LIV. III. SEGT. II. GHAP. I
tion dans Tordre moral; nous dirons aux élèves de la vertu : contemplez les modèles , mais pour vous pénétrer de leur esprit ! Que serait-ce que de vous borner à copier leur actions ? Ce sont leurs généreux motifs qu'il s'agit de découvrir, d'emprunter. Entrez en communication avec leur âme; pénétrez-vous de leur esprit; apprenez d'eux à vous connaître, à consulter votre conscience plus que l'opinion ; à posséder vos mérites en propre; et, par conséquent, à agir aussi par vous-mêmes !
Il y a donc de^ix sortes d'imitation, comme il y. a deux sortes d'exercices : l'une passive et mécanique ; l'autre active, libre, réfléchie et féconde ; la première ne fait que voir l'exemple et le suivre ; la seconde le médite, Imterprète, et ces deux modes d'imitation agissent en sens inverse l'un de l'autre.
Le premier, indifférent de sa nature, sert de canal à la contagion du vice et de l'erreur, comme il peut porter son secours à la propagation des choses louables ; mais dans l'instant où elles lui confient leur destinée , la vertu, comme la vérité, perdent leur caractère; l'une se dépouille de son mérite, comme l'autre de son évidence.
Le second choisit et discerne; il accepte les exemples comme des secours, non conmie des chaînes; il ensei* gne aux âmes généreuses toute l'étendue de leur propre liberté; il leur révèle le secret de leurs forces. Le Corrége s'écrie : « Et moi aussiyje suis peintre! » A la vue des nobles modèles qui viennent briller à nos yeux dans la carrière de la vertu , un cri semblable sort quelquefois du sein d'une âme bien née , mais qui s'i- / gnorait encore elle-même ; « et moi aussi , se dit-elle ,
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« je suis capable et digne d'aspirer au bieA ! » Ces facultés inconnues qui sonuneillaient encore en elle, attendaient une occasion semblable pour prendre un subit essor; c'est dans Texemple d autrui , comme dans une sorte de miroir, qu'elle a appris à se connaître. C'est dans le type des belles actions, exposé sous ses yeux, qu'elle a découvert sa vocation yéritable, découverte inunense et sublime , qui décidera peut-être du sort entier de la vie!
Si les exemples sont étudiés dans cet esfxit , nous en retirerons pour notre éducation morale trois genres principaux d'utilité. D'abord; ils faciliteront, éclaireront Fintelligence des notions du bien, ils en offriront une définition vivante. En second lieu, ils fourniront une expérience positive sur les moyens de succès , sur les obstacles et les ressources dans la pratique du bien. Enfin ; par une heureuse sympathie, ils communiqueront à notre cœur les sentimens dont ils produisent les effets ; ik exciteront en nous une émulation généreuse, c'est-à<lire, tout ensemble, et l'ardent désir et la confiance d'égaler ceux qui nous ont précédés, de les surpasser peut-être ; mais ces trois genres d'utilité exigent aussi trois conditions qui leur correspondent.
1® Ce n'est point assez d'un exemple unique et isolé pour définir avec clarté et exactitude une notion morale; l'exemple isolé peut même tromper au lieu d'instruire; l'idée, en devenant trop étroite, deviendrait fausse en même temps ; toute notion morale, personnifiée et rendue sensible par l'exemple, est accompagnée, dans ce cas particulier, d'un cort^e de circonstances qui lui sont , au fond , étrangères, qui ne se rencontrent avec elle que d'une manière fortuite. On pourra se méprendre , prendre pour le fonds des choses ce qui n'en est