‹ Du placement des capitaux en valeurs de Bourse (volume 2)Chapitre 85 sur 105 · CRÉDIT LYONNAIS · texte numérisé non relu

CRÉDIT LYONNAIS

Notions générales. — Des opérations du Crédit lyonnais. — De sa situation actuelle.

I. Notions générales. — Le Crédit lyonnais est organisé sur les mêmes bases que la Société générale, dont il est le concurrent et avec laquelle il présente plusieurs points de ressemblance. Comme la Société générale, le Crédit lyonnais demande aux affaires de Banque ses bénéfices ordinaires, et aux affaires d’émission et de participation ses bénéfices exceptionnels. Comme celle-ci, il semble, depuis la crise de janvier 1882, s’être attaché à développer ses affaires de Banque, en laissant à l’arrière-plan les émissions et les participations.

Le Crédit lyonnais a été fondé à Lyon en 1863, sous la forme de société à responsabilité limitée, au capital de 20 millions, pour une durée d’un peu plus de 60 ans, du 23 juillet 1863 jusqu’en 1923. Il avait en vue les opérations de Banque proprement dite ; et, dans cette voie, il ne tarda pas, sous l’habile direction de ses administrateurs, à prendre une place importante parmi nos établissements decrédit; il est devenu aujourd’hui une des Banques les plus considérables de l’Europe. Après la guerre, les affaires du Crédit lyonnais ayant pris une grande extension, il se transforma, en avril 1872, en société anonyme au capital de50 millions. Trois ans après, en avril 1873, le capital social fut porté à 73 millions.

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En 1879, il fut de nouveau élevé à 100 millions. En avril 1881, il fut définitivement fixé à 200 millions.

Durant cet intervalle, le Crédit lyonnais avait donné un grand développement à ses affaires de Banque, créé des agences dans les départements et à l’étranger, installé des bureaux de quartier à Paris, attiré à lui une nombreuse clientèle. 11 avait puissamment contribué au relèvement des rentes françaises, et il avait trouvé 4ans ces opérations une source considérable de bénéfices.

Le siège social du Crédit lyonnais est à Lyon, palais du Commerce. Mais, en fait, rétablissement principal est à Paris, boulevard des Italiens, 19. — Il possède, en outre, de nombreuses agences en France et à l’étranger, ainsique dans différents quartiers de Paris.

L’inventaire a lieu au 31 décembre. L’assemblée générale annuelle se réunit au plus tard à la fin d’avril. — Le bilan est publié tous les mois.

Le capital social est actuellement de 200 millions, diviséen 400,000 actions de 500 fr., libérées de 250 fr. , dont les coupons sont payables à quatre échéances : les 25 mars, 25 juin, 25 septembre et 25 décembre de chaque année. — Le Crédit lyonnais possède, en outre, un fonds de réserve de 70 millions de francs, déduction faite d’un prélèvement de 10 millions destiné à amortir les frais de premier établissement et de mise en irain des agences.

Le Conseil d’administration est composé de MM. Henri Germain, président; — Joseph Bellon, vice-président ; — Henri Bouthier ; — Georges Broleman ; —

Gustave Desseilligny ; — Alexandre Jullien ; — Jacques Letourneur ; — Bailleux de Marisy ; — Léon Masson ; — Victor Pignatel; — Emile Vautier. — Directeur général : M. Adrien Mazerat.

Au 31 décembre 1882, le Crédit lyonnais possédait 64 agences en France et en Algérie ; 34 agences ou bureaux de quartier dans Tintérieur de Paris ; 8 agences à l’étranger, établies à Londres, Alexandrie, au Caire, à Port-Saïd, à Constantinople, à Madrid, à Genève, àSaint- Pétersbourg.

Une partie importante de ces créations est encore trop récente pour qu’on puisse dès maintenant en apprécier les résultats. Est-il vrai, comme on l’a dit, que les frais généraux dont elles grèventle Crédit lyonnais soient plus élevés que ceux des établissements analogues? C’est là une question à laquelle il serait difficile de répondre en l’absence de documents précis ; l’essentiel serait d’ailleurs de savoir, non pas seulement ce qu’elles lui coûtent, mais aussi quelle est la somme de profits qu’elles lui procurent.

On a reproché également à la Société les dépenses considérables qu’elle a faites pour la construction de son magnifique hôtel du boulevard des Italiens. Cette construction, ainsi que la mise en train des agences, ont immobilisé, sans doute, une portion de ses ressources ; mais il reste à savoir si elles en sont un mauvais emploi. La pénurie des affaires, l’état morbide du marché des fonds publics, le désarroi de la spéculation et la méfiance de l’épargne, la dépréciation générale des valeurs mobilières et l’incertitude de l’a-

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venir, voilà, selon nous, le mal auquel n’ont pu échapper, sauf de bien rares exceptions, les établissements de crédit les plus considérables et auquel le Crédit lyonnais a dû payer son tribut. Nous aurons d’ailleurs à revenir sur ce point.

II. Des opérations du Crédit lyonnais. — Les opérations du Crédit lyonnais sont à peu près les mêmes que celles de la Société générale. — Elles consistent iiotamment :

A escompter le papier de commerce sur la France et sur l’étranger ;

A ouvrir des crédits sur marchandises et connaissements ;

A faire des avances sur rentes, obligations ou actions, françaises ou étrangères, cotées ou non cotées à la Bourse de Paris.

