I.IT. III. SBGT. II. GHAP. III
sent ; trompée par de cruels mécomptes y elle y veut essayer l'oublî. On yoit l'expérience s'y renfermer comme dans un port, à l'abri des orages; la douleur , s'y ensevelir comme dans un tombeau. Les imaginations mélancoliques espèrent y trouver un soulagement , en y goûtant plus de liberté. De grands coupables s'y sont rencontrés avec l'innocence virginale : ceux-là y venaient se livrer aux ex^nations, tourmentés par les remords y pendant que celles-ci y venaient goûter plus librement des joies célestes et pures. A la suite des ora* ges causés par des passions violentes j l'abattement , la prudence y la réaction d'une volonté énei^que^ y amè* nent les caractères qui semblaient les moins faits pour elle. U n'est pas jusqu'à l'ambition et la vanité ellesmêmes, qin, après avoir vu toutes leurs prétentions renversées, ne soient quelquefois poussées dans une sorte de dépit. La misanthropie égoïste, toutes les humeurs insociables, demandent à la solitude moins ce qu'elle peut leuridonner, que le triste privil^e de l'isolement ; elles y sont traînées peut-être pour y subir leur châtiment. La sagesse aussi soupire après la solitude; elle visite la retraite, comme le sanctuaire de la méditation; elle vient y chercher ce calme et cette ind^ndance nécessaires pour régler les facultés morales. Les grandes âmes se complaisent dans la retraite ; elles espèrent y voir se développer toutes ces pensées et ces sentimens élevés, qui fermentent en elles ; ejles aspirent à la retraite, pour mieux jouir d'elles-mêmes.
Or , l'influence qu'exercera la solitude dépend autant des motifs qui y conduisent, et des dispositions qu'on y apporte, que de la manière dont on sait en user.
On a presque tout dit sur les avantages de la solitude;
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on n*a pas tout dit sur ses dangers : cest que ceux qui ont succombé à ces dangers ont raren^nt été dis-* posés à nous en avertir. Surtout , on n*a pas assez in-> sisté sur les conditions que la solitude exige pour être profitable 9 pour ne point devenir funeste.
La faiblesse, empressée à trouver une protection dans la solitude^ achève souvent de perdre les ressour* ces qui lui restaient, à l'abri de cette protection ellemême , parce qu'elle y perd toute occasion de s'exercer au courage. Souvent on retrouve au*declans des enne* mis plus terribles que ceux du dehors , avec moins de moyens pour leur échapper, et pour les combattre. Ceux-ci même trouvent des passages pour y poursuis vre encore leur victime; et alors, la tenant comme captive, ils s acharnent sur elle. On espérait le. repos, on tombe dans l'épuisement , ou bien on s'égare dans le délire. On espérait des consolations ; on reconnaît bientôt qu'on s'est privé des consolations les plus vraies , celles qu'eût données l'activité de la bienfaisance. On se flattait de recueillir d'abondantes instructknis ; peutêtre on se voit plongé d^ns les ténèbres; bientôt ces ténèbres se peuplent de mille fantômes divers. La solitude n'est utile qu'à celui qui y apporte un désir sincère de devenir meilleur. Malheur à qui y emprisonnerait ses passions avec soi , sans être résolue les subjuguer!
Mais il ne suffit pas même d*4$ntrer dans la retraite avec cette disposition de l'àme : il faut encore s'y présenter avec certaines provisions faites d'avance , pour y alimenter et son esprit et son coeur; autrement on court risque de n'y trouver qu'un désert où bientôt l'on périrait d'inanition. Il est nécessaire que les facultés morales aient déjà acquis un certain degré d'énergie ,