COMPAGNIE UNIVERSELLE DU CANAL INTEROCÉANIQUE DE PANAMA
Notions générales. — Des différents titres de la Compagnie. — De la situation de l’entreprise.
I. Notions générales. — La Compagnie universelle du canal interocéanique de Panama a été constituée par acte passé devant notaire le 20 octobre 1880.
Elle a pour objet : 1° la construction d’un canal maritime de grande navigation, entre les océans Atlantique et Pacifique, à travers la partie de l’isthme américain dépendant des Etats-Unis de Colombie ; 2° l’exploitation dudit canal et des entreprises qui s’y rattachent; 3° la construction ou l’exploitation de toutes lignes de chemins de fer que la société croirait, pour le bien de l'entreprise, devoir construire ou acheter dans les parages du canal ; 4° l’exploitation des terrains concédés et des mines y contenues. Le tout aux clauses et conditions de la concession, telle qu’elle résulte de la loi du congrès des Etats-Unis de Colombie, en date du 18 mai 1878.
Les travaux ont commencé le 1er février 1881 ; ils doivent être terminés dans un délai maximum de huit
Le canal de Panama, qui sera accessible non seulement aux vapeurs mais aux navires à voiles, abrégera de 3,000 lieues, en moyenne, la route à parcourir de Londres ou du Havre à San-Francisco, de Londres ou du Havre à Sidney, de Bordeaux à Valparaiso, de Londres aux îles Sandwich.
La longueur du canal est de 74 kilomètres. Ses dimensions sont les mêmes que celles du canal de Suez, savoir : hauteur d’eau minimum, 8 mètres ; largeur au plafond, 22 mètres.
La durée de la concession est de 99 ans, à compter du jour où le canal sera ouvert, en tout ou en partie, au service public.
Le siège social est à Paris, rue Gharras, 9.
Le capital social est de 300,000,000 de francs, divisé en 600,000 actions de 500 fr., libérées de 250 francs, qui sont actuellementnominatives, mais qui peuvent être déclarées au porteur par la prochaine assemblée générale. — Sur ce chiffre, 10,000 actions ont été attribuées aux concessionnaires pour leur apport.
L’inventaire a lieu au 31 décembre. L’assemblée gé^nérale se réunit chaque année au jour et au lieu désignés par le conseil d’administration, avant le 30 juin. Il faut posséder 20 actions pour en faire partie.
Le conseil d’administration de la Compagnie est composé de MM : Ferdinand de Lesseps, fondateur et président-directeur de la Compagnie ; — général Alla-
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vène ; — Joseph Albert de Gircourt; — Charles Cousin, inspecteur principal délégué du chemin de fer du Nord ;
— Daubrée, administrateur de la Cie du canal de Suez ;
— Mari'us Fontane, secrétaire général de la Cie du canal de Suez; — comte de Gontaut-Biron, administrateur de la Cie du canal de Suez; — John Harges; — Helman ; — baron Jules deLesseps, administrateur de la Cie du canal de Suez ; — Charles Aimé de Lesseps, administrateur de la Cie du canal de Suez ; — Victor de Lesseps, administrateur de la Cie du canal de Suez;
— de Mondesir, administrateur de la Cie du canal de Suez; — Motet-Bey, administrateur de la Cie du canal de Suez ; — Mourette, administrateur de la Cie du canal de Suez; — Nouette-Delorme, administrateur de la Cie des chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée ; — Peghoux, administrateur de la Cie du canal de Suez ; — Piat, notaire honoraire ; — baron Poisson, administrateur de la société de dépôts et comptes-courants ; — Ernest Prévost ; — Léon Renault, député; — William Seligman; — général Turr.
Secrétaire général : P. Daubrée.
La Compagnie publie officiellement un bulletin paraissant deux fois par semaine, et qui est destiné à fournir aux porteurs de ses titres tous les renseignements qui peuvent les intéresser.
II. Des différents titres de la compagnie du canal de Panama. — Les différents titres de la Compagnie universelle du canal interocéanique de Panama comprennent: des parts de fondateurs, des actions, des obligations.
Des parts de fondateurs . — Les produits nets ou bénéfices de l’entreprise sont répartis de la manière suivante. Il est d’abord prélevé une somme suffisante pour donner aux actions 5 p. 100 du capital versé. Le surplus est partagé à raison de 80 p. 100 entre les actions, à titre de dividende; 15 p. 100 aux fondateurs ; 3 p. 100 aux administrateurs ; 2 p. 100 aux employés de la Compagnie.
En conséquence, il a été créé des parts de fondateurs au nombre de 900. Ces parts ayant été divisées en dixièmes, le nombre en a été porté à 9,000. Elles ne donnent droit à aucun intérêt pendant la période d’exécution, mais seulement à un dividende sur les bénéfices qui seront réalisés.
Des actions . — On sait que le capital social de la Compagnie du canal de Panama est de 300,000,000 de fr., divisé en 600,000 actions de 500 francs, sur lesquelles 10,000 ont été attribuées aux concessionnaires pour leur apport. En conséquence, 590,000 actions ont été mises en souscription publique le 7 décembre 1881.
En Europe seulement, il a été souscrit 1 million 1/2 de titres, et les souscripteurs ont dû subir une réduction de 25 p. 100.
