‹ Du pincement des vaisseaux comme moyen d'hémostase; leçon extraites du second volume des Cliniques chirurgicales du dr. PéanChapitre 12 sur 67 · C. DES OPÉRATIONS QUI SE PRATIQUENT SUR LE THORAX · texte numérisé non relu

C. DES OPÉRATIONS QUI SE PRATIQUENT SUR LE THORAX

Il est rare que le chirurgien soit appelé à porter l'instrument tranchant ou à agir directement sur les vaisseaux contenus dans la cavité thoracique; mais journellement il est aux prises avec les vaisseaux des organes qui recouvrent la paroi thoracique et qui entrent dans sa composition. Certaines opérations telles que l'ablation des tumeurs du sein, sont des plus fréquentes dans cette région. Bien qu'il soit plus rare de voir s'y développer d'autres tumeurs, cependant le chirurgien peut être appelé pour en enlever dans la peau, le tissu cellulaire, les muscles et même dans le squelette de la région. Nous ne craignons pas de dire que celui qui sait manier convenablement les pinces hémostatiques, s'aider de la compression et de l'acupressure, aura d'immenses avantages pour le succès de

^g DEUXIÈME LEÇON.

l'opération sur ceux qui voudront appliquer d'autres moyens

d'hémostase.

C'est cà peine si depuis une dizaine d'années nous avons eu besoin d'appliquer une seule ligature dans cette région quels que fussent le siège et l'importance de la tumeur que nous avions à opérer. Vous nous voyez constamment enlever des tumeurs volumineuses du sein, compliquées de prolonge- 1 ments axillaires qu'ilfaut extraire en même temps, sans que jamais nous appliquions de ligatures. Bien plus vous nous voyez toujours nous contenter du pincement temporaire etl réunir la plaie par première intention dans presque toute son étendue, sauf à -la partie déclive où nous laissons une ouverture pour introduire une mèche alcoohsée et un tube en caoutchouc. Nous retirons immédiatement après l'opération toutes nos pinces ; nous appliquons sur la plaie un hnge fenêtre, un o-âteau de charpie trempée dans l'alcool, le tout recouvert de couches de ouate épaisses et d'un bandage de corps fortement serré; la plaie elle-même est suturée au moyen d'épmgles dont quelques-unes servent à faire de l'acupressure. Au bout de vingt-quatre heures, le pansement est relevé, la compression est rendue plus douce.

C'est par centaines que nous comptons aujourd'hui les faits de ce genre, tant dans notre pratique de la ville que dans celle de l'hôpital; la guérison a presque toujours heu par première intention; jamais elle n'est entravée par des hémorrhagies. Tout au plus, dans quelques cas, laissons-nous pendant quelques heures une ou deux pinces sur des vaisseaux axillaires, quand ils sont trop volumineux ou trop profondément situés pour être avantageusement comprimés (Obs. LX, LXl, LXII, LXIII LXIV, LXV, LXVI, LXYII, LXVIII, LXIX, LXX, LXXI, LXXII, LXXIII, LXXIV, LXXV, LXXVI).

Ce que nous venons de dire de l'ablation des tumeurs du sein s'applique également à celle des tumeurs des autres régions de la paroi thoracique. |

Messieurs,

Si la chirurgie D'est pas encore parvenue à porter journellement l'instrument tranchant à l'intérieur des cavités crânienne et thoracique, il n'en est pas de même pour les cavités pelvienne et abdominale. Pour les opérations que nous pratiquons dans ces cavités nous avons depuis longtemps l'habitude, comme pour toutes nos grandes opérations , de recourir au pincement, aux ligatures perdues faites avec des tissus fins de soie, d'argent ou de fer et au cautère actuel. Ces précautions ont peut-être plus d'importance encore dans ces régions que dans les membres, comme nous l'avons souvent démontré. D'ailleurs on conçoit que le pincement seul, quand il est applicable, est encore préférable aux fils de soie ou d'argent coupés au ras, constituant toujours des corps étrangers qui, s'ils s'enkystent souvent, pourront dans certains cas devenir le point de départ d'une légère suppuration. Or à l'intérieur des cavités splanchniques on ne prendra jamais trop de précautions pour éviter toute cause de suppuration.

