‹ Du placement des capitaux en valeurs de BourseChapitre 52 sur 135 · Voyez livre II, chap. ii, Des Banques coloniales · texte numérisé non relu

Voyez livre II, chap. ii, Des Banques coloniales

obligée d’un avoué, et enfin les frais excessifs de procédure, qui dépassent souvent, lorsqu’il s’agit de biens de peu de valeur, l’intérêt engagé.

En raison de ces difficultés de réalisation, la plupart des prêts hypothécaires ont été abandonnés aux notaires et à des banquiers spéciaux qui servent d’intermédiaires. On sait, toutefois, que, depuis quelques années, des établissements importants, le Crédit foncier et la Banque hypothécaire, avaient été fondés en vue de pratiquer directement les prêts sur hypothèques. Dans ces sortes de sociétés, le capital social représente le fonds de garantie ; les fonds mis à la disposition des emprunteurs sont demandés au public sous forme d’obligations. La différence entre l’intérêt payé par les emprunteurs constitue le bénéfice de la société.

Des Banques populaires . — Les sociétés ouvrières, qu’a voulu favoriser la loi du 24 juillet 1867, peuvent se diviser en trois classes : les sociétés de consommation, celles de production, et celles de crédit mutuel. Nous ne parlerons ici que de ces dernières, qui touchent, seules, à notre sujet.

Les sociétés de crédit mutuel ou banques populaires ont pour objet de procurer aux travailleurs un capital qui leur est indispensable. On sait qu’il existe deux sortes de crédit : le crédit réel, qui consiste à emprunter sur garanties hypothécaires ou mobilières, et le crédit personnel, qui repose sur la moralité, le talent, l’énergie de l’emprunteur.

L’un et l’autre crédit ne sont guère à la portée du

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travailleur. Mais les conditions changent, si plusieurs ouvriers se réunissent et mettent leurs épargnes en commun. Ces épargnes réunies forment un premier capital, dans lequel chacun d’eux peut puiser à son tour. S’il ne suffit pas, la société recevra des dépôts, ou aura recours à des emprunts garantis par tous les associés. Telle est l’idée qui a présidé à l’organisation des banques populaires.

Ces banques sont très nombreuses en Allemagne, en Italie, en Angleterre, en Belgique. En Italie, la Banque populaire de Milan, fondée en 1867, avec 700 francs de capital, par Luzzetti et ses amis, commençait bientôt ses opérations avec 27,000 francs, souscrits par 300 sociétaires. Aujourd’hui, elle a 15,000 actionnaires, 7 millions de capital social, 4 millions de réserve et plus de 50 millions de dépôts. Elle fait plus de 100 millions d’escompte par année et ne prend que 4 1/2, sans commission, depuis cinq ans. Elle n’a eu qu’un effet protesté sur 400, et ses pertes égalent à peine 17 centimes sur 1,000 francs prêtés. En Allemagne, les associés de ces banques atteignent un million et demi, et les avances s’élèvent à plusieurs milliards chaque année. Malheureusement, elles sont à peu près inconnues en France K On objecte qu’elles n’offrent aucune garantie. Mais, c’est là une opinion erronée. L’expérience prouve qu’elles n’ont pas subi de pertes importantes, lorsqu’elles ont été bien organisées. En Allemagne, 338

1. Toutefois, une société de cette nature a été fondée en 1882, à Paris, rue des Lombards; elle fonctionne avec succès, sous le nom de Crédit mutuel et populaire.

banques populaires, comptant 100,000 membres, ont avancé, en 1863, 130 millions de francs, sur lesquels 27,000 francs seulement sont restés en souffrance. En Belgique, la Banque de Liège, qui compte plus de 2,000 sociétaires, a prêté, en onze années et sept mois, 14,001,627 fr., sur lesquels 6,474 fr., n’ont pas été remboursés. Dans l’ensemble des banques populaires de tous les pays, le maximum des pertes ne dépasse pas un pour mille. Il est regrettable que des institutions si éminemment propres à stimuler la probité, l’esprit d’ordre, l’activité chez les travailleurs soient si peu répandues chez nous.

II. Des banques de spéculation. — Outre les banques dont nous avons parlé jusqu’ici, il en existe d’autres, dans les grands centres d’affaires, qui s’occupent principalement de l’achat et de la vente des valeurs mobilières, soit pour le compte de leurs clients, soit pour leur propre compte, ainsi que de l’émission des obligations et des actions des nouvelles sociétés. Ce sont ces banques qu’on appelle des banques de placement et de spéculation.

Voyons d’abord comment elles agissent quand elles opèrent pour le compte de leurs clients.

Lorsqu’il s’agit de valeurs cotées à la Bourse, les banques de placement et de spéculation font ordinairement exécuter par des agents de change les ordres d’achats et de ventes qu’elles reçoivent de leurs clients ; et, dans ce cas, elles ne prélèvent pas d’autre commission que le courtage habituel des agents de change.

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Toutefois, il peut arriver qu’elles négocient directement les titres, soit qu’elles aient reçu simultanément des demandes et des offres relatives aux mêmes valeurs, soit qu’elles sachent, lorsque des titres leur sont demandés, où trouver des vendeurs. Si les titres sont au porteur, l’opération est des plus simples ; s’ils sont nominatifs, il suffit que le vendeur et l’acheteur concourent au transfert. Ce n’est que dans le cas où il s’agit de l’inscription de rentes nominatives que le ministère des agents de change est indispensable.

