LIV. III. SECT. II. CHAP. III. a3l
naissance 9 et ainsi s'opère le psfssai^e de i équité à l'amour; rechange des affections enseigne le dévouement , et le dévouement , cette générosité qui est à son tour l'introduction à la vertu.
Ne cessons point d'admirer la sagesse profonde des desseins de la Providence dans les lois constitutives de la nature humaine ! elle a placé laiguilion d'un besoin partout où se trouvait ^ pour Thomme, un moyen de perfectionnement. L'état de société devait occuper, en général j le premier rang parmi ces moyens ; et , pour chaque individu , il est d^abord une nécessité, il devient ensuite un attrait. Nos facultés devaient se perfeC'» tionner par l'exercice ; et le besoin d'activité nous fiit rechercher tous les genres d'exercices , et l'état de société entretient ce désir de mouvement , en lui offrant des occasions infiniment variées pour le satisfaire. L'en» fftnce et l'adolescence avaient surtout besoin d'appuis et de guides ; elles ont été parées des grâces aimables qui charment et appellent les coeurs ; c'est en se sentant aimé qu'on apprend à aimer à son tour. Attirée ainsi auprès de ceux qui débutent dans la vie, l'afiection vient les prévenir; ils lisent dans nos r^ards la grande leçon de l'amour; ils sont attendris, émus; ils com« prennent; eux-mêmes, pressés du besoin d'être chéris, ils invoquent, solKoicent nos affections, avec les premièires choses de la vie, et sans se rendre compte encore du secours qu'ils nous demandent. Bientôt, ils découvriront la nature et le prix de ce secours : ils sentiront aussi que , pour conserver de tels biens , il faut mériter Pestime; ils rougiront de n'avoir rien fait encore pour l'obtenir; ils voudront répondre au sentiment dont ils sont l'objet; dans ce sentiment lui-même, ils trouveront
DU PERFECTIONNEMENT MOBAL.
un soutien , une protection ; qu*eUe confiance n'inspire pas le bonheur de se Toir aimé!
O TOUS qui chérissez ayec tendresse le jeune âge, soyez bénis ! par ce sentiment seul, tous êtes déjà ses Trais instituteurs ! tous ne lui donnée pas seulement de précieuses lumières , tous lui -donnez aussi des forces ! Or, la même influence qu'exerce le commerce des hommes sur Taurore de notre TÎe, dcTrait se continuer, à quelques égards , dans toute la suite de notre éducation morale, «., de notre côté , nous saTions y concourir par la coopération qu'elle exige; mais cette influence se modifie aussi, jet, par conséquent, peut s'altérer, à mesure que nos rapports s'étendent et se compliquent.
« Toutes les fois que j'ai été panni les hommes , a dit » un sage, j'ensuis rerenu un homme plus in^iarfait. » Ce sage a été trop séTere peut*étre enTers la société et euTcrs lui-même. C'était un solitaire. Quiconque sort de sa soKuide pour entrer dans le monde, court le danger d'être «ntrainé à porter des jugemens beaucoup trop sévères et sur le monde et sur lui-même. On ne peut trouTcr réalisées les images que l'on s'était formées à son gré, d'après une contemplation tout idéale; on ne peut appliquer àTCC rigueur les règles absolues que l'on aTait puisées dans le domaine de l'abstraction ; jeté au milieu de la société, on est frappé du contraste; on rencontre mille difficultés, mille obstacles qu'on n'aTatt point éprouTés, ni soupçonnés, peut-être, dans la Tie solitaire. La distraction seule serait déjà un grand trouble : on n'a plus les mêmes secours ; on est déconcerté. Il aTait été facile jusqu'alors de spéculer en paix, loin des dangers, sur les Toies de la perfection;