D. DES OPÉRATIONS QUI SE PRATIQUENT SUR L'ABDOMEN ET SUR LES ORGANES GÉNITO-URINAIRES.

Depuis une quinzaine d'années il ne se passe pas de semaine sans que nous soyons obligé d'intervenir pour opérer dans l'une ou l'autre de ces cavités ; tantôt c'est un abcès qu'il faut

ouvrir soit dans la fosse iliaque, soit par le fond du vagin; tantôt c'est une tumeur kystique ou solide qui nécessite l'ouverture des parois abdominales par le bistouri ou les caustiques ; tantôt c'est l'intestin lui-même qu'il s'agit de mettre à nu ou d'inciser. A ce titre, on peut le dire, la chirurgie intervient de plus en plus souvent et de plus en plus heureusement à mesure qu'elle fait des progrès. Hâtons-nous d'affirmer que tout chirurgien qui dédaignera l'emploi des pinces hémostatiques, quand il s'agira de faire l'une ou l'autre de ces opérations, fera courir dans maintes circonstances au malade des dangers inutiles et que, dans bon nombre de cas, il lui seraimpossible par d'autres moyens que par le pincement de parer aux dangers de l'hémorrhagie. Nous voudrions pouvoir entrer ici dans une description assez longue pour montrer tous les avantages que nous en avons retirés dans notre pratique. A plusieurs reprises déjà nous avons signalé les plus importants et il ne faudrait rien moins qu'un volume entier pour vulgariser tous les faits dans lesquels nous y avons eu recours. Mais comme le temps ne nous permet pas, dans ces cliniques, de nous appesantir sur un seul sujet, nous allons vous rappeler aussi succinctement que possible les avantages que vous nous avez vu retirer de nos pinces dans les opérations que nous avons pratiquées devant vous sur les parois et dans l'intérieur de l'abdomen (Obs. LXXVII, LXXVIII).

Que le chirurgien opère sur les parois avec le bistouri ou par les caustiques, il se trouve en présence de vaisseaux quelquefois difficiles à saisir au miheu des plans musculaires. Mais les difficultés sont bien autrement grandes quand il faut aller dans la cavité péritonéale elle-même et surtout au delà du feuillet pariétal qui entre dans la composition du mésentère et des parois du bassin : cependant maintes fois le chirurgien est appelé à pratiquer l'extirpation de tumeurs qui reçoivent par cette voie leurs vaisseaux nourriciers. Or dans bon nombre de cas, malgré l'emploi de la pince ingénieuse que nous avons fait construire autrefois par notre ami Cintrât pour placer profondément des ligatures métalliques perdues, en raison même du grand nombre des vaisseaux et du temps que de-

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mande l'application de cette pince, il est indispensable de mettre pendant le cours de l'opération sur tous les vaisseaux qui saignent un nombre suffisant de nos pinces de divers modèles pour faire de l'hémostasie temporaire et même, quand il y a lieu, d'en laisser un certain nombre pour faire de l'hémostasie définitive. Nous pourrions relater par centaines des observations de gastrotomies dans lesquelles, depuis plus de dix ans, nous n'avons pas agi autrement. Ceux d'entre vous qui seraient désireux d'avoir sur ce sujet de plus amples renseignements n'auront qu'à consulter les statistiques que nous avons publiées dans le premier volume de nos cliniques et notre travail actuellement en cours de publication sur le diagnostic et le traitement des tumeurs de l'abdomen.

