‹ Du perfectionnement moral, ou De l'éducation de soi-même, Volume 2Chapitre 79 sur 150 · LIV. III. SBCT. I. OHAP. X · texte numérisé non relu

LIV. III. SBCT. I. OHAP. X

principe même du repentir tout ce qui en altérerait la pureté ef la franchise. Alors , son amertume ^ sa juste amertume, se conrertira bientôt en une douceur singulière y et du sein même du trouble sortira une paix inconnue. On goûtera, s'il est permis dédire ainsi, les joies de la convalescence morale.

Ce travail intérieur , solitaire, assidu, qui consiste à réparer sans cesse, à rétablir Tordre en nous-mêmes, a quelque chose de bien moins attrayant sans doute que la inarche progressive vers l'amélioration ; c'est la longue fatigue à laqudle nous sommes condamnés ici-bas; mais elle a un mérite particulier , précisément en ce que ses exercices ont moins de charmes, ses effets moins d'éclat. La nécessité où nous sommes de recommencer sans cesse cet ouvrage,- comme la toile de Pénélope , l'impuissance où nous sonunes de nous affranchir du tribut que nous payons douloureusement chaque jour à la faiblesse de notre nature , est lune des épreuves Auxquelles la vertu a été soumise ici-bas par la Providence; la vertu y trouve l'occasion d'appliquer un genre de patience qui lui fait trouver encore un moyen de perfectionnement dans le sentiment de l'imperfection ellemême ; car elle l'accoutume à reconnaître et à accepta les limites de notre condition terrestre; elle lui fait pressentir en même temps avec plus de force les des^ tinées futures qui doivent reculer enfin les limites contre lesquelles elle lutte avec tant de persévérance , et qu'elle repousse sans pouvoir jamais les briser.

Le monde tient si peu de compte à la vertu de ces fatigues secrètes, dirigées vers la réformation intérieure, que souvent il apprécie les qualités naturelles de préférence à celles qui sont acquises au. prix dç

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tant de sueurs. C est peut-étre qu'il ne croit pas assez fermement à la yertu , pour avoir une entière confiance à la solidité de la réformation qui en est l'ouvrage.

On tire plus d'atantage des fautes commises par Tex* ces et labus d'une qualité estimabfe^ que de celles qui sont la suite de la faiblesse et de Timpuissanoe; on se relève plus difficilement de celles qui avilissent^ que de Celles qui égarent seulement ; on a plus de peine a ré^ parer celles qui ont été conmiises avec réflexion : celles que le repentir efface le plus rarement, sont celles qui portent le caractère d'un froid calcul de personnalité ; celles qui sont les plus irrémédiables spnt celles par les* quelles on se ment à soi-même.

On se confirme quelquefois davantage dbns les torts que l'on a commis en présence de témoins ; Tamour* propre survient , il prolonge la fiinte^ il l'aggrave , il la rend tristement féconde; non-se«deiBentil met obstacle à ce qu'on se l'avoue , mais il en fak nattre de plus fu* nestes encore pour la justifier. Cest ainsi qu'on devient plus malveillant pour ceux qu^on a offensés ^ qu'on ne rétait en les offensant; c'est ainsi qu'on les hait pour le mal qu'on leur a fait. L'amour-propre et la vanité sont donc le principal obstacle qui nous empêche de profiter de l'expérience de nos torts ; et , de tous les dommages quils nous causent j oelui-^là n'est pas le moindre. Dans cette portion de l'éducation de soi-mlme, dont le but est de faire fructifier , du moins, une expérience qui coûte si cher y les premiers soins se dirigeront donc à attaquer l'amour-propre et la vanité, comme les deux gardiens qui , placés en avant de nos autres défauts, les protègent, les cachent, les défendent, peut*étre même les préconisent.

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