‹ Du placement des capitaux en valeurs de BourseChapitre 77 sur 135 · francs de rente. — Pareillement, si l’on achète · texte numérisé non relu

francs de rente. — Pareillement, si l’on achète

5.000 fr. de rente 5 p. 100 à prime dont 1 fr., le montant de la prime à verser sera de 1,000 francs, puisque 5,000 francs de rente 5 p. 100 représentent également 100,000 fr. de capital nominal au taux de remboursement, et que le chiffre de 5 francs est contenu

1.000 fois dans 5,000 francs. — Si la prime est de 50 centimes, la somme à verser sera seulement de 500 francs pour 3,000 fr. de rente 3 p. 100 et pour

5.000 fr. de rente 5 p. 100. — La somme à verser ne sera que de 250 francs pour le même chiffre de rente 3 p. 100 et 5 p. 100, si la prime est seulement de 25 centimes.

Les primes de 2 fr. sur les rentes sont assez rares ; il est plus rare encore qu’elles soient négociées au-dessus de ce chiffre. Mais, à l’inverse, à la coulisse des rentes, on fait quelquefois des primes dont 10 centimes pour des opérations qui se liquident du jour au lendemain, c’est-à-dire que l’acheteur d’une de ces primes, au lieu d’avoir jusqu’à la veille delà liquidation pour maintenir ou pour résilier son marché, doit faire sa déclaration à la Bourse du jour suivant, à deux heures. C’est ce qu’en termes de Bourse on appelle petites primes. L’écart entre les cours du marché ferme et ceux du marché relatif à ces petites primes est généralement très faible ; quelquefois cependant il s’accentue; par exemple, quand on attend un événement politique sur le point d’éclater. On peut alors, tout en ne s’exposant qu’à une perte insignifiante, réaliser un gain considérable. Ainsi l’acheteur de 5,000 francs de rente à prime dont 10 centimes peut gagner 1,000 fr. du jour au lendemain si la rente monte de 1 franc, tout en n’exposant que 100 francs. Sur les actions et les obligations, les primes sont habituellement de 5 francs, 10 francs, 20 francs par chaque action ou obligation. — Gomme les opérations à terme sur ces valeurs ne se négocient que par quantités de

MÉCANISME DES OPÉRATIONS DE BOURSE. 2o3

2o titres, la somme à verser sera donc de 125 francs, 250 francs ou 500 francs par chaque unité de 25 titres, suivant qu'elle a été fixée à 5 fr., 10 fr., ou 20 fr. par titre. — Gomme les primes de 2 fr. sur les rentes, les primes de 20 fr. sur les actions sont assez rares, et l’on n’y a guère recours que lorsqu’on prévoit de grandes variations dans les cours.

Nous avons dit qu’il y avait une différence de cours entre les ventes fermes et les ventes à primes. En prenante cote officielle, nous voyons, par exemple, la rente cotée à 115 fr., et, dans une colonne voisine, nous la trouvons cotée à 115.40 dont 50 cent, de prime. Cette différence s’appelle V écarts et cet écart signifie que le capitaliste prudent, qui tout en spéculant à la hausse veut limiter sa perte à un chiffre déterminé, doit payer la rente 40 centimes plus cher pour avoir le droit de résilier son marché, en abandonnant 50 centimes par 5 francs de rente. Nous reviendrons tout à l’heure sur ce point; mais nous devons rappeler auparavant que l’écart entre les cours fermes et les cours à primes est d’autant plus grand que l’époque de la liquidation est plus éloignée, qu’il y a plus de variations à prévoir sur les cours, enfin que la prime est plus faible. C’est pour cela que nous voyons, par exemple, à la cote le prix de la rente ferme à 115 francs, le prix de la rente dont 1 franc à 115.15, le prix de la rente dont 50 centimes à 115.40, et le prix de la rente dont 25 centimes à 115.70; il en est de même pour les autres types de rentes françaises.

Supposons, par exemple, que la rente 3 p. 100 soit

à 80 fr. ferme, et à 80.45 à prime dont 50 c. L’acheteur à prime devra payer 80,450 fr. pour 3,000 francs de rente, au lieu de 80,000 francs qu’il aurait eus à payer si l’opération avait été ferme. En outre, il doit verser une prime de 500 fr. à titres d’arrhes pour le cas où il résilierait le marché. Le jour de la liquidation arrivé, si la rente est montée au delà de 80.45, il aura intérêt, comme on l’a vu précédemment, à maintenir le marché, qui sera alors assimilé à un marché ferme; si, au contraire, la rente a baissé au-dessous de 80.45, il abandonnera la prime et résiliera le marché. Cependant il aurait encore intérêt à le maintenir si la baisse de la rente était inférieure à 50 c., par exemple, si elle était tombée seulement à 80.25, parce qu’en le maintenant il ne perdrait que 20 centimes par inscription de rentes, tandis qu’il serait en perte de 50 centimes en abandonnant sa prime.