A côté des opérations qui se pratiquent sur le ventre et le bassin se rangent tout naturellement celles qui se pratiquent sur les voies génito-urinaires de l'homme ou de la femme et dans lesquelles le scrotum, la vulve, la vero-e, le chtoris, l'urèthre, le vagin, la prostate, la vessie, l'utérus, se trouvent intéressés par des instruments tranchants ou contondants. L'importance de chacun de ces organes est telle que le chirurgien doit éviter avec le plus grand soin leur mutilation inutile, que souvent même il est oi^figé d'opérer dans un espace aussi restreint que possible, au milieu de tissus riches en vaisseaux, quelques-uns chargés de sinus, de tissus érectiles et d'artères longues ou tortueuses, d'autres adossés au péritoine. Or, il ne suffit pas d'être bon anatomiste pour opérer dans ces régions, il faut à tout prix empêcher les hémorrhagies qui sont toujours à redouter. Ici, plus qu'ailleurs, l'hémostasie préventive et l'hémostasie temporaire trouveront des applications de toutes sortes et permettront au chirurgien d'opérer presque à sec Grâce au pincement il pourra toujours distinguer sa voie au miheu de tissus qu'il ne pourrait aborder autrement que par des procédés longs et qui ne sont pas toujours apphcables, tels que les hgatures multiples et les cautérisations. Et lors même que le chirurgien croira pouvoir substituer au bistouri ou aux ciseaux le cautère tranchant et rougi, les pinces hémostatiques seront encore de la plus haute utihté pour faire

de l'hémostasie préventive, temporaire et définitive. Nous pourrions, à l'appui de cette opinion, citer un nombre imposant de faits, tirés de notre pratique civile et hospitalière, pour montrer tous les services que nous avons retirés de ce moyen d'hémostase, mais vous nous l'avez vu si souvent mettre en usage que je me contenterai de vous en rappeler quelques-uns et de vous indiquer comment nous agissons dans ces régions.

Voyons d'abord les opérations qui se pratiquent sur les organes génito-urinaires de l'homme.

Le pincement nous a permis de simplifier singulièrement la castration dans un temps au sujet duquel les chirurgiens ont été jusqu'ici divisés : je veux parler de la manière de pratiquer la section du cordon spermatique. Les uns veulent qu'on he en masse, d'autres séparément les vaisseaux; d'autres enfin ne font pas de hgatures et se servent de l'écraseur ou du cautère. Vous nous avez vu, Messieurs, employer un procédé beaucoup plus simple, beaucoup plus rapide et plus propre à empêcher le cordon de remonter, après sa section, dans le canal inguinal où il pourrait donner lieu à une hémorrhagie difficile à arrêter. Voici en quoi il consiste : une fois le cordon mis à découvert, je l'étreins simplement, avant de le sectionner (hémostasie préventive), entre les mors de deux pinces hémostatiques que je laisse à demeure pendant vingt-quatre ou quarante-huit heures (hémostasie définitive) (voy. fig. 10 de la forcipressure). On peut, si on le préfère, les retirer successivement après la section et saisir ensuite directement avec une ou deux pinces les vaisseaux qui donnent. Mais le premier de ces procédés nous semble beaucoup plus simple, plus sûr et par conséquent préférable. Il nous a d'ailleurs toujours donné les meilleurs résultats (Obs. LXXIX, LXXX).

U amputation de la verge est, comme vous le savez, une opération généralement sanglante, d'autant plus qu'elle se pratique le plus souvent pour des cas de tumeurs éléphantiasiques ou cancéreuses qui augmentent encore la vascularité de la région. Elle nécessite l'emploi d'un grand nombre de pinces hémostatiques.

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C'est une des opérations qui m'avaient conduit autrefois à faire de l'hémostasie préventive. En effet, il est trèsfacile, dans ces cas, d'exercer une compression circulaire avec les doigts, à la partie supérieure de la verge, ou même contre le pubis, si l'amputation se fait à la racine de l'organe. L'hémostasie préventive ainsi faite, suffit parfaitement pour permettre d'opérer sans avoir d'écoulement sanguin. Mais une fois l'amputation pratiquée, il est indispensable d'appliquer plusieurs pinces à demeure sur les vaisseaux divisés pour prévenir une hémorrhagie ultérieure (Obs. LXXXI).

Quant à la circoncision je ne m'y arrêterai que pour vous faire observer que l'emploi des serres-fines auquel nous avons recours dans ces cas présente beaucoup d'analogie avec celui denos pinces (Obs. LXXXII).

La taille^ quel que soit le procédé auquel on ait recours, est encore une de ces opérations dans lesquelles le pincement nous rend de grands services. 11 est inutile d'insister plus longtemps sur l'emploi de nos pinces dans ces opérations ; je vous citerai seulement un exemple (Obs. LXXXIlIj.