A délivrer des chèques et lettres de crédit sur tous les pays;

A recevoir des dépôts d’argent à vue, à sept jours de préavis ou à échéance fixe ;

A recevoir en dépôt les valeurs de toute nature, françaises et étrangères, nominatives ou au porteur.

A faire exécuter les ordres de Bourse pour le compte de ses clients en France et à l’étranger.

A ouvrir des souscriptions à tous emprunts et pour la réalisation de toutes sociétés, et à prendre une ou plusieurs parts d’intérêts dans les sociétés constituées.

Le Crédit lyonnais a ainsi prêté son concours à plusieurs emprunts d’Etat et à diverses sociétés, parmi les-

quelles on peut citer : la Société foncière lyonnaise, la Société lyonnaise des eaux et de l’éclairage, la Société lyonnaise de constructions et d’électricité, la Caisse paternelle-vie, le Monde-vie, le Monde-incendie et le Monde-accidents.

III. De la situation du Crédit lyonnais. — La participation à ces entreprises ne constitue d’ailleurs qu’un accessoire des affaires du Crédit lyonnais ; la base de ses profits consiste dans la banque proprement dite. « Les opérations de banque sous toutes les formes où elles se présentent, escompte, recouvrements, arbitrages, mouvements de fonds, exécution d’ordres de Bourse, ouvertures de crédit, avances sur nantissement, garde de titres, encaissements de coupons, tel est l’élément normal de ses dividendes. »

C’est ainsi que s’exprimait le rapport présenté à rassemblée générale des actionnaires du 31 mars 1882. Il y a là l’indice d’une tendance qui méritaitd’être signalée à l’attention du lecteur. Les opérations de banque du Crédit lyonnais, durant l’exercice de 1881, ont été très considérables, ainsi qu’on pourra en juger par les chiffres ci-après. — Durant cet exercice, le mouvement général de la caisse, en recettes et paiements, a été de 28 milliards 663,622,832 fr. ; celui du portefeuille, de 7 milliards 423,976,173 fr.; celui des comptes de dépôts à vue et comptes courants de 13 milliards 013,280,430 francs; celui des titres en dépôt de 2,451,973 francs.

Voyons maintenant quels ont été les résultats de l’exercice de 1882.

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A cet égard, le rapport présenté à l’assemblée générale du 6 mars 1883 est assez concis et ne donne pas le chiffre des opérations effectuées. Il constate que les bénéfices nets réalisés sur les affaires de banque proprement dites se sont élevés à plus de 8 millions, et qu’ils ont permis de distribuer un dividende de 20 fr. par action libérée de 250 francs, en reportant à nouveau au compte de profits et pertes de l’année 1883 une somme de plus de 2 millions 1/2. A la même date, les réserves s’élevaient à 70 millions, divisés en deux catégories, l’une de 50 millions formant la réserve ordinaire, l’autre de 20 millions constituant une réserve spéciale, destinée à parer à la dépréciation du portefeuille des titres, composé de Société foncière Lyonnaise, Société Lyonnaise des eaux et de l’éclairage, Caisse paternelle, Monde-Vie, etc. — Les frais de premier établissement des agences déparmentales étaient entièrement amortis ; — la créance sur les agents de change de Lyon était également amortie; — la créance de plus de 4,500,000 fr. sur le gouvernement turc était portée en inventaire pour 1 franc ; enfin le compte de profits et pertes restait, comme nous l’avons dit, créancier de plus de 2 millions 1/2.

Que faut-il penser des rumeurs malveillantes qui ont eu cours sur le sort de ce grand établissement ? Le Crédit lyonnais n’a pas été exempté, sans doute, de la crise financière qui a atteint toutes les entreprises, et principalement les institutions decrédit; son portefeuille, comme celui d’autres sociétés, a subi une dépréciation ; et ces circonstances , qui , en d’autres

temps auraient passé inaperçues ont frappé les imaginations défiantes, à raison des catastrophes qui ont récemment bouleversé le marché. — De ce qu’une Société très en vue est tombée et de ce qu’un grand nombre d’autres sociétés ont suivi sa chute, on en a conclu que le Crédit Lyonnais était également une victime expiatoire désignée pour le sacrifice. On sait qu’il n’entre pas dans notre sujet de donnerdes appréciations directes sur les entreprises dont nous nous occupons, et que nous avons voulu nous bornera relever les faits qui les intéressent, sauf au lecteur à en tirer des conclusions. Ce serait une prétention périlleuse par le temps de tempêtes que nous traversons que de vouloir pronostiquer l’avenir ; ce serait pis, ce serait une prétention malfaisante que de prononcer des jugements, sans avoir en main tous les éléments d’une cause aussi compliquée et aussi délicate. Mais ces réserves faites, pourquoi ne dirions-nous pas que les appréhensions qui ont été manifestées à l’encontre du Crédit Lyonnais nous paraissent dénuées de fondement. Presque toutes nos grandes sociétés de crédit, sans en excepter la Banque de France et le Crédit foncier, ont eu des crises très graves à traverser, et une Société dirigée comme le Crédit Lyonnais par une administration rompue aux affaires, en possession d’une immense clientèle, avec 100 millions versés, 80 millions de réserve et 100 millions de garanties, ne s'effondre pas comme une de ces banques vulgaires de spéculation, dirigées par des financiers de hasard, qui n’ont que des clients de rencontre et que des relations d’aventure, qui vivent au jour le jour de gains

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saisis au passage et dont le portefeuille ne renferme que des chiffons de papier.

SECTION VIT

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