‹ Du Phlegmon Sublingual dit Angine de LudwigChapitre 16 sur 32 · OBSERVATION XXV. — D' DELORME · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXV. — D' DELORME

Le nommé R..., secrétaire d'état-major, entre dans le service de M. Delorme. au Val-de-Grâce, le 5 mai 1888.

Les accidents qu’il présente avaient débuté le 30 avril dans la journée par des douleurs lancinantes au niveau d’une molaire cariée ; ces douleurs avaient été rapidement suivies d'une induration de la région sous-maxillaire droite

correspondante.

(1) Bulletin de la Sociélé de chirurgie. Séance da 13 juillet 182, p. 206.

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Le soir déjà, le plancher de la bouche était fortement sonflé, les mâchoires ne pouvaient plus s’écarter que diflicilement : la sécrétion de la salive était abondante, la sensation de refoulement de la langue nette, la déglutition difficile et douloureuse ; la parole était inintelligible, la température dépassant 39°.

Le lendemain, mêmes symptômes plus accusés. (Cet

homme est envoyé dans un service de médecin avec Île diagnostic d’angine, fant la gène de la déglutition est accusée.

+ Quand il est évacué dans le service de M. Delorme, le cinquième jour, le gonflement ligneux de la région sushyoïdienne s'étend du côté droit au côté gauche avec une teinte rouge sombre de la peau ; il y a de l'œdème de la face.

La température atteint 40° le soir et l’état général est alarmant, |

Les caractères du gonflement sus-hyoidien, son étendue, font songer au malade précédent et engagent à examiner la bouche. :

Malgré le faible écartement des mâchoires qui admettaient à peine le petit doigt, on peut constater, par la vue etle toucher, un bourrelet muqueux considérable, d’une dureté ligneuse, en forme de fer à cheval, remplissant le sillon linguo-maxillaire des deux côtes. Ce bourrelet, qui atteint presque le niveau du rebord des dents du maxillaire inférieur, est d’un rouge vineux; l'empreinte des dents est marquée à sa surface ; il refoule la langue en haut. On porta le diagnostic de phlegmon septique sous-lingual.

La bilatéralité du phlegmon engage M. Delorme à faire

son incision exactement sur la ligne médiane. Elle s'étend du maxillaire au-dessous de l'os hyoide et traverse un tissu cellulaire épais de plusieurs centimètres. Malgré la profondeur de cette éncision qui dépasse le niveau des mylohyoïidiens. il ne sort de la plaie que quelques gouttes de sérosité louche. Portant alors la sonde cannelée d’abord, l’index ensuite, en dehors, à droite, et séparant la face supérieure du mylo-hyoïdien, il tombe dans une cavité pleine

de pus infect dans laquelle l'index s'engage en totalité et

qui est limitée en dehors par le maxillaire non dénude, la langue en dedans, le plancher mylo-hyoïdien en bas et la muqueuse en haut. Même manœuvre à gauche et même résultat.

Pendant ces débridements et ces explorations, du pus on assez grande quantité sort par la bouche en même temps que par la plaie. Expression énergique du liquide par une

* compression digitale extérieure, grands lavages boriqués,

jusqu’à ce que l'injection sorte claire par la bouche et la plaie, le blessé ayant la tête penchée en avant; injections boriquées dans la bouche, longs drains maintenus au fond des culs-de-sac sous-linguaux.

L'amélioration fut presque immédiate, Le malade aflirme que le gonflement diminua le jour même dans la bouche et qu'il sentit sa langue devenir un peu mobile.

Cependant la température se maintient pendant quelques jours encore aux environs de 39”. |

Le lendemain, le pansement est souillé par une grande

‘quantité de liquide infect, l’haleine est des plus fétides,

mais malgré les pressions les plus énergiques exercées sur

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la région, les drains ne fournissent pas de pus et le malade n’en sent pas couler dans la bouche.

Grands lavages extra et intra-buccaux renouvelés plusieurs fois par Jour.

Trois jours après l'incision (8 mai), le gonflement sushyoïidien a diminué de moitié, la déglutition est facile, la langue assez mobile, l'haleine peu fétide, et grâce à lécartement plus grand des mächoires, on put aisément constater le bourrelet muqueux, dur, épais d'un travers de doigt, remplissant les deux cavités linguo-maxillaires. Ce bourreiet mit plus de quinze jours à s'affaisser progressivement.

La face externe du maxillaire inférieur se montra toujours saine et la face interne nc présentait aücun gonflement, dès qu'il fut possible de l’éxplorer, quelques jours

après l'incision.

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