La plupart des opérations qui se pratiquent chez la femme, sur la vulve, sur les parois du vagin, dans Y utérus, etc. , ainsi que celles qui se pratiquent dans la cavité buccale, sont sans contredit celles oii l'hémostasie par le pincement nous rend les plus grands services.

S'agit-il, par exemple, d'enlever une tumeur des grandes lèvres, j'applique à la base de cette tumeur, qu'elle soit ou nonpédiculisée, deux ou plusieurs pinces hémostatiques qui la rendent complètement exsangue et permettent de l'enlever, soit avec le bistouri, soit avec l'écraseur ou le galvano-cautère sans le moindre danger d' hémorrhagie.

S'agit-il de porter l'instrument tranchant sur les parois vaginales ou dans les culs-de-sacs vaginaux, soit pour ouvrir un abcès, soit pour enlever une tum^eur, il peut arriver qu'on ouvre des vaisseaux importants et qu'on ait des hémorrhagies abondantes et difficiles à arrêter ; l'application d'une longue pince, sur l'endroit d'où jaillit du sang, permet aussitôt de s'en rendre maître.

L'emploi des pinces longues et courbes nous est également très-utile pour l'ablation des polypes de ïulérus. Lorsqu'il est possible par le col entr'ouvert de constater dans la cavité du col utérin la présence d'un polype, voici le procédé auquel j'ai recours : le saisissant entre les mors d'une pince de Museux, je l'attire le plus possible hors de l'utérus; puis, le maintenant abaissé, je comprime aussi haut que possible son pédicule avec une ou deux pinces longues et courbes ; j'excise immédiatement au-dessous avec des ciseaux courbes. Les pinces ainsi placées sont laissées à demeure pendant vingtquatre heures (voy. p. 5 de Deny et Exchaquet).

En général, pour toutes opérations qui se pratiquent sur l'utérus ou dans le vagin, c'est aux pinces longues, droites ou courbes, suivant les cas, qu'il faut avoir recours (Obs. LXXXIV, LXXXV, LXXXVI, LXXXVII, LXXXVIll, LXXXIX,XC,XCI).

Il est impossible de pratiquer des opérations sur le périnée^ Yamis ou le rectum sans ouvrir des vaisseaux importants. Comme il est très-difficile d'exercer une compression efficace dans ces régions ou d'y porter des ligatures, les chirurgiens, pour prévenir ou arrêter les hémorrhagies, avaient recours au fer rouge ou au perchlorure de fer. Vous avez pu Yoir que, sans recourir à ces moyens, nous avons toujours pratiqué ces opérations sans hémorrhagie, grâce à nos pinces hémostatiques.

Dans la périnéorhaphie, par exemple, l'avivement des parties que vous voulez rapprocher entraîne souvent un écoulement de sang : or il n'est pas de procédé plus facile, ni plus rapide que celui qui consiste à apphquer à mesure sur les vaisseaux saignants des pinces hémostatiques qui sont retirées après l'opération.

Vous savez tous. Messieurs, que l'opération de la fistule à l'anus avec le bistouri, toute simple qu'elle est, entraîne souvent avec elle des hémorrhagies ; si bien que nous préférions autrefois, pour la pratiquer, l'écraseur ou le galvano -cautère. Aujourd'hui l'emploi des pinces nous permet d'opérer les fistules à l'anus avec le bistouri sans le moindre danger, et sur toutes les opérations de ce genre pratiquées par nous depuis

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plusieurs années, nous n'avons pas eu à constater une seule hémorrhagie primitive ou secondaire : or, ceci est important quand on songe que ces opérations se pratiquent souvent sur des individus très-affaiblis (Obs. XCII, XCIII, XCIY, XCV, XCVI, XCVII, XCVIII, XCIX, C, CI, cil).

Les opérations de fistules recto ou vésico-vaginales, ne donnent pas habituellement beaucoup de sang, mais il est impossible, en pareil cas, d'employer des moyens hémostatiques autres que le pincement (Obs. CIII, CIV, CV).

L'ablation des tumeurs hémorrhoïdaires se trouve singulièrement facilitée par l'emploi des pinces hémostatiques, qu'on se serve de l'écraseur ou du thermo-cautère (Obs. CVI, CVlIj.

