‹ Du perfectionnement moral, ou De l'éducation de soi-même, Volume 2Chapitre 63 sur 150 · LIV. III. SECT. I. GHAP. Y. l · texte numérisé non relu

LIV. III. SECT. I. GHAP. Y. l

faible, incertaine et chancelante, un point d'appui fixe et certain; ils lui tracent la formule de ses déterminations; ils ont une raideur qui résiste à la mobilité des circonsl;ances et à celle de notre humeur. Les règles sont toutes empreintes du caractère d'autorité qui appartient à la loi morale; elles instruisent en commandant. Les règles s'allient aux habitudes; elles en prennent la forme; elles en ont la ténacité. En se plaçant dans le cadre des lieux et des temps, en s emparant des moindres détails , elles contractent une précision , une rigueur, une exactitude, qui préviennent l'incertitude et l'hésitation ; elles ne laissent point lieu à la discussion. Elles circonsciÎTent tellement l'activité, qu'elles rendent l'erreur comme impossible, lorsqu'elles sont elles-mêmes sagement tracées; elles font jouir aiAsi ceux qui les observent, d'une extrême sécurité. Ce que l'équerre et le compas sont à la main de l'ouvrier, voilà ce que sont les règles pour l'activité humaine.

Cependant, les règles spéciales, en se multipliant, en descendant toujours davantage aux applications, en cherchant à tout prévoir, contractent aussi la sécheresse qui accompagne ordinairement tout appareil didactique. Si elles font entendre le langage de l'autorité, elles ont peu d'éloquence pour exprimer le sentiment ; «Ues définissent mieux qu'elles n'expliquent, prescri* vent mieux qu'elles ne persuadent. Elles saisissent plus facilement la vie extérieure , qu'elles ne pénètrent dans les secrets de l'âme. Précises, énergiques, quand il s'agit d'interdire ce qui est mal, d'ordonner ce qui est juste, leur langue est moins riche et moins claire quand il s'agit d'encourager au meilleur ; elles imposent la fidélité et le devoir, plus qu'elles n'inspirent le

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zèle de la vertu. A mesure que la r^le devient {dus spéciale , elle s'éloigne davantage du foyer commun de la lumière; ses motifs deviennent ainsi moins sensibles; elle prend donc une apparence d arbitraire dans son langage. L'emploi en paraît plus fincile^ parce qu'il est plus immédiat; mais on la comprend moins bien en l'employant. Les règles fiivorisent quelquefois l'oisiveté de la réflexion; on s'y confie aveuglément; on s'applique peu à les restrândre aux cas pour lesquels elles ont été fiiites; on se laisse entraîner à leur accorder une valeur plus grande que celle qui leur appartient; on aperçoit mal le lien qui existe entre elles , la subordination qu'elles doivent observer et les rapports sous lesquels elles se modifient. Elles devienn^it des gènes ) plus encore que des guides. On s'impose ainsi, en réalité, de nombreuses observances, plus encore qu'on ne s'exerèe à des vertus réelles; on y tient par une sorte de routine , plus que par une conviction sincère. Combien de gens abandonneraient plutôt un principe de morale que la règle de détail qu'ils se sont faite ! De la sorte, le sentiment moral s'af&iblit, quoique les devoirs se multiplient.

Lès règles sont une chose très*agréable pour ceux qui aiment à commander, à juger, et à condamner; on a toujours des règles pour les autres, dors même qu'on n'en a pas pour son propre usage.

On se place souvent derrière les règles comme derrière un rempart, pour se défendre contre les sollicitations généreuses; on trouve ou l'on crée des r^les qui rendraient toutes les grandes actions impossibles.

On a souvent des règles pour se dispenser de xéfléchir, comme des répertoires pour se dispenser d'étudier.

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