‹ Du perfectionnement moral, ou De l'éducation de soi-même, Volume 2Chapitre 71 sur 150 · LIV. nu SBCT. !• CHAP. VIII. Ijî · texte numérisé non relu

LIV. nu SBCT. !• CHAP. VIII. Ijî

somme de ses expériences y les lumières à Taide desquelles s'établit une sage discipline intérieure. Cette vigilance y il est vrai, se lasse quelquefois, se déconcerte, se laisse distraire; elles est sujette à défaillir précisément dans les momens où elle est le plus nécessaire. Qu'elle soit donc persévérante! mais qu'elle ne soit point inquiète, agitée, farouche! qu'elle s'exerce d'une manière douce, égale, continue! Que l'âme se comporte vis-à-vis d'elle, non comme un inquisiteur , mais comme un témoin , comme un confident ! Alors la surveillance s'exercera avec moins d'efforts. Evitons d'ailleurs , autant qu'il est en notre pouvoir, de nous précipiter , dans le tumulte des distractions ; évitons les changemens de situation trop rapides et trop brusques ; redoublons d'attention , quand nous entrons dans une situation nouvelle et inconnue!

L'une des plus grandes difficultés que l'on renconftre dans l'exercice de l'empire intérieur, provient des inégalités singulières qu'éprouvent quelquefois les dispositions de notre âme. Nous ne pouvons point compter sur nous-mêmes; l'état de choses d'après lequel nous nous étions réglés se montre quelquefois tellement changé, que toutes nos mesiires se trouvent en défaut : les ressources qui s'offraient à nous quand nous jouissions de la sénérité, nous manquent dans le trouble; la confiance qui nous soutenait , s'évanouit dans les crises de l'abattement ; les perspectives du bien qui nous souriaient avec tant de charmes pendant le cours d'une méditation paisible, ne nous découvrent plus, en d'autres momens, qu'une contrée aride, où nous n'entrevoyons que des fatigues à subir. Plus on est enclin à l'exaltation, plus ces variations deviennent fréquentes

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et sensibles. Or, la Gonnaissance de soi^néme^ la vigilance intérieare y ramènent; sous quelques rapports^ ces situations inégales à un niveau commun : le son* venir des états passés nous 6iit prévoir ceux qui surviendront; dans les jours sereins et prospères , on se garde d'une confiance trop aveugle; dans les jours nébuleux y on se guide, on se soutient enc<»e par Timage des temps plus heureux. Celui qui sait être conséquent à lui-même gouverne mieux son intérieur, comme il gouverne mieux l^s autres hommes, s'il est revêtu de fonctions publiques.

Cependant la prudence de la sagesse, même la. {dus consommée, ne suffit point encore à Vempire de soi. L'exercice de cette autorité demande souvent aussi une fermeté convenable, et s'il ne fftut employer cette fermeté qu'avec réserve, il faut être capable deTonployer quand elle devient nécessaire. L'orage gronde autour de nous; il éclate , la tempête va croissant ; elle envahit notre intérieur; tout est soulevé, confondu : pilote qui veilles, ce n*est fdus assez de ton habiletff tu as besoin de toute ton intrépidité! l'ennemi nousassaille de toutes parts ; les penchans que nous condanmons nous entraînent, nous emportent, comme malgré nous, par leur impétuosité et leur violence : néophyte de la vertu, en vain tu croyais t'être mis en sûreté ; appelé à une lutte ouverte, ta sûreté n'est plus que dans ton courage! Quel est donc alors le rôle de l'hcmime? il doit être homme; il saura ime chose difficile peut-être, mais indispensable; il saura vouloir d'une manière franche, décidée , persévérante. Il pouvait être dangereux, dans l'adolescence morale , d'être appdé à l'exercice de sa propre volonté, lorsqu'^e manquait encore ou d'é-

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nergie ou de lumières y parce qu'alors ^ rhomme, encore inexpérimenté y en croyant disposeï* de sa volonté ^ ne faisait souvent que subir le joug de ses penchans, ou celui de la volonté d*autrui. Mais on ne saurait s*exercer trop tôt à Vouloir, dès qu on en est capable. Cette éducation de la volonté a besoin d'une juste indépendance, graduellement obtenue y sagement circonscrite. On ne devient point homme sous une tutelle prolongée «^ et les habitudes du servage rendent inhabile à la liberté* Il est tel esclave qui se croit émancipé j quand il n a fait que changer de maître ; et s'en donner un plus dur peutêtre que le premier*

Ce qu'il y a de plus important, et malheureusement de plus difficile, c'est de maintenir une juste correspondance entre Ténergie de la volonté et l'étendue des lumières. Si, dans la rupture de l'équilibre, c'est la volonté qui l'emporte , on n^éprouve plus que le désordre d'une force qui se précipite au hasard ; elle ne peut manquer d'être asservie à son insu, n'ayant plus de régulateur. Si l'équilibre est rompu en sens contraire, on se perd dans une contemplation oiseuse, ou l'on se désespère en présence d'un but qu'on ne peut atteindre; les forces même qui restent encore deviennent inutiles dans une carrière qui leur est trop disproportionnée. Cependant l'inexpérience est impatiente dV gir ; l'expérifence conduit souvent à l'indécision. Il arrive donc que nous contribuons nous-mêmes à rompre cet équilibre si nécessaire, voulant agir avant d'être éclairés, nous trouvant ensuite découragés, quand nous sommes instruits. La puissance réelle de la volonté est dans celle de la raison. Ne confondons point l'élan du désir avec la détermination de la volonté; le

