‹ Du perfectionnement moral, ou De l'éducation de soi-même, Volume 2Chapitre 69 sur 150 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

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douces et ^ublîmes extases, se nourrit des perspectives les plus ravissantes; mais la vien*en reçoitque peu d'in> fluence ; c'est une poésie qui charme les loisirs de 1 oi-^ siveté; oe n'est pas un instrument pour la conduite.

Enfin y et surtout , ce mouvement ne doit point être désordonné, livré au hasard. Dans le grand ouvrage de notre amélioration^ comme dans toute autre indus* trie, la méthode est la condition fondamentale du succès. Il j a , pour l'avancement dans le bien , une marche tra* cée par la prudence, un art important, difficile, qui comporte peu de règles générales et absolues , parce qu'il se modifie pour chacun d'après ses dispositions in-^ dividudles.

Nous commenceronspar ce qui est le plus facile; rien de plus prudent et de plus naturel; mais nous ne re* mettrons point trop tard à tenter aussi ce qui est difficile; car on ne se fortifie qu'en luttant contre les difficulr tés. Gardons-nous de les fuir I ayons soin seulement de les graduer!

Nous commencerons par satisfaire aux obligations précises et rigoureuses, avant de nous livrer aux choses de pure surérogation ; mais ne nous défendons point cependant d'écouter aussi les inspirations généreuses qui nous invitent quelquefois à dépasser la ligne stricte du devoir ! Soutent, en accomplissant une belle action, on obtient de nouvelles forces pour obéir à des précep* tes positifi : l'amour dispose au respect ; la bienfaisance aide à la justice.

Nous commencerons par nous exercer aux vertus qui sont pour nous d'une application plus immédiate et plus fréquente; ce sont celles qui pous sont les plus nécessaires ; ce sont aussi celles qui se font mieux compren^

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dre ei aentir, qui apportent avec elles de plus puissans encouragemens , parce qu'on en voit mieux les résultats, parce qu'on en goûte mieux les récompenses. Il est facile de se composer à soi-même des romane sur les ver* tus qu'on n'aura pas occasion d'appliquer, et d'en prendre ensuite prétexte pour négliger celles dont la pratique journalière nous serait demandée; cette manière de se faire vertueux , dans un ordre hypothétique, flatte à la fois la paresse et la vanité ; mais elle trompe le vœu de l'amélioration morale y elle en énerve le principe. Nous nous attacherons donc aux devoirs qui se lient plus particulièrement à notre profession , à notre situation dans la vie , devoirs plus familiers , moins brillans , mais plus favorables à notre amélioration > précisément parce qu'ils ont moins d'attrait pour l'amour- propre: nouveau et admirable prix de ces devoirs de famille, dont la Providence as^né le cours entier de noire vie, comme pour donner une valeur à chacun de nos instans, comme pour consacrer nos relations les plus habituelles et les plus intimes , comme pour changer en un sanctuaire l'intérieur qui compose notre existence domestique ! Il est des vertus qu'on pourrait appeler vertus mères f parce qu'elles sont comme la tige d'un grand nombre d'autres : telles sont, par exemple , la reconnaissance , la justice. Elles seront donc le premier objet de notre anabition et de nos efforts; nous y puiserons d'avance l'intelligence et le goût de cdles qui leur sont suborr données ; nous pénétrerons mieux , dans leurs principes ^ les motifs qui doivent nous porter au bien; nous sentirons mieux par quels liens secrets nos devoirs se lient les uns aux autres; nous jugerons mieux le rang qu'ils observent entre eui^.

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Il est des vertus qui sont comme autant de sœurs et qui se prêtent une mutuelle assistance : il nous sera plus facile de passer des unes aux autres. Il est utile cependant aussi de cultiver quelquefois en même temps des vertus qui semblent avoir des caractères presque opposés; elles servent à se circonscrire j à se faire équilibre; on évite de la sorte de tomber dans lexcès des habitudes trop exclusives; on entretient mieux l'harmonie des facultés morales. Cest ainsi que les règles de la gymnastique combinent entre elles les exercices qui exigent à la fois plusieurs genres de mouvemens, afin que les organes se développent en accord et qu'aucun n'obtienne aux dépens des autres une vigueur exubérante.

