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qu^ils ont une analogie plus naturelle avec les impressions dont ils doivent être les excitateurs, et que, liés plus étroitement aux habitudes, ils laissent moins voir leur origine. Dans les états bien policés, dans les pays qui ont eu le bonheur de conserver les usages antiques, les mœurs sont tout empreintes de ces influences; les . individus y respirent, y marchent, y commercent eatr# eux, environnés des symboles qui rappdient les maximes de la morale privée ou de la morale publique* L'observation des bienséances est elle-même une sorte de langage familier qui reproduit encore ces maximes, comme étant généralement reconnues au s^n de la société , et qui les exprime dans les dehors, dans les, formules d'usage , dans les manières.
L apologue joue , dans Tenfance individuelle , le même nôIe que dans lenfance de la société humaine. AGUe moyens s'offrent aussi à un instituteur habile, pour environner lelève de symboles propres à entretenir les sentimens moraux dans son jeune cœur; moyens dont peut-être on connaît trop peu ou dont on néglige trop lemploL C'est ainsi, par exempte, que le sentiment des bienséances est rarement cultivé avec assez de soin dans les établissemens publics d éducation; on n'aperçoit pas toutes les conséquences que peut avoir la grossièreté des manières dans les premières habitudes de la jeunesse.
Cette espèce de régime moral qui seconde l'autorité des maximes, par le concours des allégories, des symboles, peut avoir aussi ses exagérations et ses abus. Destiné surtout à servir de préparation pour la première adolescence, à éclairer son ignorance et à soutenir sa feiiblesse , il aurait l'inconvénient, s'il se
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prolongeait d'une manière trop absolue, de prolonger aussi l'adolescence elle-même. Le moment vient où les emblèmes doivent faire place à la vérité dont ils ont été les précurseurs y ou l'homme doit apprendre à la contempler face à face dans son imposante majesté, et à l'honorer d'autant plus qu'il la voit mieux à découvert. L'habitude de ne voir les vérités morales que sous des expressions emblématiques et figurées ^ entretient dans l'âme une e^ce de mollesse; elle ne laisse pas conce^ voir et sentir toute la gravité ^ toute l'austérité du devoir. Quelquefois mème^ cette habitude peut dégénérer en une sorte de superstition, et le symbole peut, dans sa pratique I occuper le rang qui était dû aux notions qu'il représente; ne voit-on pas quelquefois certaines gens faire des bassesses pour obtenir les insignes de l'honneur? Tous les genres d'allégorie ont d'ailleurs par euxmêmes un grave inconvénient : ces vives images ne peu* vent donner que des définirons vagues^ approximatives, incomplètes; elles peuvent par conséquent favoriser souvent l'eirreur : elles multiplient, entretiennent les écarts d'une exaltation trop vive, les illusions de la témérité. Ainsi se trouve malheureusemcrnt secondée cette disposition trop fréquente à reléguer dans la ré^on de l'imagination la morale qui devait être tout entière itn* j^ntéedans le solde la vie réelle, à se récréer des dovtt et suaves accords de cette poésie, pendant qu'on né-* glige la pratique des devoirs positifs ^ et k s'excuser même à ses propres yeux d*une aussi coupable négligence, par le culte que l'on rend à une vertu idéale, dans des rêveries pleines de charmes.
Il semble quelquefois , dans certains pays^ à certaines époques, que le sentiment moral éprouve une sorte
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d'épuisement; les vieux symboles qui^ dans les mœurs antiques, avaient une si grande puissance , perdent toute leur magie ; les traditions dépouillées de leurs charmes n'inspirent plus qu'une sorte de lassitude. Cependant , les vérités morales , si elles s'offrent dans toute leur simplicité , n'éprouvent alors aussi que l'accueil le plus froid j on les accuse d'être triviales , surannées; on est fatigué d'entendre toujours redire ces vérités éternelles; on veut qu'elles soient rajeunies; il faut, poiu* satisfaire un public blasé et frivole^ inventer des combinaisons artificielles et variées qui puissent réveiller l'attention , ranimer l'intérétl; il faut appeler au secours des vérités morales toutes les ressources de l'art dramatique; il ne sera point permis aux écrivains d'exposer ces vérités augustes, sans les jeter dans un cadre ingénieux, sans les placer sous la protection des succès littéraires , sans en d^uiser le caractère, sans demander grâce enquelr que sorte pour elles; il ne sera point permis d'instruire, sans s'entourer de tous les moyens de plaire. Triste et honteuse servitude, dont les serviteurs de la morale ne peuvent trop se hâter de s'affranchir , et dont ils n'hésiteront pas à s'affranchir en effet, si les ambitions de la vanité ne viennent point en eux se rendre complices de l'indifférence du public! Qu'ils osent braver ce dédain d'un monde avide de jouissances! qu'ils ne condamnent point la vertu à rougir d'elle-même ! qu'au lieu de solliciter les suffrages du vulgaire par une lâche adulation, ils osent lui parler avec une autorité juste et sévère, avec l'autorité qu'ils reçoivent de leur propre mission ! qu'ils osent présenter une fois les maximes saintes du bien, revêtues du seul ornement qui leur convient, la simplicité; les exprimer avec la dignité, la
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franchise qu'inspire une conviction profonde .'qu'ils ne clésespèient point de leur siècle! qu'ils accordent, par k implicite de leurs discours, un gage d'estime à leurs auditeurs t II se trouvera des auditeurs sensibles à ce témoignage d'estime^ et capable d'y répondre.
