‹ Du perfectionnement moral, ou De l'éducation de soi-même, Volume 2Chapitre 91 sur 150 · LIV. III. SECT* II. GHAP. III · texte numérisé non relu

LIV. III. SECT* II. GHAP. III

en se croyait peut-être près d'atteindre au terme; c*est qu'on n'avait pas été réellement misàTépreuTe: la réalité survient et le travail commence; alors , on s'en prend au monde , faute de remarquer qu'on n'avait apporté soi-même dans le monde qu'une vertu imparfaite et débile. N'accusons donc pas le commerce des hommes y des torts qui nous sont personnels! mais examinons les dispositions que nous devons y porter, celles que nous devons y conserver, pour en éviter les périls et en recueillir les avantages.

Le penchant de la sociabilité a quelque chose d'éminemment moral : il met en mouvement plusieurs facultés précieuses; il ouvre l'âme et fait épanouir plusieurs sentimens honorables. Avons-nous jamais bien remarqué ce qui se passe en nous , lorsque nous nous trouvons jetés au milieu d'une grande réunion d'hommes, particulièrement lorsque cette réunion renferme des personnes de conditions différentes , et qui n'ont, avec nous, aucun point de contact qui puisse donner lieu à la collision des intérêts ? Il y a, dans ce que nous éprouvons, une impression vague, mais profonde , qui apprend à chacun de nous à se reconnaître comme un membre de l'humanité , et qui lui fait trouver dans ce titre quelque chose de noble, de touchant, de solennel. C'est une impression du même genre que celle que l'on ressent en se voyant au milieu de sa famille; elle est moins vive, mais elle a plus détendue. Alors y tout ce qui intéresse la dignité de notre nature se fait mieux comprendre et sentir; on se sent fortifié par cette grande et vaste alliance ; les émotions généreuses prennent un ascendant plus rapide et plus sAr. Si , dans l'un de ces jours que nos institutions sociales,

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par une disposition aussi sage que bienfaisante, ont consacrés à un repos général, tous tous mêlez inconnu au milieu de la foule, dans les promenades publiques, confondu aTcc ces bonnes gens, aspirant le même air, contemplant le même ciel, comme tous participez à la même nature et à la même destination ! Totre cœur ne semble t-il pas se dilater, ne goûte-t-il pas un certain bienêtre, ne s*ouTre-t-il pas à des dispositions douces et sereines ? Si ce paisible cortège se déploie au milieu des scènes augustes et simples de la nature , s'il se dirige Ters quelque monument graTC et majestueux des arts , de la ciTilisation , s'il entoure les statues des grands hommes , s'il pénètre dans un temple, si, en un mot, quelque pensée morale ou religieuse Tient encore planer sur cette assemblée , les émotions que cette pensée eût produites dans TOtre âme ne prennent-elles pas un nou- Teau caractère de force et d'éléTation ? Telle serait l'influence naturelle que nous retirerions constamment du commerce général de la société humaine , si elle n'était altérée par les dispositions hostiles qui naissent de nos riTalités, du désir secret que nous aTons de subjuguer ou d'euTahir. Or, ce qui la trouble , ce ne sont pas tant encore les hostilités dont nous sommes l'objet, que celles dont nous sommes les auteurs; les blessures même que nous causent les premières s'euTeniment par notre faute; nous semblons nous complaire à les rendre plus TiTCs : l'enTie , que nous pouTions dédaigner, nous irrite; la critique, qui pouTait nous éclairer, nous blesse; l'indifférence même, quelquefois nous humilie : notre amour-propre, surtout, entre en guerre aTec tous les amours*-propres, guerre sourde et cachée , mais continuelle et implacable. Nous nous plaignons de

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