La différence des cours entre les ventes à prime et les ventes fermes s’explique par cette considération que le vendeur trouverait facilement des acheteurs à vente ferme, et que par conséquent il ne consentira à vendre ses titres à prime, en laissant à son acheteur la faculté de résilier le marché, qu’à un prix plus élevé. — Supposons, par exemple, qu’on désire acheter un objet dont la valeur soit soumise à des variations : si l’on stipule du vendeur qu’on pourra résilier le marché moyennant une faible indemnité, celui-ci objectera qu’il trouverait à vendre l’objet pendant le temps où l’acheteur le gardera, et qu’il subira par conséquent un préjudice dans le cas où le marché serait résilié. En défi-

nitive, il ne consentira à le vendre que moyennant un prix plus élevé. L’acheteur devra donc payer cet objet 1,050 fr., au lieu de 1,000 francs qu’il est vendu couramment; mais il aura l’avantage de pouvoir résilier le marché, moyennant une indemnité de 20 fr. par exemple, s’il survient une baisse sur les prix. Si le contraire a lieu, s’il trouve à revendre 1,200 fr. l’objet qu’il a payé 1, 050 fr., il aura gagné 150 francs, tout en n’ayant risqué que 20 fr. de perte. La différence des cours entre les ventes à primes et les ventes fermes est donc rationnelle et équitable. Ajoutons qu’elle permet au vendeur de diminuer ses risques, en combinant son opération de vente à primes avec d’autres opérations d’achat. On verra plus loin quelques-unes de ces combinaisons .

Il existe aussi des marchés à prime dans lesquels les rôles sont renversés, et où la prime est donnée par le vendeur pour avoir la faculté de ne pas livrer. Mais ces contrats, connus sous le nom de marchés à prime recevoir^ ne sont pas en usage au parquet et ne se font guère qu’en Banque.

Les marchés à primes sont quelquefois appelés marchés libres^ par opposition aux marchés fermes dans lesquels les deux parties sont engagées et ne peuvent pas se dédire.

VI. Des reports. — Avant d’aborder l’étude des opérations de reports, nous devons, afin de les faire mieux comprendre, entrer dans quelques explications préliminaires sans lesquelles on ne s’en rendrait pas facilement compte.

On vient de voir que le cours des ventes à prime est plus élevé que celui des ventes fermes et l’on en a compris la raison, savoir, que le vendeur à prime, ayant la faculté de vendre ferme, ne consentirait pas à traiter dans des conditions qui le mettent en quelque sorte à la discrétion de son acheteur s’il ne trouvait pas une compensation à ce désavantage. Mais s’il en est ainsi pour les cours du marché à prime par rapport à ceux du marché ferme, les cours du marché ferme, c’est-àdire ici les cours du marché à terme sont, à leur tour, plus élevés que ceuxdum^rcAe au comptant. En voici la raison.

Il est d’usage dans le commerce que l’acheteur qui paie comptant, au moment de la livraison, l’objet vendu obtienne une réduction de 5 ou 10 p. 100 sur le prix qu’il aurait payé s’il avait demandé des délais pour solder sa facture. En effet, le marchand lorsqu’il n’est pas payé de suite, immobilise un certain capital qu’il aurait pu faire fructifier en l’employant à de nouveaux achats de marchandises, et il est juste que l’acheteur lui en paie les intérêts.

Il en est de même pour les opérations à terme qui sont faites à la Bourse. Lorsqu’un spéculateur achète des titres livrables au 15 prochain ou fin courant, il ne met pas immédiatement à la disposition de son vendeur le capital représenté par ces titres ; il lui fait supporter un délai pour le paiement, et il est juste que celui-ci compense cette perte en élevant le prix de la vente. Et comme la perte qu’il éprouve sera plus ou moins sensible suivant qu’il aura été privé de la disposition de son capital

pour un temps plus ou moins long, il en résulte que l’écart entre les cours du marché à terme et ceux du marché au comptant est plus ou moins grand suivant que l’époque de la liquidation est plus ou moins éloignée. A l’approche de la liquidation, il n’y aura presque plus d’écart et les cours finiront par se confondre, à moins que d’autres causes, par exemple, une disproportion dans les demandes, n’établissent une différence entre eux.

Habituellement, les cours du marché à terme sont donc plus élevés que ceux du comptant. — Ainsi lorsque la rente 3 p. 100 est à 80 francs à terme, elle sera, en général, à 79.90, 79.80, 79.70 au comptant, à moins qu’il n’y ait beaucoup de demandes au comptant et très peu de demandes à terme, ou que la liquidation ne soit très proche, auxquels cas il y aurait un nivellement des cours. Pareillement, lorsqu’une action de chemin de fer est cotée 1,000 fr. à terme, elle sera également à un prix moins élevé au comptant, à 995,990,985 fr., suivant que la liquidation est plus ou moins éloignée. — Supposons maintenant que la rente 3 p. 100 étant à 80 fr. à terme et à 79.80 au comptant, on achète au comptant et on revende en même temps à terme 3,000 fr. de rente : on aura à débourser 79, 800 francs et à recevoir 80, 000 francs, soit un bénéfice de 200 francs. G’est sur cette différence de prix entre les cours du comptant et ceux du terme, et sur les bénéfices qu’elle permet de réaliser, qu’est fondée la théorie des reports.

