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II. Maladies du squelette

Bien que, de tout temps, les déformations des os aient dû frapper l’esprit, néanmoins la plupart des observateurs ont accordé une médiocre importance à leur altération primitive comme cause du pied bot.

On se rappelle que Duverney avait nettement formulé l’idée du défaut d’équilibre résultant d’une lutte inégale entre des muscles plus faibles, et des muscles plus forts. C’est à la réfutation des idées qui avaient cours alors, que Scarpa a consacré son beau mémoire sur le pied bot congénital. Dans l’esprit de Scarpa le ra.ccourcissemenUet rallongement des mucles sont des phénomènes consécutifs, et leurs variations de longueur doivent être rapportées aux déplacements articulaires ; elles sont en tout comparables à ce qui se rencontre dans les fractures et les luxations.

Étayée d’une pareille autorité, cette opinion fut généralement acceptée, et Delpech dans ses premières publications, accepta la malformation primitive du squelette -, nous avons vu précédemment que plus tard sonopinionà ce sujet s’est modifiée. Sans vouloir rappeler ici d’autres opinions comme celle de Pallettaqui repose sur l’appréciation d’un seul tait, l’absence de la malléole interne, il nous semble préférable de passer en revue celles des maladies du fœtus, que l’on a accusées de produire des difformités articulaires. Nous nous bornerons à mentionner la scrofule et le rachitisme dont on a souvent invoqué l’influencé, mais Sans

dire quelle pouvait être la nature et le mode d’action de cette influence.

Il n’en est pas de même des fractures congénitales, de l’absence d’une ou de plusieurs parties du squelette de la jambe ou du pied.

L’existence des fractures a été mise en doute, et des discussions se sont élevées à leur sujet an sein de la société de chirurgie. Gela ne veut pas dire qu’on puisse nier les solutions de continuité simples ou multiples des os du fœtus.

Le musée Dupuytren en possède plusieurs exemples, et, à la société de chirurgie, Danyaü, Houel, Broca, en ont successivement présenté plusieurs cas. Mais, ces solutions de continuité, sont-elles la conséquence d’une fracture dans le sens que l’on attache à ce mot, ou d’une non-soudure entre plusieurs pièces osseuses de la diaphyse des os. Cette dernière opinion est pro fessée par MM. Depaul et Broca. M. Depaul s’exprime ainsi : « Le mécanisme de ces solutions de continuité n’est pas celui d’une simple fracture; c’est dans une irrégularité ou un défaut d’ossification, qu’il faut eh chercher la véritable explication. »

«Il y a, probablement, Une altération particulière des os longs, caractérisée par la présence de plusieurs points d’ossification anormaux.» Toutefois M-. Depaul ne nie pas d’une manière absolue les fractures congénitales, mais il estime que la plupart des observations qui ont été publiées sous ce titre, doivent être rapportées à un état pathologique très-différent.

A côté des fractures intra-utérines noüs plaçons les cas d’absence d’un des os de la jambe : tibia (Billroth)^

malléole interne (Pailetta), péroné (Duval, Houel, Broca, Déguisé) , des os du tarse (Charcellay) ou d’autres os encore. D’ailleurs ces absences d’os coïncident souvent avec les prétendues fractures intra-utérines, ce serait même la règle d’après Broca.

Quoi qu’il en soit, le mécanisme de la formation du pied bot dans ces cas est des plus simples: y a-t-il absence d’un os, ou fracture qui interrompe la continuité de cet os, les muscles, ne trouvant plus dans le squelette une résistance suffisante, se retractent et déterminent ainsi une attitude vicieuse, tout comme dans les fractures ordinaires ils produisent le déplacement.

2 e Hypothèse. On a voulu rattacher le pied bot congénital à un vice originel ou à un trouble survenu dans le développement du membre (arrêt de développement ou malformation). Ce vice originel, l’altération du germe qui produit l’aberration de la forme ne repose que sur une observation exacte dans quelques cas, mais ayant contre elle l’immense majorité des faits. Je veux parler de la transmission héréditaire dont j’ai donné quelques exemples.

La théorie de l’arrêt de développement n’explique pas mieux l’origine du pied bot congénital, car c’est sans preuves que l’on a pu dire qu’à une certaine époque les pieds ont une situation déterminée : torsion en dedans.