Mais ces opérations de placement ont lieu surtout sur certains titres industriels qui ne figurent pas à la cote de la Bourse, et dont la négociation ne se fait guère qu’en banque. Ces titres sont ordinairement, ou des titres de peu de valeur, dédaignés par les agents de change, ou des titres qui ne sont pas suffisamment connus et appréciés, en sorte que leur négociation peut demander du temps. Ce sont ces titres qu’on appelle valeurs calées en Banque. Ajoutons qu’il dépend souvent du banquier de leur assigner un cours, à cause de la rareté des transactions auxquelles elles donnent lieu . Il suffira d’une entente entre quelques-uns de ceux qui les détiennent pour provoquer des offres ou des demandes, pour les faire monter ou pour les faire baisser à volonté.

Au surplus, les banques dont il s’agit ont un autre moyen plus habile de réaliser promptement des gains, en faisant des opérations de spéculation. Et il ne s’agit pas seulement ici des opérations de Bourse, qui sont accessibles à tous les capitalistes et dont on trouvera

l’exposé plus loin, mais d’opérations qui sont propres aux banques, qui ne peuvent être effectuées que par des maisons de banque dont le capital est considérable et dépasse de beaucoup celui des banques de commerce. Ces opérations consistent en des placements ou émissions d’actions ou d’obligations, soit que ces émissions aient lieu directement, soit qu’on les effectue sous forme de vente au public, avec des majorations.

III. Des émissions d’actions nouvelles. — Lorsqu’une entreprise nouvelle est en voie de formation, les fondateurs sont souvent obligés, pour se procurer les capitaux nécessaires, d’avoir recours à une société de crédit, à une banque de placement ou de spéculation. A cet effet, ils emploient ordinairement un intermédiaire. L’intermédiaire entre une compagnie et un banquier doit d’abord s’enquérir des renseignements généraux qui leur sont indispensables ; puis il mettra les deux parties directement en présence. Une fois ce résultat obtenu, son rôle est fini.

La nécessité d’employer un intermédiaire pour faire accepter une opération financière à une maison de banque s’explique par cette considération qu’une entreprise, une Compagnie ne peuvent pas offrir l’opération dont il s’agit de porte en porte. Avant de rencontrer le banquier définitif, il y aurait eu des refus à essuyer préalablement, et la conséquence de ces refus serait que l’affaire serait attaquée et démonétisée dans l’opinion avant même de voir le jour; chaque banquier qui aurait refusé se vantant d’avoir refusé, pour tels et tels

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motifs, afin d’empêcher le succès de son concurrent plus intelligent ou plus hardi,

Par l’intermédiaire, on obvie à cet inconvénient. Qu’un banquier se vante d’avoir refusé une opération, la compagnie en est quitte pour désavouer l’intermédiaire. Elle déclarera qu’elle ne s’est jamais adressée directement à ce banquier et qu’elle n’a donné mandat à personne de s’y adresser.

Supposons maintenant que la compagnie ait été mise en rapport avec une banque de placement ou d’émission. L’opération financière pourra être arrêtée de diverses manières. La banque peut : 1® se charger de placer les titres moyennant une commission ; 2® acheter les titres pour son propre compte, et en faire l’émission à ses risques et périls. Dans ce dernier cas, elle acquiert en bloc, moyennant un prix convenu, la masse des titres, en vue de les vendre en détail aux capitalistes. En d’autres termes, ou le banquier, assuré de la valeur intrinsèque de l’entreprise, veut simplement placer les titres à un prix convenable, en se contentant de bénéfices moyens; ou bien il ne voit dans l’émission qu’une opération de spéculation qui doit lui procurer des gains considérables, quelle que soit d’ailleurs la valeur de l’entreprise, et qui doit être menée rapidement et par des procédés excessifs.

Lorsqu’il s’agit d’une émission d’après la première manière, c’est-à-dire lorsqu’il s’agit de placer des titres d'une valeur intrinsèque reconnue, il importe avant tout que la maison de banque qui fait ce place-

ment soit bien posée, qu’elle ait déjà mené à bonne fin plusieurs affaires analegues.

Cette première condition remplie, elle devra s’assurer qu’il existe sur la place une somme de capitaux disponibles suffisante, et au delà, pour couvrir la souscription; et, dans ce but, elle fera l’émission de préférence aux époques de l’année où les rentiers touchent leurs revenus, par exemple fin janvier ou fin juillet. Elle fera ressortir par une large publicité les avantages de l’entreprise. Enfin elle divisera en plusieurs termes le paiement du montant des actions.

Ces opérations préparatoires seront toujours utilement employées, même lorsque l’émission est une pure affaire de spéculation. Seulement, dans ce dernier cas, il y aura à mettre en œuvre divers procédés qui ont été décrits d’une façon saisissante par M. Courcelle- Seneuil h

« La maison X fonde une compagnie anonyme pour l’établissement et l’exploitation d’un chemin de fer, au capital de 50 millions, représentés par 100,000 actions de 500 fr. payables de suite. La maison étant accréditée, les demandes de titres au pair affluent chez elle de tous les côtés. Supposons qu’elle en distribue pour trois millions. Sur cette somme, un million est remis à des personnes dont l’approbation et la parole sont utiles au succès de l’affaire, mais qui n’ont pas assez de capitaux pour garder leurs actions, même peu de temps ; un million à des personnes placées dans les

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