‹ Du perfectionnement moral, ou De l'éducation de soi-même, Volume 2Chapitre 93 sur 150 · LIV. III. SECT. II. GHAP. III* ^ij · texte numérisé non relu

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nelles. Mais, chacun de nous, 4^^^ ^^ cercle où il se trouve place y peut participer à cette généreuse vocation ; chacun de nous, en luttant contre les préventions , contre les passions vicieuses, contre Tindifférence et la frivolité, peut aussi être un confesseur de la morale, remplir à sa manière une sorte d apostolat, le confirmer par ses succès et ses sacrifices, en recueillir une nouvelle provision de forces, en apprenant à résister.

Il suffirait d'ailleurs, pour frouver, dans la vie du monde, un exercice favorable à l'empire de soi-même, il suffirait de ces sujétions et de ces gênes sans nombre, auxquelles eUe nous soumet , de ces contradictions de tout genre qu'elle nous suscite continuellement, si nous savions en profiter. Par une erreur bien singulière, nous nous résignons à endurer ce supplice, et nous dédaignons d'en tirer les avantages. Nous nous contraignons avec dépit, nous faisons ce sacrifice à l'intérêt, à l'ambition , surtout à l'amour-propre : il nous eût été si facile d'en faire un moyen de perfectionnement ! Il eût suffi de faire volontairement ce que nous faisons à contre-cœur, et d'accepter sincèrement la contrariété, au lieu de nous borner à maîtriser notre langage et nos manières. Si nous savions l'employer de la sorte comme un exercice vertueux, la contrainte elle-même qui nous est imposée deviendrait beaucoup moins pénible, et nous atteindrions mieux l«effet que nous en. attendons, parce que nous la supporterions de meilleure grâce. La vie des anachorètes a sans doute de brillantes austérités; mais il en est aussi au milieu de cette vie du monde qui ne semble offrir que des distractions et des plaisirs : il en est pour ceux qui savent les comprendre

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et en faire usage; et, pour être moins singulières ^ elles n*en sont pas toujours moins méritoires.

La vie du monde pourrait donc être plus favorable à notre perfectionnement, que nous ne voulons en convenir , peut-être pour nous excuser de ne pas profiter des secours qu'elle nous offre. L'entreprise est difficile, il est vrai; mais les difficultés elles-mêmes sont au nombredes conditions qui servent aux fruits qu'on en retire. Ce qui en résulte , au surplus , c'est qu'il faut être déjà mûr et fort , quand on se présente sur ce théâtre ; c'est qu'il faut continuer sans cesse de se fortifier, de se mû» rir.La vie du monde est un voyage où Ton ne peut s'engager sans provisions , un combat où l'on ne peut se présenter sa^is armes. Il faut y arriver avec un grand fonds de bienveillance pour les personnes et de sévérité sur les principes , et renouveler ce fonds continuellement ; car c'est celui que la vie du monde tend aussi continuellement à épuiser. U faut y arriver nourri par la méditation, et se ranimer incessamment par ses exercices ; car la vie du monde n'est qu'une distraction renouvelée sous mille formes, et un tumulte immense. Il faut être soi, en y entrant, et y demeurer soi ; car la vie du monde tend à nous enlever tout ce qui nous appartiendrait en propre. Il faut y croître sans cesse ; car, sans cesse , les obstacles s'y multiplient. Voulons-nous prévenir , dans leur première origine , les impressions fâcheuses que nous recevons du commerce du monde? veillons sur nous-mêmes , et prenons garde avant tout à ce que le désordre et le trouble ne s'introduisent; dans nos facultés morales , par l'effet de l'agitation qui règne autour de nous ! C'est en effet par là que conmiencent toutes les maladies morales dont la contagion nous me-

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nace. Ainsi se dissipent les bonnes résolutions dont on s'était nourri ; ainsi s'oublient les plans qu'on avait conçus : on est quelque temps entraîné sans s'en apercevoir; on est surpris sans défense; chaque jour on rétrograde de quelques pas; on n'a point le dessein formé de se corrompre; mais on cède à la corruption , presque à son insu. Que si un trait soudain de lumière vient avertir du péril , et révéler les pertes déjà éprouvées , le trouble s'accroît encore par les regrets , par la contradiction qui s élève entre un ancien sentiment de ce qui est bien et les habitudes de faiblesse déjà contractées ; la confusion est bientôt à son comble y et l'on finit par détourner ses regards de soi-même , pour échapper à un spectacle importun. C'est à peu près ainsi que le défaut de surveillance amène progressivement la ruine d'une fortune entière. Voyez le sage , au milieu de ce monde dont il n'est pas aperçu , dont il se réjouit d'être ignoré ! Libre et paisible j à l'abri de l'obscurité, attentif et recueilli sur cette scène agitée, ne s'engageant point dans la guerre des prétentions , exigeant peu, ayant peu à défendre, témoin impartial, juge indulgent , il ne se laisse point entraîner ; il observe* De même que le regard scrutateur de la science trouve une mine inépuisable de découvertes dans ces scènes de la nature dont l'aspect ne fait que distraire l'œil superficiel de l'ignorance , l'âme du sage démêle dans les scènes de la société une foule d'instructions qui l'enrichissent. Le sage a , comme le savant , un art qui lui sert à transformer les faits observés en résultats utiles. Quelles expériences le spectacle du monde n offriraitil pas à ceux qui sauraient l'étudier ? Combien de circonstances , chaque jour , feraient rentrer l'homme fri-

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vole en lui-même y et le ramèneraient aux réflexions les plus profondes y s*il consentait un instant à rapprodier les effets des causes I Au milieu de tant d écarts et d'erreurs y le sage fera leur part à la I^èreté, à l'ignorance, à la faiblesse I et mesurera ainsi toute la gravité des conséquences qu'elles entraînent ; il y découvrira peut-être l'altération de qualités qui se sont dénaturées par suite d'une direction vicieuse, ou par le défaut démesure; il verra la corruption, pour en apercevoir, avec les suites funestes, l'origine souvent cachée ; l'intrigue , pour en mieux évaluer toute la bassesse, dans son succès lui-même, en considérant les moyens qui l'y ont conduite. Il sera contraint de voir le vice, de le voir triomphant peut-être , pour apprendre à lui vouer toute la détestation qui lui est due ; mais il démêlera aussi, à l'écart, des vertus humbles et obscures, et il tressaillera de joie à cette découverte. Le sage paraît être dans le monde ; mais il le traverse, sans s'y confondre. Il y était entré avec défiance et courage, il y marche avec vigilance, il n'en sortira point sans quelque satisfaction , et certainement toutes les vérités morales auront acquis par lui une plus grande force et de plus vastes corollaires.

n peut donc y avoir une indication trompeuse, soit dans la crainte, soit dans le dégoût du monde, qui portent si souvent à rechercher la solitude. Les causes les plus diverses , les plus contraires même, peuvent en inspirer le besoin ; et l'attente qui y conduit n'est pas toujours également satisfaite. Quelquefois une âme timide y cherche un refuge contre les dangers qu'elle n'osç pas affronter. Quelquefois une âme sensible et tendre y cherche un refuge contre les traits qui la bles-

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