L'emploi des récompenses et des châcimens, s'il est bien entendu, a une analogie beaucoup plus étroite qu'on ne le croirait avec celui des signes allégoriques. Car les châtimens et les récompenses sont essentiellement destinés à faire sentir, à rappeler les lois dU devoir, les motifs qui les justifient, à en rendre l'in^age plus sensible et plus vive. Autant leur influence peut devenir utile, s'ils se bornent à remplir ce rôle auxiliaire et subordonné, autant elle peut devenir funeste , si par malheur les réaxnpenses et les châtimens venaient se substituer eux-mêmes aux motifs du devoir. Toute la moralité des actions humaines est détruite, elle est détruite dans son principe vital, dans sa source originelle, si on ne conçoit l'idée du bien que comme une action récompensée, celle du mal que comme une action punie. C'est alors la personnalité elle-même, la personnalité seule, la personnalité dans toute sa nudité, qui usurpe le siège de la vertu, même dans l'accomplis^ sèment de ce que prescrit la vertu. Il n'y a plus réellement ni bien, ni mal, ni mérite, ni démérite; il y a avidité de jouir, crainte de la souffrance; il y a calcul de l'intérêt; il y a précisément les mêmes mobiles, les seuls mobiles qui conduiraient également aux plus grands crimes, si l'intérêt était déplacé; il n'y a plus aucune différence entre celui qui pratique extérieurement le bien, et le coupable , quant aux vues qui les conduisent, aux sentimens qui les inspirent; l'un seulement calcule
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peut-être plus exactement et plus habilement que Tau* tre. 11 n'y aura donc plus de morale, il n*y aura plus de justice; il n j au;ra plus qu'un vil égoïsme régnant sous des formes diverses , accompagné de ses deux lâches et odieux ministres y la cupidité et la crainte. Cessons même dès-lors d'employer les termes de récompense et de châtiment; elles ont disparu , les notions que ces termes expriment ; il n'y a plus qu'un marché entre celui qui commande, menace, promet, et celui qui obéit pour obtenir, pour éviter, sauf à désobéir, s'il peut réussir à des conditions meilleures. Celui-là seul mérite d'être récompensé , qui eût encore agi de même, alors qu'en remplissant son devoir, il n'en eût recueilli que la persécution ; celui-là mériterait encore d'être puni , qui ne s'est abstenu du mal qu'en vue de la peine , et qui n'a point désavoué l'intention malveillante au fond de son cœur.
Y a-t-il donc rien au monde dont les conséquences puissent être plus fatales, qu'un système de peines et de rémunérations tellement combiné, que la rémunération et la peine remplacent le sentiment moral, deviennent les seuls mobiles des détenninalions humaines? La morale avait pour but de réprimer l'aveugle ambition des jouissances et dWmer l'âme d'une courageuse résistance contre la douleur et le danger ; et votre funeste système achève précisément d'enivrer ou d'abrutir : d'enivrer, s'il fait prévaloir Tespérance des récompenses que vous promettez ; d'abrutir , s'il fait prévaloir l'appréhension .du châtiment ! Dès que, dans la récompense ou le châtiment, il n'aperçoit rien au-delà , il épiera les moyens d'obtenir l'une, d'éviter Faulre, à moins de frais et en satisfaisant les penchans dont vous lui demandez le sacri-
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fice. S*il y réussit ^ il sera conséquent et fidèle à l'enseignement que vous lui aurez donné ; si , à force d'habileté ou d'audace, il devient un scélérat heureux, puissant, vous pourrez en lui contempler votre ouvrage! Pourquoi alors ne serait-il pas honoré? N*a-t-il pas atteint ces avantages extérieurs dans lesquels vous avez voulu faire consister pour lui tous les mérites? Voilà précisément l'efiet que le despotime doit produire sur le caractère général d'un peuple, comme celui que produiraient sur le caractère d'un élève les caprices de son instituteur. Les châtimens et les récompenses ne se présenteront plus que comme une institution tout arbitraire qui remplacera la loi, le devoir. Le sentiment de la justice, s'il résiste aux influences de ces fausses injonctions, se révoltera contre un semblable emploi de la force où il ne verra que faveur pour les uns , oppression pour les autres , en sorte que les hommes, s'ils ne sont dégradés, seront appelés à la résistance; et qu'ils résisteront même à ce qui était bien en soi , pour ne l'avoir conçu que comme un joug odieux. Tout mouvement généreux sera étouffé dans son principe, OQ bien il se dirigera contre l'autorité même qui aura méconnu sa propre vocation , et abusé de sa puissance.
