‹ Du placement des capitaux en valeurs de BourseChapitre 76 sur 135 · Tome I. i g · texte numérisé non relu

Tome I. i g

valeurs lui soient livrées cinq jours après avoir prévenu le vendeur, au moyen d’une affiche, placée par son agent de change sur un tableau destiné à cet effet, et énonçant la nature, la quantité et le prix des valeurs escomptables.

L’acheteur escompte ainsi son marché en le réalisant avant le terme convenu. Ce privilège n’existe d’ailleurs qu’à son profit : on l’explique par cette considération que l’acheteur est engagé à la hausse, qu’il soutient le crédit de l’Etat ; tandis que le vendeur est à la baisse . En conséquence, ce dernier ne peut pas exiger que son acheteur lui paie le prix convenu avant le terme, moyennant livraison immédiate des titres.

Le vendeur qui est mis en demeure de faire la livraison des titres avant le terme peut se trouver dans deux positions différentes : ou il a vendu à terme des titres qu’il avait en portefeuille, et, dans ce cas, il n’y a pour lui aucune difficulté. S’il est escompté, il livre ses titres et en reçoit le prix chez l’agent de change. Il y gagne même la jouissance de son argent pendant le temps qui reste encore à courir jusqu’à la liquidation. — Ou il a vendu à découvert, dans la pensée de racheter avant le terme, et, dans ce cas, il devra acheter au comptant les titres exigés, afin d’être en mesure d’en faire immédiatement la livraison. On comprend dès lors qu'en usant de leur droit d’escompte, et en obligeant ainsi les vendeurs à se racheter à tout prix, les acheteurs puissent provoquer un mouvement de hausse sur les titres qui sont en jeu. Sans doute, les hausses ou les baisses qui s’établissent sur une valeur ne sont

durables qu’autant que l’affaire est bonne ou mauvaise; mais elles n’en sont pas moins des causes de perte ou de bénéfice.

IV. De la liquidation. — La liquidation est le règlement des opérations de Bourse à terme. Autrefois, il n’y avait qu’une seule liquidation par mois. Depuis 1844, il y a, comme on l’a vu, deux liquidations par mois pour certains titres, l’une le 16 et l’autre à la fin du mois, ou, plus exactement, au commencement du mois suivant; pour d’autres titres, tels que les rentes, il n’y a qu’une liquidation, celle de la fin du mois.

La liquidation de la fin du mois est beaucoup plus importante que la liquidation de quinzaine parce qu’elle comprend toutes les valeurs qui se négocient à terme, tandis que la première n’en comprend qu’une partie. Le jour de la liquidation, les agents de change se réunissent pour fixer le cours de compensation^ c’est-àdire le prix auquel toutes les affaires doivent se liquider. Ils prennent généralement pour base de ce cours le prix moyen auquel ont été négociées les ventes et les achats au comptant pendant les deux premières heures de la Bourse. Dans certains cas très rares, lorsque la baisse des cours, ayant pris des proportions énormes, aurait amené la ruine des spéculateurs à la hausse, la chambre syndicale a pris sur elle d’établir la compensation à des conditions un peu arbitraires.

La liquidation se fait entre agents de change, comme les marchés eux-mêmes. Chacun des agents de change est responsable envers son coilègue des opérations qu’ils

ont traitées ensemble, et par suite est responsable des obligations de son client. La liquidation a pour but de déterminer ce que chaque agent doit livrer ou ce qu’il doit payer à ses collègues, à raison des opérations faites par ses clients.

