‹ Du perfectionnement moral, ou De l'éducation de soi-même, Volume 2Chapitre 81 sur 150 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

DE L IMITATION BT DBS EXBMPLBS.

Place dans des rà{^rts aussi nombreux que Taries avec jes semblables et avec les choses , l'homme en reçoil, pour son peiiectionnément moral, des influences ou favorables ou contraires. L'éducation qu'il se donne k lui-même pendant le cours entier de sa vie, ne se borné donc point à la culture intérieure de ses facultés; elle a un second objet non moins essentiel , non moins difficile : elle doit aussi modifier, ou les rapports exté* rieurs dans lesquels il est engagé, ou les effets qui en résultent. Car, s'il est souvent hors d'état de changer le cours des circonstances, il est toujours en son pouvoir de maîtriser les impressions qu'il en reçoit, de prévenir ou de repousser les dommages qu'elles pourraient porter a son caractère, ou de recueillir et de conserver l'assistance qu'elles viennent lui ofi&ir.

Dans cette seconde éducation qu'on peut donc appeler une éducation extérieure, il importe de bien distinguer jce qui est règlement en notre pouvoir, de ce qui est absolument indépendant de nos efforts, et d'étudier ensuite les moyens de bien user, en effet, de la puissance

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qui nous reste. Les circonstances du dehors agissant à la fois sur le développenient de Tamour du bien et de Tempire de soi , en parcourant successivement ces circonstances , il connendra d'obseHwr parallètemefit ce double ordre de résultats.

En jetant donc maintenant nos regards sur la* scène qui nous environne , les exemples de nos semblables s*ofl&ent à nous comme les premières influences, les plus importantes peut-être.

Les lois qui régissent l'instinct de limitation offrent, avec celles qui gouvernent les habitudes, une singulière analogie. A la vue des actions exécutées par les autres hommes, nous exécutons des actions semblable» avec plus de facilité, de promptitude; nous les répétons, san« qu'il nous soit nécessaire d'en icombiner le |^n,sans qu'il nous soit même nécessaire d'en concevoir les mo* tifs ; l'instinct de l'imitation tient lieu et de réflexion et de volonté; il y a plus, il devient même un besoin qui D<»is sollicite^ un mouvement qui nous entraîne , tan* tôt à notre insu , tantât malgré nous. On pourrait dire que l'instinct de l'imitation est une habitude empruntée; et que l'habitude est aussi une sorte d'imitation qui consiste à se copier soi'^méme.

D j a, toutefois, dans l'imitation , quelque choM de supérieur à l'habitude proprement dite : oelie4à suppose et un commencement d'observation et une certaine sympathie; la seconde est soitt«re, comme elle est aveugle; aussi, les animaux aoquièrent^s fai première de ces capacités dans un moindre degré que la seconde; chacun d'eux n'imite guère que ceux de sa propre espèce , sauf une exception bien remarquable : c'est . que plusieurs d'entre eux s'essaient à suivre les

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traces de rhomme, lors^u ils vivent dans sa société^ comine s'il leur avait été donné pour guide. Cette fa* oulté d'imitation est graduée dans les diverses espèces; elle obtient dans rhonune tout son développement, parce qu'il y a en lui un esprit d'observation plus curieux, plus investigateur 9 un principe d'activité plus iofiitigable.

Cependant l'empire légitime , l'empire utile de l'imi* dation s'étend, comme celui de l'habitude, sur la ré- ^n de la vie extérieure, sensitive, organique : c'est là qu'elle dcût r^ner« Elle apportera, dans la pratique, une grande économie desoins , de fatigues et de temps ; par une participation toute naturelle, eUe rendra commune à un grand nombre d'individus, l'expérience de l'habileté acquise par quelques^ns, par un seul : elle entretiendra le concert au milieu de la multitude des mouvemens individuels ; elle les ramènera à l'uniformtéy comme l'habitude soumettait chacun d'eux à la constance; l'imitaticm produira même un autre genre de persévérance, celle qui se perpétue dans les géném* ttons par la tradition des exemples*

Mais rinstinet de l'imitation, comine l'habitude méflUBique, simple instrument d'exécution {MnirT^tivité extérieure , ne doit être employé que dans sa sphère d'application ; au-delà , il n'i^t plus qu'un obstacle. L'imitation instinctive et l'habitude routinière sont les deux iprands ressorts des êtres qui ne se meuvent et ne se dirigent point par eux-méaies; elles leur composait ensemble une vie automatique, et, dans la servitude qu'elles leur imposent, chacune des deux prête son assistance à l'autre. Ne nous étonnons point si tant de gens se contentent [dus ou moins de ce genre d*exis-

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Cence : elle est si commode ! Elle dispense de tout travail intérieur ^ elle soulage de toute incertitude ; elle nous rend savans sans études , réguliers sans efforts ; et y en nous reyétant des formel communes^ elle nous assure d'avance l'approbation générale.

L'imitation instinctive n'intervient que pour usurper sur ce qui appartient à la spontanéité des facultés morales, et n'usurpe que pour détruire. Elle étouffe l'amour du bien en même temps qu'elle détruit l'empire de soi ; elle substitue un principe aveugle , à la voix de la conscience; elle soustrait nos actions à notre volonté ; elle prévient le choix et enchaîne la liberté.

C'est donc avoir peu fait encore que de s'être proposé de bons exemples. Ce qui importe surtout, c'est la manière de se les approprier, c'est le genre d'instrùc^on qu'on en retire.

Depuis que les modèles de l'antiquité ont été rendus* à la littérature et aux arts, on d'à cessé de dire et de redire: « Imitez les anciens; » et la foule a cru qu'il s'agissait de calquer les œuvres modernes sur celles de nos devanciers, en reproduisant les mêmes sujets, en s'enfermant dans les mêmes cadres, en observant les mêmes proportions , en employant les mêmes ressorts. En vain un petit nombre d'espri(s supérieurs se sont écrié: « Est*ce donc là imiter les anciens ! oui, imitezles; mais en remontant aux mêmes inspirations! Devenez* ce qu'ils furent ! Osez, comme eux, penser d'après vous-mêmes ! Soyez originaux , simples, ingénus comme eux! » Ils ont dit, et, aujourd'hui encore, on a peine à les entendre , parce que c'est au génie seul qu'il ap-» partient de les comprendre.^ - Il en est de même des ex^nples offerts à notre Jnuta-

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