Or, l'effet qui résultera d'une manière absolue , si la rémunération ou la peine s'offre comme entièrement arbitraire, aura lieu encore, mais suivant des degrés divers, si la rémunération et la peine sont en disproportion avec le mérite ou le démérite réel des actions auxquelles elles s'attachent.
Que si , au contraire, l'emploi du châtiment et de la récompense est tellement conçu , que l'un et l'autre ne servent uniquement qu'à ramener l'esprit et le cœur à
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la connaissance et au sentiment du devoir , cet emploi pourra devenir une sorte de langage énergique , un mode d'instruction salutaire et d'autant plus salutaire qu'au lieu de voiler les motifs du devoir , il les mettra mieux en évidence. Il atteindra ce but, si un raport exact est observé entre le mérite réel des actions et la pénalité ou la libéralité, et si le choix des récompenses et des peines est en même temps déterminé par l'analogie avec les notions morales dont elles doivent favoriser le réveil. Les rémunérations ou les châtimens empruntés aux plaisirs des sens ou aux douleurs corporelles^ sont donc les moins propres à remplir cette destination : il est à craindre qulls ne viennent bien plus favoriser les penchans de la sensualité , que rallumer l'amour de la vertu. La solitude, le travail peuvent au contraire, dans Tordre des châtimens. Tune, disposer au recueillement, par le le recueillement à la réflexion , l'autre, rétablir des habitudes méthodiques et régulières. Les témoignages d'estime seront de tous les modes de rémunération celui qui exprimera avec le plus de fidélité la pensée que la récompense doit faire comprendre. Le mérite et le démérite prennent, dans la juste application de la récompense ou du châtiment, une forme sensiblequi en rend la notion plus profonde, le souvenir plus durable. Témoins d'un crime ou d'unebelle action , un mouvement naturel nous fait exprimer le vœu de voir châtier l'un et couronner l'autre ; le même mouvement nous reconduit de la conséquence au principe, de l'application à la règle, si en effet leur enchaînement subsiste et se montre avec évidence. Il n'est aucun de nous qui, en se retraçant les souvenirs de son enfance, ne reconnaisse que si, en quelques occasions, une récompense surprise a nourri sa vanité , une punition arbitraire a irrité son caractère;
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dans d'autres occasions aussi , une punition dont il sentait la justice, une couronne yraiment méritée, ont donné au sentiment du deroir un plus grand empire sur lui; Tune, en prêtant au devoir un langage sévère et en provoquant le repentir; l'autre, en l'accompagnant d'une joie enivrante, toutes deux en donnant à l'expression du devoir quelque chose de solennel qui captivait la légèreté , quelque chose de sérieux qui mûrissait la raison.
Ce langage sérieux et solennel , quoique muet , destiné à réprimer les passions trop ardentes ou à encourager les vertus trop faibles encore, convient surtout, comme tout langage auxiliaire, à l'adolescence morale de l'homme; comme aussi, à cette même époque, il est exposé à être moins bien compris. Mieux on le conçoit, et moins il est ordinairement nécessaire.
Or , les vues qui devraient guider l'instituteur, le législateur , dans la création d'un système de pénalité ou de rémunération , sont aussi celles qui doivent, dans l'éducation de nous-mêmes, nous guider relativement au genre de motifs que nous pouvons tirer de la perspective des récompenses ou des chàtimens. C'est à nous de les envisager aussi comme un langage, et à éviter l'erreur grossière qui nous les ferait prendre pour des principes de détermination. C'est à nous à y chercher un appui , non un joug. Cette vérité serait susceptible de grands développemens; ils s'of&iront à ceux qui auront su la méditer. Concluons : l'usage des allégories et des symboles, comme l'influence des récompenses et des chàtimens , sont utiles en tant qu'ils accompagnent, commentent, secondent l'enseignement direct des vérités morales; ils deviennent funestes, lorsqu'ils prétendent y suppléer.
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