Quant aux ahlatlom partielles ou totales du rectum, je ne crains pas de dire qu'il y a bien des cas oii il serait véritablement imprudent d'entreprendre l'opération si on n'avait à sa disposition le pincement, l'écraseur ou le galvano-cautère.

Voici comment je procède en pareil cas : Je dissèque avec le couteau galvanique ou avec le thermo-cautère la face externe du rectum au niveau des parties malades ; cette dissection doit être portée bien au delà des hmites du mal, quand il s'agit d'une affection cancéreuse ; puis je sectionne verticalement et je résèque les lambeaux ainsi formés avec l'écraseur linéaire. Ces deux instruments, le galvano-cautère et l'écraseur, doivent être maniés avec une très-grande lenteur. Or, malgré toutes les précautions que l'on prend, il est impossiljle d'éviter l'ouverture des artères hémorrhoïdales qui donnent beaucoup de sang; c'est alors qu'intervient le pincement qui permet d'achever l'opération sans danger. Les pinces ainsi placées pourront être au nombre de i 5 à 20 : elles sont laissées à demeure dans l'infundibulum résultant de l'opération et facilement maintenues avec des éponges et un bandage en T qui sera lui-même compressif. Elles sont retirées ainsi que les éponges vingt-quatre ou quarante-huit heures après l'opération.

Nous avons bien souvent eu recours à ce procédé et jamais nous n'avons vu se produire d'hémorrhagies (Obs. CVIII).

E. OPÉRATIONS QUI SE PRATIQUENT SUR LES MEMBRES, L'ÉPAULE, LA HANCHE, LES RÉGIONS AXILLAIRE, INGUINALE ET POPLITÉE.

Aux membres, eu y comprenant l'épaule et la hanche, le chirurgien est appelé à pratiquer les opérations les plus variées. Par suite de leurs usages multiples, ces régions sont en effet souvent le siège de traumatismes accidentels; d'autre part, le chirurgien peut avoir à les atteindre à toutes les hauteurs, quelquefois même à les retrancher du corps. Or, quelque soit le traumatisme, leshémorrhagies sont redoutables.

L'hémostasie préventive, dans ces régions, se fait avantageusement par la pression digitale ou mieux par la bande élastique d'Esmarch. Mais ces moyens sont insuffisants à produire l'hémostasie temporaire, à plus forte raison, l'hémostasie définitive. Or, quelle que soit l'opération pratiquée dans ces régions, le pincement doit être préféré à tous les autres moyens d'hémostase. Vous en excepterez toutefois, si vous le préférez, les hgatures perdues appliquées sur les principaux vaisseaux. Telle est la règle de conduite que nous avons suivie si souvent devant vous depuis un grand nombre d'années. J^ai tenu également à vous montrer que, même dans ces grandes amputations, on doit, comme dans les autres régions, faire l'hémostasie définitive avec nos pinces et que ces instruments ne gênent en rien les divers modes de pansements actuellement mis en usage, y compris même le pansement par occlusion. D'ailleurs, nos pinces doivent être laissées à demeure pendant quelques heures ou même pendant trois ou quatre jours suivant l'importance des vaisseaux divisés : une fois extraites elles suppriment, contrairement aux autres méthodes , tout corps étranger. Sans entrer dans la description de tous les faits de ce genre que nous pourrions citer, disons seulement que depuis plusieurs années, aux membres comme dans les autres régions, nous avons pratiqué toutes nos opérations sans faire aucune ligature et que nos statistiques, dont quelques-unes ont déjà été publiées, prouvent que nous n'avons jamais eu d'hémorrhagies à redouter. D'ailleurs pour

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quelques-unes de ces régions, les pansements compressifs peuvent être appliqués assez exactement pour permettre de retirer les pinces immédiatement après l'opération, sans qu'il soit nécessaire, comme pour d'autres régions et en particulier celles qui se rapprochent de la racine des membres, de les laisser en place pendant quelques heures ou pendant quelques jours.

Le pincement vous rendra donc de grands services, soit qu'il s'agisse àQ plaies des gros vaisseauûc ^ &' amputations^ de résections^ de désarticulations ^ à' ablations de tumeurs^ etc.

