‹ Du perfectionnement moral, ou De l'éducation de soi-même, Volume 2Chapitre 95 sur 150 · LIV. III. SBCT. II. CHAP. III. s · texte numérisé non relu

LIV. III. SBCT. II. CHAP. III. s

pour quon tire de la retraite les avantages qu'elle promet ; autrement , on sera bientôt fatigue de la monotonie de objets, de la continuité de la situation ; on tombera dans la léthargie. Il est ensuite un art préiimi* naire qui nous disposera plus qu'aucun autre à bien user de la solitude : c'est celui de la rendre aimable et douce. Puisse la sérénité régner constamment dans ce séjour! Puissions-nous trouver en nous-mêmes un hôte, d'un commerce fiicile, non un geôlier farouche ! Alors , il restera à observer deux conditions principales pour convertir la vie de la retraite en une salutaire éducation , savoir: une activité constante et bien ordonnée, une sage défiance de soi-même. L'une et l'autre sont nécessaires, si l'on veut prévenir les égaremens de l'i* magination , les spéculations oiseuses , les illusions les plus funestes sur soi-même, l'aveugle présomption de Forgueil. Que si on n'y observe aucune règle, si Ton ne s'y crée aucune limite , si on ne s'y soumet à une continuelle vigilance, lextrême liberté dont on jouh dans un tel séjour devient un extrême péril. Là germeront à l'envi et sans obstacle toutes les doctrines absolues, toutes les exagérations d'un faux enthousiasme; les vertus se mêleront aux passions , en prendront la véhémence : on tombera dans des excès de rigueur en vers les hommes, en vers soi-même; on poursuivra une perfection chimérique, pendant qu'à son insu peut-être, on deviendra complice des entreprises les plus funestes aux hommes. C'est ainsi que la solitude peut se convertir en une école austère dans laquelle s'achève l'éducation morale , ou bien devenir un abîme dans lequel s'engloutissent le bonheur , la raison , la vertU4 Si elle a vu sortir de son sein les plus grandes dé-

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couvertes du génie et les bienfaits répandus par des caractères éminens , n*a-t-eUe pas aussi lancé qudquefois sur le monde l'explosion de ces passions terribles dont les excès ont consterné Fhumanité ^t étonné l'histoire (i)?

Si la solitude est une éducation utile , e}leest donc aussi une éducation difficile; elle exige et une préparation et des précautions conyenables. Nous ajouterons : Si la solitude est une éducation indispensable, die n'est pas une éducation suffisante et complète. Il n'appartient sans doute qu'à elle seule^de donner au sentiment de ce qui est bien , toute l'énergie, aux vues de la réflexion , toute la {profondeur dont notre nature soit capable; de porter au plus haut degré de développement ces vertus intérieures qui s'appliquent au commerce de l'âme avec elle-même; de donner à l'em-

(1) D'estimables philanthropes enteonça Tidée d'employer la retraite absolue comme on moyen de correction poor les (prands criminels, et de l'employer ainsi coomie an châtiment; idée qoî mérite doublement nos éloges , en ce qu'elle est éminemment morale , et parce qu'il n'est en effet permis à la justice humaine , de considérer que comme un moyen de correction , le châtiment quelle inflige au crime ; cette vue a reçu un commencement d'exécution trop lent et trop borné , sans doute , mais couronné d'un entier succès. Toutefois , dans l'application de ce moyen , il faut considérer avec soin quels sont les caractères de ceux que l'on soumet à on régime semblable , pour le modifier suivant les circonstances; il faut bien prendre garde aussi à enter que la solitude absolue ne puisse deyenir une funeste oisiveté , en s'appliquant à y combiner , dans des proportions convenables , et le travail du corps , et le genre de lectures le plus propre à favoriser les réflexions salutaires.

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