevoir un faux emploi. On sera quelquefois plus encore ébloui que guidé par Téclat qu'elles répandent. L'enthousiasme qu'elles ont le pouvoir d'exciter achèvera trop souvent d'égarer ceux qui croiront pouvoir se confier à elles seules. Le danger croîtra à me* sure que ceux à qui elles seront offertes seront moins instruits, moins exercés à réfléchir, et surtout, moins appliqués à l'observation, moins prémunis par l'expérience. L'ignorance saisit avec une extrême avidité ces instrumens qui paraissent avoir une utilité aussi prompte qu'universelle. Le fanatisme s'empare avec ardeur de ces armes qu'il peut si bien faire servir à sa cause. La logique des passions a un art merveilleuX'pour tirer, de la maxime la plus pure, les conséquences qui leur conyi^anent. Combien de ces sentences si belles et si vraies, en elles-mêmes, on pourrait citer, qui ont été peut-être inscrites sur les bannières que suit une foule exaltée dans sa fureur, et, au milieu même de cette étrange* profanation , étaient cependant encore invoquées de bonne foi !
Les règles spéciales , les préceptes positifs , échapr peut à un semblable danger , le préviennent, lorsqu'ils sont employés à propos , et deviennent comme autant de remparts. Placés à l'autre extrémité de la chaîne des idées , ils expriment toujours le type de quelque action spéciale et précise, souvent avec toutes ses circonstances de temps et de lieux. Us ne laissent ainsi qu'un champ très-Umité à la réflexion. Us étendent la formule impérative jusque sur les moindres détails : ils prévoient tout, tracent tout à l'avance. En cela même ils ont un genre d'utilité : ils offrent à notre volonté toujours