NATURE DE L'AFFECTION
Il serait maintenant intéressant de passer en revue les différentes conceptions des auteurs sur la nature de l’angine de Ludwig. Ce chirurgien, qui crut devoir la ranger dans le cadre de l’érysipèle, considérait deux facteurs dans ce processus : la nature érysipélateuse et l’état nerveux spécial du sujet « par son facteur érysipèle, disait-il, la maladie Javoriserait la disposition à linflammation qangréreuse comme dans le furoncle malin, tandis que par son Jacteur nerveux elle prédisposerait à l'induration et à la paralysie comme dans la parotiite aiguë, » Ce caractère infectieux que Ludwig avait entrevu fut accepté par ses contemporains à en juger par les épithètes de lyphoidr, de l'heumatlico-typhoïde qu'ils lui adjoignirent.
Beaucoup plus tard (1872), von Thaden faisait de l’angine décrite par Ludwig un bwbon sous-marillaire. :
En 1883, le professeur W. Roser (1) se fit le défenseur des idées de Ludwig et soutint l'entité nosologique de l’af-
nn RU es +.
(1) Die Ludwig'sche Angina. Deutsche Medic. Wochenschrift, n° 11,
fection décrite par lui: « L’angine de Ludwig, disait-1l, consiste en une én/flammation aiguë de la glande sousmaxillaire et du tissu cellulaire environnant ; elle se présente sous forme épidémique, et est due vraisemblablement à un agent infectieux spécial.» Pour lui, toutes les inflammations qui surviennent dans la région du cou ne seraient que des angines de Ludwig.
Deux ans plus tard, le docteur G. Bœhler, dans sa thèse inaugurale, refuse de faire de cette affection une entité morbide et tend à supprimer la dénomination d’angine de Ludwig. ;
Dans une monographie publiée sur ce sujet, P. Tissier (1) arrive à des conclusions complètement opposées ; il se refuse à rayer cette affection du cadre nosologique, et propose le nom de angine sous-maæxillaire infectieuse, appellation qui, d’après nous, prête autant à la confusion que celle d’angine de Ludwig. |
Le docteur Chabrol (2), dans sa thèse inaugurale de 1886, se range de l'avis de P. Tissier.
Dans ses conférences de pathologie interne de l’année 1891-92, M. le docteur Chantemesse disait avoir observé avec M. le docteur Widal un cas très net d'angine de Ludwig terminé par la mort au bout de 36 heures ; à l’autopsie, ils avaient trouvé dans le phlegmon sus-hyoïdien une infiltration de liquide avec lequel ils ont fait des cultures pures
mp rep mer
(1) P. Tissier. De l’angine sous-maxillaire infectieuse; — De l'angine dite de Ludwig et des phlegmons sus-hyoïdiens en général, — Progrès Médical, nos 35, 36, 37, 38, 39 (1886).
(2) Chabrol Thèse de Paris (1886 87).
rire
de streptocoques de l'érysipèle. M. Chantemesse n'hésite pas à considérer l’angine de Ludwig comme un véritable érysipèle du larynx à forme rapide.
Pour nous, l’angine de Ludwig est un phlegmon développé à la suite de l'introduction d'un agent infectieux différent, suivant les cas, dans les mailles du tissu cellulaire qui entoure les glandes sublinquales. Le terme d’angince de Ludwig est cliniquement impropre : son seul avantage est de nous empêcher d'oublier le nom du clinicien qui, le premier, nous en a laissé une excellente description ; il ne convient pas, en effet, de donner le nom d'angine à une affection du plancher buccal. Camerer l’avait sans doute choisi à cause de son étymologie (+7, j'étrangle), voulant ainsi rappeler les troubles de la déglutition et de la respiration, symptômes à peu près constants. Nous proposons la dénomination de phlegmon sublinqual comme beaucoup plus précise, en ce sens qu’elle indique la nature et le siège de cette affection, et qu’elle guide sûre-
ment le chirurgien dans son mode d'intervention.
