LIT. III» SBCT. I. CHAP. IX
dier. Cependant, c'est précisément , au contraire , dans le moment de Faction qu'il serait utile de se conûdérer avec attention ; car c'est alors que nos facultés sont en jeu; c'est dans l'occasion , que nous mesurons réelle* ment nos forces ; l'occasion apporte avec elle des ressources ou des obstacles inattendus. Les maux qu'on redoutait le plus, les biens qu'on désirait avec le plus d'ardeur, sont souvent ceux qui paraissent moindres dès qu'ils nous arrivent; les dangers dont on s'effrayait le moins deviennent les plus graves. Le solitaire croit se connaître; mais il se connaît seulement tel qu'il sera dans la solitude , et, moins qu'un auU*e , il saura prévoir ce qu'il deviendra dans une sphère d'activité. Nous ne nous montrons ce que nous sommes qu'en présence des objets, et aloïs ce sont eux qui attirent nos regards ; il faut bien voir hors de soi , en avant de soi , pour agir. A mesure que la passion a plus de violence, il serait plus nécessaire d'en bien observer les accès , mais en même temps, aussi , cela devient d'autant plus difficile*
Invoquerons-nous le témoignage des autres hommes? Les uns exagéreront en nous le bien, par affection ou par procédé; les autres, le mal^ par animosité ou par envie; en supposant toutefois que les témoins consultés disent en effet ce qu'ils pensent.
Le seul instrument dont nous disposions pour cette étude, la réflexion, est un instrument qui manque de fixité et de précision; il glisse, vacille, se fatiguée, puis s'émousse, tremble dans la nnain qui l'emploie, et lui échappe sans cesse.
D'ailleurs y si l'on se concentre trop en soi-même, on finit par ne plus rien voir, ou par vc»r tout ce qu'on veut. 11 7 a des abîmes où Ion se perd.
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Parrenons-nous à nous captiver assez pour pouvoir nous bien observer? Déjà, et par cela seul, un changement notable s*est opéré dans notre état intérieur. Le personnage qu'on croyait saisir et voir, se dérobe; déjà il a disparu. On se juge plus sainement, quand le moment d'agir est écoulé.
De même que notre intérieur est un état trop complexe , il est aussi un état extrêmement variable. Il faudrait que le regard investigateur embrassât toutes les faces du sujet , le suivît avec persévérance dans ses phases. Dans cette nnobilité continuelle, quel est le moment que nous choisirons pour servir de règle à notre jugement et nous donner une idée exacte de nous-mêmes? Les crises de l'exaltation et celles du découragement, dont le témoignage est le plus infidèle, ont précisément ce caractère, que chacune d'elles nous enveloppe d'une atmosphère qui lui est propre, nous représente les choses comme devant durer telles qu'elles sont alors, nous fait oublier le passé, s'empare exclusivement de Favenir.
Dans le mélange qui s'opère entre les influences qui nous viennent du dehors et la réaction qui provient du dedans , on a peine à distinguer ce qui dérive de ces deux sources. Plus on est soumis aux influences étrangères, et plus on est inhabile à mesurer ce qui leur appartient.
De même que le préjugé vulgaire transporte sur les corps les couleurs qui affectent notre œil , l'âme reporte sur les objets ses propres modifications; nous attribuons donc aux circonstances ce qui nous appartient. Quelquefois, au contraire, il y a en nous des mouvemens qui nous sont transmis et dont nous supposons