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III. Du DÉVELOPPEMENT DE L’ENTREPRISE ET DE SON TAUX

de capitalisation. — Depuis l’inauguration du canal de Suez, en 1869, le mouvement maritime d’une mer à l’autre donne les chiffres suivants :

Année

Nombre

des

navires.

Tonnes.

Recettes.

Année

Nombre

des

navires.

Tonnes.

Recettes.

Plusieurs causes expliquent un développement aussi rapide de l’entreprise. Et d’abord, il est dans la nature

des choses que les entreprises de transport augmentent leur trafic avec les années, et l’on a pu observer également une progression générale des résultats de l’exploitation sur les chemins de fer de l’Europe. La progression a été, il est vrai, bien moins rapide, parce que les conditions du développement des chemins de fer ne sont pas les mêmes. L’entreprise du canal de Suez a pour tributàires l’Inde, la Chine, le Japon et l’Europe. Tous les peuples situés sur la zone comprise entre l’Océan indien et le détroit de Gibraltar ne peuvent, ni étendre leur commerce, ni se développer en un sens quelconque sans que leurs progrès, quels qu’ils soient, ne se reflètent en chiffres sur le tableau des recettes du canal de Suez.

Pour ne prendre que les Indes anglaises, on peut se faire une idée du degré de développement qu’elles ont atteint dans les vingt dernières années par les chiffres suivants. En 1861, la population de l’Inde anglaise était de 134 millions; elle atteint aujourd’hui 194 millions. En 1861, elle avait 1,610 milles de chemins de fer ; elle en possède aujourd’hui 7,553. En 1863, ses tableaux du commerce d’importation et d’exportation se chiffraient par un total de 118 millions de livres sterling; ils se chiffrent aujourd’hui par 150 millions de livres. C’est une augmentation, en vingt ans, de près de 800 millions de francs.

Toutes ces augmentations, tous ces développements, tous ces progrès des peuples qui forment la clientèle du canal contribuent à la progression de son trafic. A l’origine, lorsque le fondateur de cette grande entreprise

DES SOCIÉTÉS INDUSTRIELLES

rendait publiques les conditions de l’appel des capitaux, il estimait que le canal coûterait 200 millions de francs, devant être rémunérés par un trafic de 6 millions de tonnes. Les travaux d’exécution proprement dits du canal n’ont pas beaucoup dépassé le devis primitif; mais les dépenses extraordinaires qui ont été imposées par des oppositions incessantes ou par des mesures violentes ont élevé la dépense générale à 400 millions de francs. Dans ces conditions, la rémunération des capitaux engagés ne devrait plus, disait M. de Lesseps dans son rapport à l’assemblée générale du 6 juin 1882, être représentée par un trafic de 6 millions de tonnes procurant une recette de 60 millions de francs, mais par un trafic de 12 millions de tonnes donnant une recette d’au moins 120 millions de francs.

En sera-t-il ainsi ? La progression si rapide des premières années se continuera-t-elle de manière à atteindre bientôt le trafic de 12 millions de tonnes? En un mot, le taux de capitalisation de l’action du Suez est-il exagéré; est-ce, au contraire, le taux normal de l’entreprise eu égard aux bénéfices qu’elle est appelée à procurer dans l’avenir? C’est là une question à laquelle il n’est pas facile de répondre, et qui demanderait d’ailleurs des développements que nous ne pouvons donner ici. Nous nous bornerons à rappeler qu’en thèse générale, il ne faut escompter l’avenir qu’avec prudence.

On connaît les attaques passionnées qui se sont produites en Angleterre, dans ces derniers temps, pour le creusementd’un second canal, destiné à faire concurrence

à la Compagnie. Il est permis de croire que ces attaques tomberont d’elles-mêmes. L’acte de concession a donné au président de la Compagnie un privilège exclusif, et ce privilège a été reconnu et confirmé par la convention internationale de 1876, qui a fixé les dépenses d’amélioration à la charge de la Compagnie et qui a constitué définitivement les conditions de l’exploitation; de plus, la Compagnie, tout en poursuivant les améliorations du canal maritime prévues, a l’intention d’exécuter elle-même le doublement de la voie maritime et de l’achever avant que le développement du trafic l’ait rendu nécessaire. Dans ces conditions, on ne peut lui créer une concurrence sans violer ses droits. Il est probable qu’un accord finira par ^intervenir.

IV. De la situation financière de la compagnie. — Durant l’exercice de 1882, les recettes se sont élevées à 63,409,393 fr.Les dépenses ayantétéde30,068,211fr., il est resté un excédant de 33,341,382 fr.

Sur cet excédant, il a été prélevé 5 p. 100, soit 1,667,069 francs pour la réserve statutaire. Le surplus a été réparti de la manière suivante : 71 p. 100 aux actionnaires et aux porteurs de délégations; 15 p. 100 aux parts de société civile, subrogées aux droits du gouvernement égyptien; 10 p. 100 aux fondateurs; 2 p. 100 aux administrateurs; 2 p. 100 aux employés de la Compagnie. — En conséquence, le revenu des actions de capital, intérêt et dividende compris, a été de 81 fr. 22; celui des actions de jouissance de 56 fr. 22; celui des délégations de capital de 107.73; celui des

délégations de jouissance de 82.73; enfin celui des parts de fondateurs de 31.67.

Le solde disponible à distribuer a\ait été de 2,744,881 fr., en 1879; de 12,330,142 fr., en 1880; de 24,678,046 fr., en 1881. — Il a été, comme on vient de le voir, de 31,674,313 francs en 1882.

SECTION III

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