L 1" nach Le 14 F.
| S7# En SRE 5 Mes Ve, Ty ES r On / es dLérmc :-" 7 ec
FR PR a CEE RCE SIÈGE ANATOMIQUE LÉ = d MORE S Lo jusqu’à présent, il a été impossible de s'entendre sur LE NE de phlegmon sublingual, dit angine de Ludwig. “c'est qu'à | FES > ? & notre avis on n’a pas tenu assez compte de la région anato- ER SRORE mique bien déterminée dans laquelle il prend naissance ;
SEA aussi, avant d'entrer dans l étude de cette affection, avons- Fes nous jugé utile de faire une description sommaire de la tone + | pographie de cette région dont nous emprunterons les prina cipaux points à l'anatomie topographique de M. le profes- seur Tillaux et aux démonstrations anatomiques de M. Sene bileau.
M. le professeur Tillaux lui donne Je nom de portion sub- AC. linguale du plancher de la bouche, et M. Sebileau celui SET | de département sous m ylo- -hyotdien ou creux sublingual ; “2 : 2 Are est une cavité et cette cavité contient des organes. Elle se RE Fee présente sous la forme d'une « pyramide triangulaire dont le sommet qui est inférieur, répond au point où le mylohyoïdien confine au genio-hyoïdien et dont la base qui est
ire | supérieure S ’étale sur la langue » (1).
2 tel] P. Scbileau. Démonstrations d'anatomie. p. 169.
Quelles sont les parois de cette sorte de creux triangulaire? La face interne du maxillaire inférieur et le muscle mylo-hyoidien forment la paroi externe qui est oblique, disposée comme une sorte de plan incliné; le génio-glosse en haut et le genio-hyoïdien en bas constituent à eux deux la paroi interne qui est verticale : la paroi supérieure est formée par la muqueuse du plancher de la bouche que les glandes sublinguales soulèvent à droite et à gauche du frein de la langue.
Quel en est le contenu ? L’organe le plus important, surtout au point de vue qui nous occupe, est la glande sublinguale, formée par r'agglomération d’une douzaine de petites glandes réunies entre elles par un tissu cellulaire ; elle est entourée d’une sorte de coque conjonctive qui lui forme enveloppeet l’unit aux parties voisines. Entre ces deux glandes, sur la ligne médiane se trouve un petit «amas de tissu cellulaire à mailles lâches » qui porte le nom de bourse de Fleisthman; sous la face profonde de la glande sublinguale on rencontre l’artèresublinguale accompagnéed'une ou deux veines, le nerf lingual et le canal de Wharton. On a décrit (Richet) une chaîne ganglionnaire lymphatique en fer à cheval le long de la face interne du maxillaire inférieur.
Telle est la région qui est le siège de l'affection à laquelle Ludwig a laissé son nom; c'est dans ce creux sublingual que va se collecter le pus du phlegmon formé; nous en prenons pour preuves les deux faits suivants: le premier est tiré de lasymptomatologie, c’est le soulèvement de la langue. Nous avons vu que ce creux sublingual est limité en bas par le muscle mylo-hyoïdien « veritable sangle contractile » et non dépressible; le pus formé entre ce muscle et la mu-
te A IUETeS rte queuse sublinguale va évidemment faire saillie du côté où il éprouve le moins de résistance et ce scra vers la cavité buecale qu ‘apparaitra la tuméfaction qui cause le soulèvement de la langue et sa projection en arrière; s’il existe un gonfle- FE & ment externe, c'est à cause de l'œdème qui infiltre le tissu
| cellulaire sous- cutané. De plus lorsqu'il y aouverture spon-
dehors que le pus s’est fait jour. parce que de ce côté, les ME tissus sont plus facilement destructibles et le chemin moins
“ide à parcourir. LS ER € © second argument nous est donné par l'incision que F À eetqu ‘après avoir incisé le muscle mylo-hyoïdien dans la région sus- hyoïdienne que l’on trouve la collection puru- . s ee à ne que déjà le pus n’ait eu le temps de se frayer passage au travers de ée muscle, pour venir constituer Le = im yer secondaire dans la loge de la glande sous-maxil- > Claire. r
tanée, c'est le plus souvent dans la cavité buccale et non au
nous proposerons comme traitement de l'affection ; en effet