OBSERVATION XX VIII
(Communiquée par M. le D' Delorme, professeur de clinique chirurgicale au Val de-Grâàce; inédite).
François Q..., 24 ans, entré à l'hôpital le 23 juillet 1892. Antécédents personnels : de 8 à 12 ans, bronchites à répétition; une angine de durée assez longue; quelques maux de dents, de peu de durée.
Le 10 juillet, diarrhée qui le fait mettre à la chambre; pour cette diarrhée qui persiste, on l'envoie à l’infirmerie. Au troisième jour de son entrée à l’infirmerie, il est pris de douleurs assez vives au niveau des deux dernières molaires du côté gauche. Trois jours après la douleur disparaissait, quand le malade a vu survenir peu à peu un gonflement de sa gencive au niveau même de ses deux dents cariées. Ce gonflement augmenta peu à peu et, vers le 20 juillet, apparut une tumeur au niveau de la glande sous-maxillaire ; cette tumeur s’étendait au dire du malade, de la ligne médiane de la region sous-maxillaire à l'angle de la mâchoire et du rebord du maxillaire à trois travers de doigt au-dessous. En même temps que cette tumeur dure, apparait également un œdème mou du côté correspondant de la face; œdème marqué surtout au niveau de la lèvre supérieure et des paupières.
A l’infirmerie, le médecin-major, croyant à un abcès
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dentaire, porta le bistouri sur la gencive tuméfiée; il ne s'écoula que du sang. L'état du malade s’aggravait, ses souffrances devenaient de plus en plus vives ; la respiration et la déglutition devenaient de plus en plus génées. Devant cette siuation alarmante, le malade fut évacué sur l'hopital, où il fut placé dans le service de M. Delorme.
État du malade le 23 juillet à son entrée : gonflement marqué de la région sous-maxillaire ; œdème du côté gauche de la face, gêne dela respiration et deladéglutition, difficulté très grande à entrouvrir la bouche ; douleur vive au niveau du gonflement; température 40° ; constipation depuis quelques jours.
À la palpation, on pouvait constater que ce gonfllement était dur, en cuirasse, squirrheux; sur le côté gauche du plancher buccal, entre la langue et le rebord du maxillaire, on sentait nettement un bourrelet dur, épais, résistant, formé par un épaississement de la muqueuse sublinguüale ; on porta le diagnostic de phlegmon sublingual.
Le 23 juillet au soir, au moment de l'entrée, M. le chef de clinique croit devoir faire une incision au bistouri sur sur le rebord de la gencive, là où l'empatement paraissait le plus considérable; de cette incision, il ne s’écoula que du sang et un peu de pus.
Le 24 juillet, le chef de service, M. Delorme fait une incision à un travers de doigt du rebord maxillaire dans la région sus-hyoïdienne; cette incision s’étend sur une longueur de 6 à 7 centimètres et comprenant le muscle mylohyoïdien. I s’en échappe un demi-verre de pus jaune-arisatre, d'odeur repoussante. Grands lavages boriqués, drains, gargarismes boriqués toutes les demi-heures,
as — On lève le pansement qui est souillé de
, gargarismes. Amélioration sensible. L'œdème com- ; ie à disparaitre.
26 juillet. — Pansement; gargarisme. On sent toujours le bourrelet derrière l'arcade dentaire.
27 juillet. — I y a encore du pus dans le pansement, l'œdeme a presque complètement disparu.
28 juillet. — Grands lavages boriqués ; exploration de la plaie avec un stylet, ce qui permet de voir que la muqueuse seule sépare cette cavité de la bouche; on trouve en même temps que cette cavité se prolonge du côté de la loge parotidienne.
29 au 31 juillet. — Toujours du pus dans les pansements. Lavages boriqués, gargarismes. Le bourrelet existe toujours.
1% août. — Le malade qui depuis quelques jours a commencé à manger, n a pas recouvré d’appétit; il y a d' ailleurs de la difficulté dans la mastication ; la déglutition est devenue facile. La langue est un peu sale.
5 août. — L'appétit est revenu; la langue s’est nettoy ée ; les selles sont régulières. Bon état général.
8 août. — Le malade ne souffre pas, mais il ne peut que difficilement ouvrir la bouche; le bourrelet a sensiblement diminué; il n'y a plus de pus dans le pansement.
17 août. — Les mâchoires étant légèrement ankylosées, on écarte avec deux doigts la mâchoire inférieure ; on ne pouvait introduire qu’un doigt dans la bouche, le lendemain l’écartement reçoit une épaisseur de trois travers de doigts.
Bon état général.
91août.— Bon état général : lebourrelet persiste toujours.
LE (ores