‹ Du perfectionnement moral, ou De l'éducation de soi-même, Volume 2Chapitre 72 sur 150 · I.IV. III. SECT» I. OHAP, ¥111. Ijg · texte numérisé non relu

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s'attaquer aux obstacles insurmontables, de ne pas se précipiter aveuglénient dans des entreprises au*dessus de ses forces. Il faut, comme dans les a^ercices gymnastiques, graduer se& efforts, s essayer peu à peu, ne tenter que les entreprises immédiatement supérieures à celles qu'on est déjà accoutumé à exécuter. Or, en jetant les regards sur la scène du monde, on est surpris de voir, dune part, tant de gens qui n'osent pas ce qu'ils peuvent, et tant d'autres qui tentent ce qu'ils ne peuvent pas.

On peut le remarquer, lorsque l'empire de nousmêmes vient à nous échapper, c'est presque toujours parce que nous nous sommes laissé concentrer dans le moment présent, et dans quelque impression exclusive qui nous investit de toutes parts. C'est donc un art fort utile pour conserver sa liberté et l'intégrité de ses forces , que d'entretenir des communications étendues et constantes, dans le passé et dans l'avenir, avec tout ce qui peut offrir une alliance à la volonté; on oppose de la sorte à l'impression dominante, les souvenirs ou les prévoyances propres à la balancer; on conserve son autorité en maintenant l'équilibre entre les résistances. C'est un grand avantage pour demeurer maître de soi, que l'élévation des sentimens et des idées. L'âme, pour régner, doit siéger, en quelque sorte, sur un trône du haut duquel son regard s'étende au loin dans l'espace et le temps.

Les hommes qui sont sans affections paraissent quelquefois être singulièrement maires d'eux-mêmes ; ils sont, du moins, dans une situation habituellement tranquille. Que si un penchant de la personnalité vient, cependant, se réveiller en eux avec impétuosité^

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un auxiliaire précieux manquera à leur volonté; ils seront plus facilement entraînés. De même, on conserve d'autant mieux le pouvoir de modérer une affection qui tendait à franchir les limites , en lui opposant des affections plus justes. Les esprits faux sont ceux d'une seule idée; les âmes entraînées sont celles qui cèdent à un seul mobile. Les bons esprits et les âmes libres planent sur la variété des notions et des motifs.

Deux moyens principaux servent à Féducation de cette puissance morale que l'âme puise dans l'empire de soi : c'est l'ordre et le calme. Ils sont étroitement liés entre eux. Dans la confusion des idées et des sentimensy le gouvernement de nous-mêmes nous échappe infailliblement. On ne voit plus le but; on ne 3ait plus où trouver les moyens ; on a peine à se reconnaître soimême. Au milieu de l'ordre , la direction est tracée. Dans le sein du calme, les facultés conservent toute leur fraîcheur; les forces toute leur liberté. Il suffit même que l'ordre et le calme régnent autour de nous, pour que nous commencions déjà à en recueillir cette bienfaisante influence. Un concert mélodieux, un spectacle symétrique, tout ce qui nous transmet les suaves impressions de l'harmonie , rend à nos facultés un commencement d'indépendance. Nous avons dès-lors un sentiment confus de notre puissance et de notre dignité ; nous nous sentons capables de plus grandes choses, parce que nous acquérons la conscience de notre liberté. Il iaut déjà, il est vrai, être en possession de quelque pouvoir sur soi-même, pour remplir cette double condition ; mais ce sera le premier emploi qu'on en devra faire, parce qu'il préparera à tous les autres. Les sculpteurs de l'antiquité représentaient ordinaire-

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ment les héros dans Tattitude du repos, comme nous le voyons y par exemple, dans l'Hercule Famèse. Ils trouTaient , dans le calmé y la plus haule expression de la vraie.force.

D'ailleurs , les soins qui procurent une habitude d'ordre et de calme sont, en général, des soins de prévoyance, des soins de détail, et n'exigent pas toujours d'énergiques efforts. C'est un régime journalier ; c'est un bien£ait donné en partie par la nature, et qui demande à être conservé. Que si l'on sent un orage prêt à éclater, si on aperçoit le sombre grain à l'horizon , c'est encore à ce maintien de l'ordre, au maintien du calme, qu'il faut, avant tout, s'attacher, en redoublant de vigilance. Tout peut être perdu, dès l'instant où l'anarclûe s'introduirait dans notre intérieur ; tous les moyens de résistance et de salut nous restent, si nous évitons le trouble.

Quelquefois, lorsque la tempête exerce ses ravages avec une extrême violence, il est prudent et sage de se berner à plier toutes les voiles , de rester, en quelque sorte, inactif et comme simple témoin de ce qui se passe en soi-même, sans y adhérer, mais sans se hasarder à combattre ouvertement , et d'attendre avec patience que l'orage soit apaisé : ce sera bien assez de n'avoir point cédé, et d'avoir pu rester immobile.

Une des causes qui nous empêchent le plus souvent de jouir du pouvoir que nous pourrions obtenir sur nous-mêmes , c'est une sorte d'effroi que nous en concevons, comme s'il devait nous imposer une contrainte trop pénible et de trop douloureux sacrifices. Nous espérons goûter, du moins, une sorte de repos, en nous laissant aller au mouvement qui nous est im-

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primé, et nous abandonnant au courant sur le fleure de la vie. C'est que nous nous sommes £aiit de l'empire de soi ridée la plus fausse ; nous avons cru y voir une tyrannie qui tourmenterait notre existence , une sorte de torture continuelle. Si nous osions en faire usage, nous reconnaîtrions bientôt qu'il n'est autre chose que la liberté elle-même , qu'il est le seul principe d'une sécurité véritable. S'il demande quelques combats intérieurs, c'est pour prévenir des chocs mille fois plus douloureux p'il exige du pilote k vigilance et la fiiti-^ gue, c'est pour éviter au navire d'aller se briser sur les écueils. L'éducation qui développe et cultive cette grande puissance morale a sans doute quelques exercices rudes et pénibles; elle veut des sueurs, mais elle n'est pas exempte de charmes ; elle a ses jouissances , joifissanees mâles et profondes; elle seule rend capable dç goûter un vrai repos : car il n'y a de f^os réel que celui qui suit le travail et qui le récompense.

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