DES COMPAGNIES DE TRAMWAYS
Les transports par tramways forment, avec les omnibus et les voitures, un troisième moyen de communication pour l’intérieur des villes ou pour relier entre elles des localités voisines. Les tramways permettent aux ouvriers et aux employés des grandes villes d’habiter la zone où se trouvent les logements à bon marché, et ils constituent, sous ce rapport, un élément considérable de progrès social. Mais bien qu’ils aient été appliqués depuis longtemps en Amérique et dans une grande partie de l’Europe, ce n’est que depuis quelques années qu’ils sont connus en France.
On sait avec quelle faveur les premières Compagnies qui se fondèrent furent accueillies dans le monde financier; quelles réclames retentissantes leur furent con-
DES SOCIÉTÉS INDUSTRIELLES
sacrées dans un grand nombre de journaux. On se disputaitles actions, cotées avec des primes de 3 à 400 francs, en prédisant pour l’avenir des cours bien plus élevés. Cet engouement dura tant qu’on fût encore dans la période de construction ; une fois cette période expirée, les maigres résultats de l’exploitation firent succéder le désenchantement à l’enthousiasme des premiers jours ; les actions de ces Compagnies, qui devaient, disait-on, monter aisément à 1,300 francs, allèrent grossir le nombre des valeurs dépréciées et invendables qui gisent au fond de l’abîme.
Pourquoi les transports par tramways ont-ils eu un sort si malheureux? Est-ce par suite d’un vice inhérent à l’industrie elle-même, ou par l’effet de causes extrinsèques. A notre avis, l’industrie des tramways n’est pas infructueuse de sa nature ; elle renferme des éléments de prospérité, et la principale cause de sa détresse en France vient des conditions défectueuses qui ont présidé à son établissement, notamment de l’exagération des apports et des frais de premier établissement. En effet, la plupart des Compagnies de tramways qui fonctionnent à l’étranger sont dans une bonne situation. En France même, il existe quelques lignes qui font des bénéfices, par exemple, les tramways de Bordeaux, ceux de Calais-Guignes, ceux de Boulogne-sur-mer, ceux du Havre, ceux de Nancy; il est donc possible que celles des Compagnies de tramways qui sont bien administrées finissent par triompher des difficultés, lorsque ce genre d’industrie sera mieux connu, plus approprié aux habitudes locales.
SECTION XI