La liquidation mensuelle dure cinq jours, non compris les jours fériés, où la Bourse n’a pas lieu. Mais le point de départ n’est pas le même pour toutes les valeurs. S’agit-il des rentes françaises et de quelques autres valeurs, telles que les actions du Crédit foncier et des chemins de fer français, on commence le dernier jour du mois parla réponse des primes. La réponse des primes est une déclaration que font les acheteurs à prime à leurs vendeurs qu’ils entendent lever les titres qu’ils ont achetés, c’est-à-dire en prendre livraison, ou abandonner la prime convenue et résilier leur marché. — Le lendemain de la réponse des primes, c’est-à-dire le 1®'' du mois, on liquide, c’est-à-dire qu’on arrête les comptes de toutes les opérations à terme engagées, d’après le cours du jour où ces opérations ont été faites et le cours de compensation. Bien entendu, il n’y a lieu de régler ainsi que les affaires qui n’ont pas été déjà réglées ; ainsi, il n’y a pas à appliquer le cours de compensation aux acheteurs qui ont revendu ce qu’ils avaient acheté, ni aux vendeurs qui se sont rachetés.

S’agit-il des autres valeurs, la réponse des primes a lieu un jour après, c’est-à-dire le 1®' du mois seulement et non le dernier jour du mois précédent, et la liquidation s’effectue le lendemain, c’est-à-dire le 2 du mois.

Dans tous les cas, la réponse des primes est avancée

d’un jour lorsqu’elle tombe sur un dimanche ou sur un jour férié; la liquidation, au contraire, est retardée d’un jour si elle tombe sur un dimanche ou un jour de fêle reconnu par l’Etat. Ainsi, si le dernier jour du mois est un jour férié, on fait la réponse des primes sur les rentes l’avant-dernier jour du mois, et le surlendemain, 2 du mois, sur les autres valeurs; et, à l’inverse, si le dernier jour du mois est un jour ordinaire et le f" du mois suivant un jour férié, on fera la réponse des primes le dernier jour du mois, mais la liquidation des rentes françaises et des chemins de fer français n’aura lieu que le 2 du mois suivant.

Le 3 du mois, les opérations étant réglées, les agents de change balancent leurs comptes et se mettent d’r.ccord sur les différences qu’ils ont à se payer et les effets qu’ils ont à se livrer, au moyen d’une opération qu’on nomme le pointage. Ce travail a lieu, sous la surveillance de trois agents de change, par six commis liquidateurs et un employé de la chambre syndicale qui a le titre d’agent comptable.

Le lendemain, 4® jour du mois, les spéculateurs versent entre les mains de leurs agents de change les sommes dont ils sont débiteurs ou les titres qu’ils doivent livrer.

Enfin, le 5® jour du mois, les agents de change, après avoir été réglés par leurs clients, font eux-mêmes les versements de titres ou d’espèces dont ils sont respectivement débiteurs entre eux, et la chambre syndicale les répartit entre les ayants-droit dans l’aprèsmidi du même jour.

En résumé, la liquidation de la fin du mois s’effectue de la manière suivante :

Le dernier jour du mois, réponse des primes;

Le 1®^ jour du mois suivant, liquidation des rentes, des actions du Crédit foncier et des chemins de fer ; réponse des primes pour les autres valeurs ;

Le 2® jour du mois, liquidation de ces valeurs ;

Le 3® jour, remise des comptes ;

Le 4® jour, livraison et paiements ;

Le 5® jour, répartition des titres et des espèces ;

Lorsque les spéculateurs ne sont pas en mesure de payer le prix des titres qu’ils ont achetés, ces titres sont vendus le lendemain par les soins du syndic des agents de change. Pareillement, lorsqu’ils ne sont pas en mesure de livrer les titres qu’ils ont vendus et que le délai de cinq jours qui leur est accordé par l’usage est expiré, le syndic des agents de change achète pour leur compte les valeurs dont ils sont tenus. Mais tout se résout ordinairement par des différences ; et, dans ce cas, si elles ne sont pas payées par les spéculateurs à leur agent de change, celui-ci vend les valeurs qui lui ont été remises en nantissement, afin d’être remboursé de ses avances.

