‹ Du perfectionnement moral, ou De l'éducation de soi-même, Volume 2Chapitre 70 sur 150 · CHAPITRE Vm · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vm

COMMENT on PBUT ACQIJBRIIl ET CONSERVER l'eMPIRE DE SOI.

L'homme naît souverain; il naîtsonvetain de lui-même; mais, pour entrer en possession de ce droit de soave^ raineté^ concessi<»i magnifique de la Providence, il &ttt') avant tout, le connmtre; il fiiut coimaatre les moyens de l'exercer. Or j cette double découverte est tardive ; elle ne s'obtient qu'avec peine^ piaree qu'elle dépend d'une étude que nous consentons docilement à faire 9 qui est ordinairement la dernière de toutes , l'étude de nous-mêmes» Combien d'hommes descendent au tombeau sans avmr presque soupçonné la plus noble prérogative de leur nature! Si, comme nous croyons l'avoir dànontré, si, comme nous ne cèlerons de le répéter , lempire de soi est une ffutcnrité tutélaire, non une force capricieuse, s'il doit s'exercer par un sage gouvernement, par une direction éclairée, ce qu'il exige comme sa condition préliminaire, c'est que l'homme, dans ce commerce intérieur, ail, avant tout, une connaissance familière de lui-même, sache s'interrc^er, se répondre, se comprendrcr II fout qu'il ait attentivement observé et les ressorts mis à sa disposition, et les besoins auxquels il doit satisfaire, et les obstacles qu'il doit surmonter, et les dangers dont

\'J% ou PERFEGTIONIiEMENT MOEAL.

il doit se garantir^ et les ressources dont il peut s aider , et les ménagemens même qu'il doit garder. Il doit se connaître, comme l'instituteur doit connaître son élève , conmie l'ouvrier doit connaître et la matière sur laquelle il travaille, et l'instrument qu'il emploie. C'est ainsi qu'il apprendra à se conduire, ce qui est la vraie manière de se commander; c'est ainsi qu'il obtiendra sa propre confiance, par un commerce sincère et assidu avec lui-même. Il apprendra à prévoir, à pourvoir; il ne s'imposera que ce qu'il est capable d'exécuter; il saura se demander tout ce dont il est, en effet, capable. Il saura même se tolérer, se pardonner au besoin, non par une molle complaisance , mais par une indulgence mêlée de sévérité. Il saura se relever, se garantir du découragement, comme de la témérité. Il s'épargnera les efforts inutiles, ce qui sert à faciliter les ef* forts utiles.

La vigilance continuera et conservera l'ouvrage que l'étude de soi-même avait commencé. Sentinelle active, ses regards seront constamment ouverts, non seulement sur ce qui arrive du dehors , mais sur ce qui se passe au-dedans. Elle observera , à leur origine, les secrets mouvemens du cœur, pour les encourager ou les arrêter, suivant le besoin; elle assignera la mesure précise qu'ils ne doivent point dépasser; elle précautionnera non-seulement contre les attaques , mais aussi contre les surprises ; et, comme il n'est pas de surprise plus dangereuse que celle qui emprunte l'attrait du plaisir , elle avertira non-seulement de ce qui peut blesser, mais de ce qui peut séduire; elle préservera ainsi du J9ug le plus difficile à secouer, celui qu'on a volontairement accepté. Elle accroîtra chaque jour, de la

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