LIT. III. SECT. II. CHÀP. I
que l'accessoire et le costume. Il faut donc comparer les exemples , pour ériter de trop particulariser les conséquences quon en peut déduire; il faut les retrouver dans des situations diverses, afin que l'idée juste et vraie ressorte seule, toujours claire, toujours plus distincte, au milieu de ces contrastes. Recueillons donc , dans les différentes régions de la terre , dans les différens siècles , cette riche moisson que nous offrent les traditions des vies honorables ! Gardons-nous d'emprisonner l'image de la vertu dans de trop étroites con* ditions! Qu'elle se dégSLge de ce qui appartient aux in- 4ividus^ aux occasions, aux lieux, aux temps, pour briller de son véritable et immortel éclat ! Qu'elle s'offre, non comme une dépendance des usages, des mœurs, mais comme une grande loi étemelle, universelle , absolue ; non comme une institution locale , mais comme la dot de l'humanité!
a° S'il est utile de recourir quelquefois aux exemples les plus éloignés de nous, il est nécessaire que, dans la variété de ceux dont nous voulons recueillir les leçons, il s'en trouve d'assez rapprochés de nous pour nous offrir à peu près , le tableau des circonstances où nous sommes placés nous-mêmes. Nous ne comprenons bien les pensées et les sentimens des personnages mis en scène , qu'autant qu'ils sont en rapport avec nous, qu'ils sortent de nos rangs; surtout nous concevons difficilement la possibilité et la manière d'appliquer leurs motifs et de nous les approprier , si ces personnages n'ont pas été placés dans une situation analogue à la nôtre; du moins, nous res. tera-Ml toujours des prétextes pour nous dispenser de suivre leurs traces ; nous nous contenterons d'une ad-
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miration théorique. Il est bien de lire Plutarqiie, il est bien de contempler, dans ces grands personnages de rhistoire, les traits immortels qui caractérisent l'héroïsme de la vertu; ils sont pour 1 éducation morale ^ ce qu*Homère est pour l'éducation poétique : mais il faut aussi chercher autour de soi une expérience plus familière et plus prochaine, qui, si elle ne nous transporte pas aussi vivement dans la région de Tidéal, nous enseigne la pratique réelle ,^ et nous inspire des sentimens de nature à se réaliser chaque jour.
3» Pour être vraiment instructif, Texemple doit être complet; c'est-à-dire, il doit nous faire connaître non-seulement Teffet, mais encore la cause, le Concours de toutes les causes; ce qu'il y a de plus difficile n'est pas de Mvoir ce qu'on doit faire, mais d'apprendre comment on peut le faire. Qu'en nous montrant lé but, on nous trace aussi la route; qu'en contemplant une action vertueuse, nous puissions découvrir aussi quels obstacles il a fallu vaincre, par quels moyens on a triomphé, par quelle préparation souvent progressive et lente on s'est mis en mesure d'y réussir. Une action détachée de la vie entière peut briller d'un grand éclat; mais elle ne fut peut-être qu'un accident heureux, qu'une inspiration soudaine et passagère; c'est l'ensem* ble d une vie vertueuse qu'il est utile d'étudier : c'est là qu'on verra comment les actions naissent du caractère et s'enchaînent les unes aux autres. On y trouvera d'ailleurs , de tous les exemples , celui duquel découle rins(ruction la plus nécessaire, celui qui nous offre le modèle d'une conduite soutenue, d'un caractère coaséquent à lui-même.
L'imagination se sent entraînée vers les exemples
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extraordinaires : de toutes les images du merveilleux y en est-il qui soient revêtues d'un charme plus puissant^ plus juste? c'est le merveilleux de la nature morale; c'est un merveilleux qui semble nous appartenir. Ne craignons point sans doute d'élever quelquefois nos regards vers ces grands monumens qui , debout au milieu du cours des âges y attestent toute la dignité de la nature humaine , et de nous réconforter par ce spectacle ! Nous sommes tellement entourés de choses vulgaires , nous expérimentons tellement notre faiblesse ! 11 est bon de mesurer jusqu'où peut aller l'élan delà vertu, quand ce ne serait que pour apprendre combien nous en sommes encore éloignés* Mais nous admirons y nous louons plus facilement aussi les mérites qui ne sont pas à notre usage, et que nous nous croyons dis^ pensés d'acquérir ; la jouissance que nous éprouvons à les contempler est toute gratuite ; c'est ainsi que nous allons applaudir, sur la scène tragique, à ces grande actes d'immolation au devoir , qui sont les modèles du sublime moral , sans que cela tire à conséquence pont notre propre vie, et sans que nous songions à y puiser quelque application usuelle. Cherchons donc aussi des exemples qui soient réellement exemples, qui , plus modestes, se trouvent par là même à notre portée, qui deviennent l'itinéraire du voyage que nous sommes appelés à entreprendre , que nous espérons pouvoir accomplir!
Il est utile enfin de prendre les exemples dans les situations qui offrent et plus d'obstacles et moins de secours. Les vertus des riches ont peu d'éloquence pouf persuader ceux qui subissent l'épreuve de l'adversité. La pauvreté a ses modèles d'héroïsme, dont le spectacle ré-