Donnée par Meckel, cette théorie fut acceptée et développée par Geoffroy-Saint-Hilaire. La coïncidence du pied bot avec d’autres arrêts de développement l’avait frappé ; et, partant de ce point de départ que, dès l’apparition des pieds, la plante est tournée en

dedans, il crut pouvoir conclure que le pied bot varus n’était que la permanence de cet état.

A une époque plus rapprochée de nous, Eschrichta décrit avec plus de précision l’attitude du membre inférieur aux diverses périodes de la vie intra-utérine, et cette étude l’a conduit aune application de la théorie de l’arrêt de développement, séduisante au premier abord.

Les pieds, au moment de leur apparition ne sont pas encore courbés. Quand ils apparaissent, ils sont appliqués contre le ventre, la pointe des orteils inclinée vers la tête, les cinquièmes orteils étant de chaque côté en contact; ils reposent sur le tronc par leur face plantaire. A ce moment, le pied est étendu sur la jambe ; la cuisse et la jambe sont très-peu développées et reposent sur le ventre par la face qui plus tard sera postérieure.

Peu à peu, la jambe et la cuisse s’allongent ; le pied s’éloigne du ventre. En même temps, le membre subit une rotation particulière de dedans en dehors, qui consiste dans un mouvement de torsion que le fémur exécute en se développant ; si cette torsion s’arrête à l’extrémité inférieure de la jambe, le pied conserve sa situation primitive ; il restera dans l’adduction avec plus ou moins d’extension ; il sera varus-équin.

Mais, commentexpliquer, d’après les arrêts de développement, les pieds bots que l’on observe en sens inverse? Comment se rendre compte de ces faits com-plexes où une partie du squelette fait défaut, en même temps qu’il existe un pied bot.

En 1852, M. Blin vint présenter à la société anato-

mique un cas de pied but congénital double, avec anomalies multiples des Qs et des muscles. Les anomalies des os étaient remarquables par la régularité de leur reproduction sur les quatre membres. Au sujet de cette observation, AL Broca fit un rapport dans lequel, après avoir savamment discuté les opinions diverses sur l’étiologie du pied bot congénital, il arrive à cette conclusion qu’aucune d’elles n’est applicable au cas présenté par M. Blin. Puis M. Broca développe ses idées sur le pied bot congénital, et c’est à la malformation des. surfaces articulaires qu’il rapporte le pied bot congénital.

Ce pas n’est pas le seul à défier les théories, à se placer en dehors de toutes les explications ; aussi M, Broca se borne-t-il à constater que le développement s’est effectué d’une manière insolite, que le pied bot consiste dans une malformation.

« Il arrive bien souvent, plus souvent qu’on ne le pense, que le squelette présente, dès la naissance, des irrégularités plus ou moins considérables; que certaines surfaces articulaires possèdent une forme anormale, des dimensions relatives altérées ou une direction vicieuse. » Et, plus loin, M. Broca montre l’influence que le siège des difformités congénitales exerce sur le degré de gravité de la déviation.

Ces déviations articulaires primitives, communes, ont, en effet, une tendance à disparaître à mesure que le développement a lieu ; pour cela, il faut un temps assez long.

Mais ce redressement devient impossible dans des membres auxquels se rattachent des fonctions aussi

spéciales que la marche. Laissons , sur ce sujet , M. Broca parler lui-même :

« Il suffit de la moindre altération dans les rapports, dans la direction des os du tarse, pour que les conditions d’équilibre soient changées, pour que le pied ne résiste plus à la manière d’une voûte, et se renverse dans un sens ou dans un autre; ce renversement s’exagère ensuite, chaque jour, de plus en plus, et devient définitif si la chirurgie n’y met ordre. » Or, si l’on réfléchit que ce changement dans les rapports a été retrouvé d’une manière presque constante dans le pied bot, lorsqu’on l’a recherché avec soin ; que, même dans le cas de M. Robin, les os étaient modifiés dans leur forme, on ne peut s’empêcher d’accorder la plus grande importance à la malformation primitive des surfaces articulaires. Mais, en rechercher la cause, ce serait vouloir pénétrer les secrets de la vie embryonnaire, et nous savons déjà combien sont cachés ceux de la vie fœtale.

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