‹ Du perfectionnement moral, ou De l'éducation de soi-même, Volume 2Chapitre 92 sur 150 · LIT. III. SECT. II. GHAP. III · texte numérisé non relu

LIT. III. SECT. II. GHAP. III

rentraînement des exemples; mais les exemples n'ont de prise sur nous qu'autant que nous l'accordons : en s*examinant bien, on verra, d ailleurs , que les exemples si facilement suivis ont trouvé en nous quelque penchant favorable 9 ou que nous avions quelque intérêt secret à suivre les vestiges d*autrui ; c est ce qui arrive ^ en particulier j à Tégard de ceux quon veut flatter ; car il n'est pas d'adulation plus délicate. Nous nous plaignons de l'extrême corruption du monde, du découragement et de la tristesse qu'elle nous fait ressentir. Ici , prenons garde aux déclamations, et apprécions les choses à leur juste valeur! A notre entrée dans le monde, nous présumons ordinairement beaucoup trop de bien des autres hommes ; et aussi, nous en exigeons bien davantage. Plus tard, nous tombons dans l'exagération contraire, par l'effet même de la surprise que nous fait éprouver notre mécompte. Soyons sincères! les vices que nous reprochons surtout au monde sont ceux dont nous avons souffert dans notre vanité, notre repos , nos prétentions ; et le jugement que nous en portons ressemble un peu à la vengeance. Nous sommes mécontens de nous-mêmes; nous reportons ce mécontentement sur les autres; nous les voyons au travers de cette disposition chagrine qu'a fait naître en nous le malaise intérieur. Nous ne nous sommes guère étudiés à découvrir, à noter ce que la société pouvait renfermer de vertus cachées , de sentimens vrais et justes. D'ailleurs, quelle est donc cette faiblesse de notre raison , si la morale perd de son autorité à nos yeux , parce qu'elle perd de son crédit dans le monde? Le succès terrestre lui est-il donc nécessaire comme une sanction ou une preuve? Devient-elle une illusion,

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parce que quelques hommes frivoles la méconnaissent ? Que conclure donc de cette expérience? U en faut conclure que le monde est le théâtre sur lequel , généreux défenseurs de cette cause méconnue j nous devons venir combattre pour elle, au lieu de fuir, cédant à des craintes pusillanimes ! Voilà ce qu'elle attend de nous. En cherchant à la faire honorer, à lui faire obtenir la conquête des cœurs, nous sentirons mieux tout ce quelle a de vrai, de bienfaisant et de céleste; nous sentirons le besoin d^appuyer nos apologies par notre caractère* De quels progrès la philosophie et la science ne sont-elles pas redevables aux contradictions que la vérité a souvent rencontrées en se produisant ! Leurs partisans ont recueilli des vérités nouvelles qui jaillissaient du sein des discussions^ La morale peut retirer les mêmes fruits^ des mêmes froissemens. N'arrivet-il pas, pour Thonmie de bien, un moment où il doit confirmer, par ces nobles combats, la solidité de ses principes? N*est-il pas temps qu'il apprenne à professer tout haut les saintes maximes du devoir , en présence des passions humaines , à faire le bien pour le bien luimême ? Semblable au serviteur fidèle d'un monarque poursuivi par la fortune, qui brave le pouvoir de l'usurpateur , il s'enflammera d une ardeur nouvelle pour la morale , en la voyant méconnue , exilée , persécutée ; il sortira du champ oùil se sera dévoué pour sa cause , plus mâle, plus grand, plus indépendant encore.

L'honheur de porter jusqu'à l'héroïsme ce genre de dévouement n'est accordé qu'à un petit nombre d'hommes; c'est une faveur que la Providence semble avoir réservée à ces âmes privilégiées qui paraissent sur la terre comme de glorieux témoins des vérités éter-

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