Les actions sont, nous l’avons dit, libérées de 250 fr. Les actionnaires ont droit à un intérêt de 5 p. 100 des sommes versées pendant les huit années que doivent durer les travaux, et à 80 p. 100 dans les bénéfices n3ts. — Les coupons sont payables les 1er janvier et 1er juillet.
Des obligations. — A la date du 7 septembre 1882,
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la Compagnie a fait une émission publique de 250,000 obligations 5 p. 100. Ces obligations ont été émises à 437 fr. 50, remboursables à 500 fr. en 75 ans, au moyen d’un tirage au sort qui a lieu au mois de juin. — Elles produisent 25 francs d’intérêt annuel, payable par moitié les 15 janvier et 15 juillet. — Le rapport de M. Ferdinand de Lesseps à l’assemblée générale du 29 juin 1883 explique que cette émission a eu lieu en vue d’acquérir de la Compagnie américaine qui l’exploitait le chemin de fer existant entre Colon et Panama.
III. De la situation de l’entreprise. — Les documents publiés par la Compagnie témoignent que les travaux du canal se poursuivent avec activité, sans rencontrer d’obstacles imprévus, et même dans de meilleures conditions qu’on ne l’avait espéré au début. Les terrains à enlever pour assurer une communication directe entre les deux mers et qui avaient été divisés en terres ordinaires et roches dures, ces dernières en très grande proportion, ne se trouvent composés, en réalité, que de sables, de terres, de roches tendres, en un mot de terrains faciles à enlever avec des dragues et des excavateurs et ne comprennent que très peu, relativement, de roches dures.
C’est au mois de novembre 1881 que les études préliminaires ont été achevées et que la commission consultative des travaux, composée d’officiers généraux de la marine, d’inspecteurs généraux et d’ingénieurs en chef des ponts et chaussées a arrêté définitivement le programme des travaux des premiers chantiers. De-
puis lors, le résultat des sondages, des études, des excavations déjà pratiqués, les contrats fermes signés ou offerts, les petites tâches de terrassements déjà données aux travailleurs du pays permettent d’affirmer que les dépenses prévues ne seront pas dépassées, et que le canal sera ouvert à la navigation dans les six années qui restent à courir avant l’expiration du délai fixé.
Mais il existe deux objections sérieuses contre l’entreprise : l’une relative à ce qu’on a appelé la politique du canal, l’autre relative au climat de l’isthme.
En ce qui concerne la politique du canal, la Compapagnie a affirmé énergiquement sa volonté d’être purement et simplement une société industrielle, internationale, universelle, ne se préoccupant que de creuser un canal maritime entre les deux mers, au double profit des marins et des commerçants du monde entier, et des actionnaires qui se sont réunis pour assurer l’exécution de l’œuvre. Il n’y a, comme le disait M. Thompson, ancien ministre de la marine des Etats-Unis, président du comité de la Compagnie à New-York, « il n’y a dans les opérations de la Compagnie du canal intérocéanique aucune question publique ou politique. Cette Compagnie a seulement pour but de construire un canal à Panama et d’exécuter un contrat que la Colombie avait le droit souverain de faire avec elle. C’est tout simplement une entreprise privée et commerciale, qui doit être réglée et gouvernée par les seules lois de concession de la Colombie. »
Quant au climat de l’isthme et au danger qu’il pour-
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rait faire courir à la santé des travailleurs, les documents publiés par la Compagnie témoignent également que les craintes que l’on avait pu concevoir à l’origine sont dénuées de fondement. En 1881, la fièvre jaune s’est manifestée tout d’un coup sur plusieurs points du globe, notamment en Afrique et en Amérique. Le golfe du Mexique, sur tout son littoral, les Antilles, la Martinique surtout, ont été cruellement éprouvés ; sur le Pacifique, Guayaquil a été atteint. Placé au centre de ces contrées où le fléau sévissait, l’isthme de Panama est resté indemne ; le mal, importé par accident, n’y a jamais eu le caractère épidémique.
Telle est, en peu de mots, d’après les documents publiés par la Compagnie, la situation morale et matérielle de l’entreprise. Ces documents paraissent sincères ; mais outre qu’il est nécessaire de faire la part de l’imprévu, il ne faut pas oublier non plus que c’est la Compagnie qui parle, qu’elle plaide pro domo sua, e t qu’il est permis de se montrer optimiste en pareil cas. En définitive, le succès de l’entreprise est probable ; mais il peut y avoir évidemment, pendant les six années qui restent à courir avant la complète exécution des travaux, bien des objections plus ou moins fondées, bien des chances diverses à courir, et ici encore il ne faut opérer qu’avec une grande prudence.
Voici quelques notes sur la situation financière de la Compagnie.
Les recettes totales de 1881 , provenant du premier versement de 125 fr. par action et du produit des placements disponibles, se sont élevées à 74,830,293 francs.
— Les dépenses faites pour la construction du canal, en y comprenant la valeur des 10,000 actions libérées attribuées aux concessionnaires, ayantété de 35,544,173 francs, il est resté à l’actif de la Compagnie une somme de 39,386,118 francs.
Dans le courant de l’année 1882, les ressources de la Compagnie se sont accrues du deuxième versement de 125 fr. appelé sur les 590,000 actions non libérées, ainsi que du produit réalisé de l’emprunt de 250,000 obligations. D’autre part, les dépenses de construction du canal ont suivi leur cours, et il faut y ajouter le paiement du prix d’acquisition du chemin de fer de Colon à Panama.
SECTION IV