La liquidation de quinzaine s’opère de la même manière; mais elle dure un jour de moins, parce que la réponse des primes a lieu le même jour, c’est-à-dire le lo du mois, pour toutes les valeurs qui sont soumises à eette liquidation. La réponse des primes ayant lieu le IS, on procède le 16 à la liquidation, les 17 et 48 les agents de change balancent leurs comptes et se

mettent d’accord, et les spéculateurs font les livraisons dont ils sont tenus ou paient leurs différences. Le 19, avant midi, les agents de change effectuent les versements à leur charge, et la chambre syndicale en fait la répartition le même jour, dans l’après-midi.

On verra plus loin quelles sont les valeurs qui n’ont qu’une liquidation par mois et quelles sont celles qui en ont deux.

V. Des marchés a prime. — Le mot prime a plusieurs significations à la Bourse. Ainsi, il peut être employé : 1° pour désigner la plus value acquise par un titre ; ainsi on dit, par exemple, qu’un titre fait 100 fr. de prime quand, après avoir été émis à 500 fr., il se négocie à 600 fr.; — 2° pour désigner la différence existant entre le taux de l’émission d’une valeur et le taux où elle doit être remboursée; ainsi on dit, par exemple, qu’une obligation de chemin de fer a 200 fr. de prime, quand elle est remboursable à 500 francs, après avoir été émise à 300 francs. — 3° Enfin, le mot/?nm^, emprunté ici à la langue des assurances, sert à désigner le maximum de la perte qu’on peut faire dans une opération de Bourse. Moyennant l’abandon d’une prime déterminée, l’acheteur à terme qui a opéré dans l’intention de revendre à un prix plus élevé dans l’intervalle de la liquidation, peut, si ses prévisions ne se réalisent pas, si les valeurs qu’il a achetées ont baissé, résilier son marché en abandonnant à son vendeur une petite somme convenue. — On peut donc définir les marchés à primes « des opérations à terme

dans lesquelles l’acheteur peut, tout en conservant des chances de gains illimités, limiter ses chances de perte en se réservant le droit de résilier l’opération, moyennant l’abandon à son vendeur d’une somme déterminée par titre.»

On voit dès lors en quoi les marchés à primes diffèrent des marchés fermes et quel est l’avantage qu’ils offrent à l’acheteur. Tandis que les marchés fermes lient irrévocablement les deux parties et les soumettent également à toutes les différences qui peuvent survenir dans les cours, l’acheteur, dans les marchés à prime, peut, au moyen du dépôt d’une prime, c’est-à-dire au moyen d’une somme qu’il verse à titre d’arrhes au moment de l’acquisition, maintenir son marché si les cours lui sont favorables, ou l’annuler s’ils lui sont contraires en abandonnant les arrhes qu’il a versées.

L’acheteur à prime peut ne faire connaître sa décision au sujet de l’abandon de la prime qu’à la dernière Bourse du mois. Ce jour-là, à deux heures précises et pendant les cinq minutes qui suivent, a lieu, comme nous l’avons déjà expliqué, la réponse des primes^ c’est-à-dire que l’acheteur doit à ce moment déclarer à son vendeur s’il entend maintenir le marché ou l’annuler. Toutes les opérations demeurent suspendues pendant ce délai.

Si l’acheteur déclare lever la prime ^ c’esT à-dire s’il déclare maintenir son marché et prendre livraison des titres achetés, l’opération se trouve convertie en marché ferme, et la liquidation s’effectue, comme pour cette classe de contrats, du 1®’’ au 4 du mois suivant, ou, s’il

s’agissait d’une liquidation de quinzaine, du 16 au 19 courant. — La prime versée par l’acheteur, au moment de la négociation, est imputée sur le prix qu’il doit payer.

S’il refuse de lever la prime, s’il en fait abandon suivant l’expression usitée, le marché se trouve résolu de plein droit et la prime est acquise au vendeur. — Dans la pratique, on ne consulte pas l’acheteur pour connaître sa réponse : les agents de change établissent le cours de la réponse des primes d’après le cours du jour des opérations au comptant, et les primes sont considérées d’office, comme levées ou abandonnées^ suivant que le cours indiqué est supérieur ou inférieur au cours de la négociation, déduction faite du montant de la prime.