Lorsque dans les plaies par instruments tranchants ou par armes à feu^ les gros vaisseaux, tels que l'humérale, l'artère ou la Yeine fémorale, sont intéressés, voici le procédé que j'emploie et qui m'a toujours donné de très-bons résultats : Pendant qu'un aide exerce la compression au lieu d'élection, je mets à nu, sans trop la disséquer, la surface externe de ces vaisseaux et je les saisis avec une pince hémostatique, au-dessus de la dissection s'il s'agit d'une artère, au-dessous s'il s'agit d'une veine. Si cela ne suffit pas, j'applique alors deux autres pinces, l'une au-dessus, l'autre au-dessous, à la fois sur l'artère et la veine (Obs. CIX, CX, CXI).

Mais, dans bien des cas, il n'est même pas nécessaire d'aller à la recherche des vaisseaux, il suffit d'appliquer une ou deux pinces au fond de la plaie, à l'endroit même d'où vient le sang, ce moyen, aidé d'une compression un peu énergique, suffit pour arrêter l'hémorrhagie.

Dans les amputations^ voici comment nous procédons :

L'hémostasie préventive ne pouvant être obtenue ici à l'aide de nos pinces, nous avons recours soit à une compression digitale bien faite, soit, ce qui est de beaucoup préférable, à la bande d'Esmarch qui permettent d'opérer, pour ainsi dire, à sec. Mais ces moyens n'assurant nullement comme le pincement, l'hémostasie définitive, aussitôt que l'amputation est pratiquée, nous les retirons et nous apphquons des pinces sur les vaisseaux qui, dès lors, se mettent à saigner avec d'autant plus d'abondance que le cours du sang y a été plus longtemps interrompu, à l'aide de l'ischémie artificielle.

Si nous interrogeons nos statistiques des années précé-

dentés, nous avons la satisfaction de constater que pas un de nos opérés, depuis plus de dix ans, n'a succombé à une hémorrhagie. Voici d'ailleurs quelques-uns des cas d'amputations que nous avons eu l'occasion de pratiquer dans les cinq dernières années (Obs. CXII, CXIII, CXIV, CXV, CXVI, CXVII, CXVIII, CXIX, CXX).

Vous m'avez vu. Messieurs, plusieurs fois pratiquer ici la résection du coude d'après un- procédé que j'ai imaginé dans le but d'éviter les liémorrhagies et surtout la section du nerf cubital.

Ce procédé consiste à faire sur la face postérieure du coude, maintenu dans la -demi- flexion, une incision curviligne à convexité inférieure dont les deux extrémités aboutissent aux extrémités épicondyliennes et épitrocliléennes de l'humérus, tandis que le milieu arrive au-dessous de l'olécrâne au niveau des points sur lesquels on se propose de pratiquer la résection. Cette première incision ne doit intéresser que la peau et les parties molles superficielles. Celles-ci sont alors détachées des parties profondes à la manière d'un lambeau jusqu'à la hauteur à laquelle on se propose de réséquer l'humérus. Il est ensuite facile de voir ou de toucher les extrémités osseuses et d'examiner leurs rapports. Pour faciliter cet examen, on sépare le triceps de son insertion olécrânienne, en conservant ou non une petite portion de l'os et du périoste avec lequel elle se continue^ puis on détache les muscles et le périoste qui recouvrent l'olécrâne et l'extrémité supérieure du radius; on résèque ensuite ces dernières en prenant les mêmes précautions. Ceci fait, l'extrémité inférieure de l'humérus se présente à l'orifice de la plaie et on le résèque de même.

Dans ce procédé, qui nous a toujours donné de très-bons résultats, aucun vaisseau important n'est ouvert, de telle sorte qu'il suffit habituellement d'appliquer trois ou quatre pinces sur quelques artérioles du lambeau pour n'avoir pas le plus petit écoulement de sang. Ces pinces peuvent être retirées, une fois l'opération terminée. La plaie est alors fermée par des sutures faites au moyen de hls d'argent, un orifice est laissé vers l'angle interne de la plaie, dans lequel est intro-

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duit un tube de façon à faciliter l'écoulement du pus et des liquides, puis le bras est immobilisé dans la demi-flexion avec un appareil plâtré, laissant à découvert la face antérieure du membre (Obs. CXXI).