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premier a ordinairement une impétuosité d'autant plus grande qu'il n'est pas en présence des obstacles; cette impétuosité nous trompe sur les ressources que nous trouverons en nous-mêmes dans le moment décisif. La présomption est la fille de l'exagération, comme la mère de l'imprudence. La volonté manquera tout entière à notre appel , parce que nous aurons trop compté sur elle, ou se brisera dans Tépreuve. Il est cependant un art, et c'est celui de la sagesse, il est un art d'appeler les lumières au secours de la volonté , et de les conver^ lir en forces réelles. A qui, en effet, appartient-il de faire l'éducation de la volonté, si ce n'est à la raison? Voulons-nous apprendre à vouloir avec fermeté ? sachons, avant tout, concevoir, adopter des convictions sincères et profondes ! Rien ne décide et ne soutient comme le sentiment du vrai. Mais , sachons aussi nous confier dans les forces dont la Providence nous a pourvus ! Elle les a mesurées à notre tâche. N*embrassons pas d'avance , par une prévoyance téméraire, toute l'étendue des efforts qui nous seront demandés ! ils ne doivent pas être l'œuvre d'un seul jour. Lorsque ce salutaire équilibre est maintenu, les lumières, dirigées avec prudence, au lieu de déborder dans le champ de l'impossible, se circonscrivent dans la sphère du possible, pour s'y répandre avec plus d'abondance; la raison s'appuie sur l'alliance de la pratique et de la théorie , de l'expérience et des principes; elle compose ainsi , pour chacun , une sorte de science relative , où l'instruction recueillie se trouve naturellement en accord avec les efforts qui sont demandés au caractère , où la connaissance tourne tout entière au profit de l'action. Les sentences de la raison ont, par elles-mêmes, quel-

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que chose de grave et de solennel qui sert à contenir et à soutenir en même temps. La voix de la raison j en pénétrant au fond de Tàme^ lentretient dans sa propre estime 9 lui suggère une confiance qui est toujours un élément de force. La volonté , en recueillant les émanations de la raison, contracte insensiblement quelque chose de cette fixité , de cette immutabilité propres à la vérité dont la raison se nourrit, et en reçoit ainsi une vigueur naturelle d'autant plus durable qu'elle est plus calme. Mais la raison n'exerce jamais avec plus de succès ces influences salutaires, que lorsqu'elle sert d'interprète au devoir : alors, à la dignité et à la stabilité du vrai, s'unit une puissance plus active encore; la forme impérative que prennent les injonctions du devoir , devient un ressort toujours prêt à seconder les résolutions de la volonté. Il y a, dans le foyer de la conscience, une chaleur secrète et concentrée qui ranime le cœur dès qu'il s'en rapproche. Le sentiment réfléchi du devoir est à la volonté ce que les points d'appui sont aux forces mécaniques. Les hommes passionnés peuvent avoir de l'impétuosité, de la véhémence; telles sont les forces gigantesques et convulsives du malade en délire. L'homme pénétré de ses devoirs a seul une volonté ferme, égale, constante. L'opiniâtreté est inflexible; mais l'inflexibilité peut n'être pas la constance ; car il est dans la mission d'une constance raisonnable et sage, de se plier aux modifications qu'exige la variété des circonstances ; elle est immuable dans le principe , flexible dans les applications; l'obstination porte le caprice et l'arbitraire dans son immobilité elle-même, parce qu'elle se refuse à suivre le cours naturel des choses. Renoncer à une ré-

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solution reconnue erronée , ou qui ne s'adapte plus à une situation nouvelle , c*est encore être conséquent à soi-même , c est encore exercer Tempire de soi.

Il y a donc deux moyens principaux d'obtenir et de conserver cet empire intérieur : Fhabitude de sobser-* ^ver y et Thabitude de se vaincre. Toutes les concessions que nous faisons à la mollesse j à la lâcheté ^ à la négligence, au découragement ^ dans le cours ordinaire de la vie y sont une abdication de la souveraineté, et de^ viennent ensuite un empêchement qui nous arrête, lorsque nous tentons de la recouvrer.

Les difficultés que nous croyons rencontrer dans les cho^$ extérieures, lorsqu'elles peuvent être surmontées, ne sont, à le bien prendre, que des difficultés que nous trouvons en nous-mêmes. Ce qu'il y a, par exemple, de difficile dans l'étude, provient de la faiblesse de notre attention ; ce qu'il y a de difficile dans une entreprise périlleuse , c'est le courage qu'elle de-^ mande ; dans un travail , lefTort ou la persévérance qu'il exige ; c'est toujours nous-mêmes qui nous trouvons insuffisans , et nous nous trouvons souvent ininsuffisans; unk{uement parce que nous n'osons pas essayer tout ce dont nous sommes capables. C'est donc une préparation salutaire pour acquérir l'empire de soi, que de s'exercer àlutter contre les obstacles, à vaincre les difficultés qui s'offrent à nous dans la vie extérieure. Les hommes qui se font un régime habituel de triompher des difficultés, sont les seuls qui deviennent des hommes véritablement distingués, parce ique seuls ils découvrent tout ce dont ils sont capables et prennent entièrement possession de leurs facultés. Mais, pour y réussir, il faut bien prendre garde de ne pas

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