La réponse des primes est donc tout simplement la liquidation des marchés à primes. On appelle cette liquidation réponse des primes^ parce que, lorsque le moment en est arrivé, l’acheteur est censé faire connaître à son vendeur s’il entend lever sa prime, c’est-à-dire la reprendre et par là maintenir le marché, ou s’il entend \ abandonner, c’est-à-dire s’il consent à la perdre en annulant son opération.

Ainsi, Pierre, disions-nous tout à l’heure, a acheté 3,000 francs de rente 3 p. 100, livrables fin octobre 1880, au cours de 80 francs, en se réservant la faculté d’annuler son marché moyennant l’abandon d’une prime de 1 franc par chaque fraction de 100 francs de capital, soit une prime de 1, 000 fr. pour 3, 000 fr. de rente. Si, au moment où se fait la réponse des primes, la rente est tombée à 78 francs, il sera censé abandonner la prime

de 1,000 francs versée par lui, pour éviter une perte plus grande. Si, au contraire, la rente est montée à 82 francs ferme, il sera censé lever sa prime, la reprendre en déduction de son prix et maintenir le marché, puisqu’il a tourné à son avantage. L’opération qu’il a faite sera réglée dans les quatre jours suivants, comme si elle avait été ferme.

La réponse des primes est ordinairement l’occasion d’une lutte acharnée entre les spéculateurs : les uns s’efforcent d’enlever les cours par des achats précipités ; les autres essaient de les faire fléchir par des ventes répétées. La plus grande partie des opérations engagées pendant le mois se liquide, en effet, à ce moment.

A raison de la faculté accordée à l’acheteur à prime de maintenir ou de résilier son marché, les ventes à primes s’effectuent, ainsi que nous l’expliquerons tout à l’heure, à un prix un peu plus élevé que les ventes fermes. Cet écart entre les prix des ventes à prime et des ventes fermes s’accentue d’autant plus que l’on est plus éloigné de l’époque de la liquidation, et par suite que les chances de hausse ou de baisse sont plus grandes. Il s’accentue également davantage dans les périodes de crises financières, parce qu’on est également plus exposé à des variations de cours. Enfin l’écart varie en raison du montant de la prime, qui peut être fixé à un taux plus ou moins élevé suivant les convenances des contractants. Moins la prime est élevée, plus il y a d’écart entre le prix des ventes à primes et celui des ventes fermes.

A Paris, les primes qui se traitent au parquet sur les rentes sont ordinairement de 25 centimes, de 50 centi-

mes, de 1 et2 francs par 100 francs de capital nominal. Toutes les rentes françaises étant uniformément remboursables à 100 francs, le calcul de la prime se fera pour toutes de la même façon. — Il est d’usage, à la Bourse, de désigner les primes par ces locutions : primes dont 25 centimes, primes dont^^ centimes, primes dont 1 franc, primes dont 2 francs, etc. — Ces primes se cotent en Bourse et elles s’inscrivent à la suite d’un trait vertical qui les sépare duprix. Ainsi un achat de3, 000fr.de rente, fait au cours de 80 francs, et résiliable moyennant l’abandon de 1 franc par 3 francs de rente ou 100 francs de capital s’écrira de cette façon, 80/1. Pareillement, un achat de 5,000 fr. de rente, fait au cours de 115.50, avec une prime de 50 centimes, s’écrira : 115.50/50; ce qui veut dire, acheté 5,000 francs de rente 5 p. 100 à 115.50 dont 50 centimes.

Cela compris, si l’on achète, par exemple, 3, 000 francs de rente 3 p. 100 à prime dont 1 franc, le montant de la somme à verser sera de 1,000 francs, car en calculant d’après le taux de remboursement à 100 francs de chaque titre, 3,000 francs de rente 3 p. 100 représentent 100,000 francs. On arrive au même résultat si l’on calcule en prélevant un franc par titre de 3 francs de rente, puisque 3 francs est contenu 1,000 fois dans

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