Dans les désarticulalions des doigts ou des orteils une ou deux pinces laissées en place pendant quelques heures, suffisent toujours pour assurer l'hémostasie définitive. Je me contenterai de vous signaler le fait sans y insister davantage.

Pour les désarticulations de l'épaule oa de la hanche aucune autre méthode ne permet d'opérer avec plus de sûreté et de célérité.

Dans Xahlation des tumeurs siégeant sur un membre, on peut, à la rigueur, obtenir l'hémostasie préventive à l'aide de la bande d'Esmarch, comme pour les amputations. Mais cela n'est pas nécessaire, et vous pourrez, à l'aide de nos pinces, entreprendre, sans crainte d'hémorrhagie, l'ablation des tumeurs les plus volumineuses desmembres supérieursou desmembres inférieurs. Il n'y a, en effet, aucune difficulté à appliquer sur les vaisseaux divisés, quel que soit leur volume et quel que soit leur siège, une ou plusieurs pinces hémostatiques qui vous permettront d'achever l'opération sans retard et sans danger, tandis que si vous aviez à poser une ligature sur chacun de ces vaisseaux, vous éprouveriez souvent les plus grandes difficultés et toujours un retard préjudiciable. (Obs. CXXII, CXXIIÏ, GXXIV, CXXV, CXXVI, CXXVII, GXXVIII).

La conformation des membres étant des plus favorables pour exercer, après l'opération, une énergique compression, il n'est pas nécessaire, dans la plupart des cas, de mettre des pinces à demeure. Cependant, lorsque d'importants vaisseaux ont été ouverts, il est toujours plus sûr. lors même que cette compression est bien faite, de laisser à demeure pendant vingtquatre ou quarante-huit heures les pinces placées sur eux.

Quelques rnots maintenant au sujet des opérations qui se pratiquent dans les régions de V épaule, de Vaisselle, de la hanche, de Vaine, des fesses et du creux poplité.

Bien que l'omoplate soit rarement le siège d'affections nécessitant Fintervenlion du chirurgien, il est des cas cependant

OÙ celui-ci est appelé àpratiquerunerésectioD plusou moinsétendue de cet os pour débarrasser les malades de tumeurs plus ou moins volumineuses, plus ou moins gênantes. C'est ainsi que, récemment encore, vous nous avez vu pratiquer la résection d'une grande partie de l'omoplate chez un malade qui était atteint d'une tumeur fibro-plastique de cette région. Vous avez pu voir combien, dans ce cas comme dans beaucoup d'autres, le pincement nous a été utile. Il ne l'est pas moins pour l'ablation des tumeurs de l'aisselle, de l'aine, du creux poplité, toutes régions très-importantes et dans lesquelles l'opérateur ne saurait prendre trop de précautions (Obs. CXXIX).

Le chirurgien peut être appelé aussi, bien que rarement, à enlever des tumeurs siégeant dans la région fessière. Il est souvent fort difficile, en pareil cas, de pouvoir, avant l'opération, se rendre compte du véritable point de départ et des prolongements de ces sortes de tumeurs et, dansuncertainnombre de cas, si l'on n'avait à sa disposition un moyen d'hémostase aussi sûr, aussi prompt et aussi facilement apphcable à toutes les régions que le pincement, on se trouverait dans l'impossibilité d'achever l'opération : c'est ce qui eut lieu dans un cas où, croyant avoir affaire à une tumeur limitée à la région fessière elle-même, nous nous aperçûmes, dans le cours de l'opération, que cette tumeur prenait naissance dans la fosse ischio-rectale {Obs. CXXX.)

Messieurs,

Je Yiens de passer en revue devant vous les diverses applications du pincement comme moyen hémostatique; cette description jointe aux observations que vous trouverez plus loin suffira pour vous faire comprendre les avantages de cette méthode sur les autres moyens d'hémostase. Cette leçon clinique sera consacrée à vous les rappeler rapidement, et, en la terminant, nous ferons connaître également les autres usages que l'on peut retirer de nos pinces pendant le cours des opérations chirurgicales.

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