L '‘Année financière (1882; par M. Louis Reynaud
tesque auto-da-fé où flambent les épargnes, la dot des enfants, les économies domestiques, les fortunes péniblement acquises, ne laissant à leur place que la défiance et la peur.
La commotion provoquée par la crise financière, éclatant comme un coup de tonnerre sous un ciel radieux, a rendu, en effet, le marché des fonds publics inquiet et nerveux à l’excès. Aux journées néfastes de janvier 1882, provoquées par l’agiotage, ont succédé des journées lugubres, enfantées par la peur. Et comme si ces causes d’énervement ne suffisaient pas, les entreprises les plus solides ont été mises en question. Il en est résulté une lassitude profonde, un découragement universel. Avant la crise, on était acheteur, et l’on achetait follement, sans se soucier qu’une affaire fût bonne ou mauvaise, pourvu qu'on pût revendre le lendemain avec une prime le papier qu’on avait acheté la veille; en 1883, on était vendeur et l’on jetait sur le marché les meilleurs titres à des prix dérisoires.
Revenons aux sociétés financières. Ces sociétés ont toutes généralement pour objet : de faire l’escompte des effets de commerce ; de faire des avances sur garanties ; de recevoir des capitaux à titre de prêts ; de prendre part aux émissions de fonds publics et aux souscriptions d’actions et d’obligations. Elles remplissent, en outre, certains services pour leurs clients, tels que garde des titres, versements à faire sur les actions ou obligations, etc. Mais, chez les unes, ce sont les opérations de banque, escomptes, recouvrements, etc. qui prédominent,
DES SOCIÉTÉS FINANCIÈRES
et les opérations de Bourse et de spéculation ne viennent qu’accessoirement. Chez d’autres, on trouve tout à la fois des opérations de Banque et des participations industrielles et financières. Il en existe enfin qui ne sont alimentées que parla spéculation, qui vivent d’émissions et de réclames. Celles-là devront désormais chercher d’autres aliments pour soutenir leur existence.
A un autre point de vue, on peut, en laissant de côté les Banques purement commerciales, telles que Naud et Cie, Lehideux et Cie, Lécuyer et Cie, Dethomas et Béchet, maisons des plus honorables en général, diviser les sociétés financières en trois groupes : les grandes Banques, les Banques qui, tout en possédant des capitaux considérables et une nombreuse clientèle, sont considérées comme moins importantes, et les Banques de troisième ordre. Nous ne nous occuperons que des premières. — Les grandes Banques comprennent : le Comptoir d’escompte, le Crédit industriel et commercial, la Société de dépôts et de comptes courants, la Société générale, et le Crédit Lyonnais.
SECTION II