Il est des vertus qu'on peut considérer comme ùistrumentales , c'est-à-dire qui fournissent les moyens généraux à l'aide desquels les autres peuvent ensuite être pratiquées ; telles sont y par exemple , la patience et l'obéissance ; nous aurons soin de nous en munir d'avance autant qu'il nous sera possible ^ pour arriver armés sur le champ du travail , ou suri e théâtre du combat.

Nous nous attacherons à écarter les obstacles , avant de nous précipiter vers le but; de nous précautionner contre les périls avant de nous lancer dans de hardies entreprises ; de réparer noà pertes , avant d'aispirer à des acquisitions nouvelles.

En tout y et c'est ici Tune des maximes fondamentales sur lesquelks repose tout le système de l'amélioration progressive^ nous nous étudierons a pénétrer les véritables principes qui motivent nos devoirs et ceux qui en font reconnaître la source originelle ; car c'est dans la méditation de ces principes , que nous découvrirons les corrélations qui existent entre les vertus , que

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nous puiserons nous-mêmes les sentimensqui^leur étant communs y conduisent de la pratique des uns à celle des autres. Les détails deviennent faciles à celui qui a bien saisi Pensemble.

Les petites choses ont cependant aussi leur importance relative y et peuvent même en recevoir une plus considérable 9 sous un certain concours de circonstances. Les âmes élevées ont à se défendre d'une négligence quelquefois excessive pour ces observances de détail, et s'ex* cusent trop facilement aussi du peu d attention qu'elles 7 apportent. L'orgueil peut trouver , dans ce dédain, un secret aliment. U n'est jamais permis de s'atribuer une supériorité morale qui autorise des manquemens volontaires, quelque faibles qu'ils paraissent. La réflexion qui les reconnaît et les avoue comme volontaires les aggrave; Toubli eût été peu de chose; la négligence affectée est un tort réel. Les petites choses d'ailleurs ont quelquefois des conséquences étendues et qu'on n'aurait pu prévoir , particulièrement dans nos rapports avec les autres hommes; une légère imprudence peut occasioner une blessure profonde, causer un grand désastre. L'obser-p vation des petites choses donne seule à l'œuvre de la vertu, comme aux productions des arts, ce caractère achevé et fini qui en devient le principal ornement : elle est à la vertu ce que la grâce est aux arts. L'observation des petites choses appelle en quelque sorte la présence sacrée et tutélaire du devoir sur tous les instans de notre vie, anime et remplit de ses influences toute l'atmosphère que nous respirons. Elle a l'avantage de nous faire parcourir une variété d'objets, de nous les faire apercevoir sous toutes les faces, et de prêter ainsi une heureuse fécondité aux notions morales. Il y a aussi une

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sorte d eléyation à savoir conseryer un juste respect pour ce qui est bon , alors même que son image se reproduit sur une scène plus étroite , à savoir s*honorer des observances les plus modestes et les plus obscures ^ dès qu elles sont dans Tordre établi, et à porter de nobles motifs jusque dans les moindres occasions. Enfin, en donnant aux petites choses le degré d'intérêt qui leur est dû, on s entretient dans de salutaires exercices : ce seront, si Ion veut, des .espèces de jeux, mais des jeux utiles, honorables; on aura le bonheur de ne laiser aucune lacune, aucun relâche dans le travail de l'activité morale; on se préparera graduell^nent aux choses les plus difficiles; on aura le mérite d'avoir vaincu, même en cela, une difficulté\,en se captivant pour remarquer et pour exécuter ce qui eût échappé à l'attention ; mais surtout, on se trouvera naturellement conduit de la sorte àla continuité d'une utile vigilance sur soi-même, et dans ce seul résultat , on trouvera un préservatif indirect et inattendu contre une foule de dangers d'un autre genre, et qui eussent pu être plus ou moins graves. Les observances de détail sont comme une sorte de sentinelles disséminées çà et là , pour nous tenir en éval et nous avertir sans cesse que , dans la carrière de l'améliora* tion morale , il n'est point permis de goûter le repos de Toisiveté et de la léthargie.

LIT. Illr SBCT. I. CHÀP* VIII. I7I

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