Toutefois, l’écart entre les cours du comptant et du terme, tout en étant la règle habituelle, est soumis, comme nous l’avons déjà remarqué, à la loi de l’offre Tome I. 17

et de la demande, en ce sens qu’il diminue, qu’il peut même cesser un instant d’exister s’il y a beaucoup d’achats au comptant et peu d’achats à terme. Lorsqu’il cesse d’exister, on dit que le report est au pair. Il peut même arriver, cela arrivera bien rarement il est vrai, que les demandes d’achats à terme soient tellement restreintes que les cours du comptant seront un peu plus élevés que ceux du marché à terme. Que l’on consulte, par exemple, la cote officielle du 7 février 1882, enverra, qu’à la suite de la violente secousse imprimée aux opérations à terme par la fameuse liquidation de janvier, les achats à terme étant presque nuis en raison de la position difficile où se trouvaient engagés la plupart des spéculateurs, et les achats au comptant étant, au contraire, très nombreux en raison de la baisse qui avait atteint les meilleures valeurs, le cours de la rente 3 p. 100 était à 82.70 au comptant et à 82.57 1/2 seulement à terme; que le cours des actions de la Banque de France était à 5,630 au comptant et à 5,605 seulement à terme.

Mais ce sont là des faits isolés, qui sont la conséquence d’un état de chose anormal, amené par une crise financière. Le principe rationnel d’après lequel les cours du comptant sont un peu au-dessous des cours du marché à terme n’en subsiste pas moins, et c’est, comme nous l’avons dit, sur ce principe qu’est fondée la théorie des reports.

On entend par report., dans le langage de la Bourse, une opération qui consiste à acheter des titres au comptant et à les revendre, en même temps, à terme, afin de

bénéficier de la différence qui existe entre les cours du comptant et ceux du marché à terme. C’est, comme on le voit, une sorte de placement à courte échéance que l’onpeutrépéter chaque mois, et qui, ainsi répété, donne un bon revenu à la fin de l’année.

Voilà, sous la forme la plus simple, ce que l’on entend par un placement en reports. Ce placement est, dit-on, très sûr, puisque celui qui l’effectue a entre les mains les titres achetés par lui, et qu’il ne les livrera, à la fin du mois, que contre espèces. Eussent-ils baissé dans l’intervalle, la baisse ne l’atteindra pas puisqu’il les a revendus le jour même où il les avait achetés, et que l’agent de change qui a fait l’opération est responsable du paiement du prix.

Mais s’il en est ainsi des reports qui sont effectués directement par l’intermédiaire des agents de change, il n’en est pas absolument de même de ceux qui sont effectués par des sociétés de crédit, notamment par les maisons dites Caisses de reports. La solvabilité de la caisse, telle est ici la principale garantie du client. Il n'a eu aucun rapport direct avec l’agent de change qui a servi d’intermédiaire ; et d’ailleurs les opérations ont peut-être été traitées en banque, sans l’intermédiaire d’un agent de change. Il a, il est vrai, un recours contre l’emprunteur, et il a également — une récente décision du Tribunal de Lyon vient de confirmer ce dernier fait — un recours contre la maison qui a servi d’intermédiaire. Mais quel sera le résultat de son recours contre l’emprunteur, si les titres qui forment son gage subissent une dépréciation ? Et quel sera l’effet

de son recours contre la maison qui a servi d’intermédiaire, si elle devient insolvable? Il a versé de l’argent en compte courant dans cette maison, à un taux variable ; le remboursement lui en a été garanti par le capital social et par les titres reportés. Si les titres reportés sont de premier ordre, la garantie est effective ; mais s’ils sont de qualité inférieure, le capital de la société suffira- t-il à couvrir la perte? — Au surplus, alors même qu’elles ne comporteraient pas ces risques, les opérations de reports ont le grave inconvénient, à notre avis, de toucher de trop près à la spéculation, et d’habituer peu à peu les capitalistes qui les pratiquent aux placements aléatoires. Si elles conviennent aux sociétés de chemins de fer et autres pour l’emploi momentané de leurs fonds disponibles, elles ne sont pas sans danger pour les particuliers.

Nous n’avons parlé jusqu’ici que du report simple. Il nous faut maintenant pénétrer plus à fond dans le mécanisme des opérations auxquelles il se lie. Mais avant d’aborder ces explications, nous devons indiquer auparavant quelles sont les diverses significations qui sont données à la Bourse à cette expression de report.

Et d’abord, dans le sens où nous l’avons employée jusqu’ici, on entend par report., l’opération qui consiste à acheter des valeurs au comptant et à les revendre à terme, afin de bénéficier de la différence qui existe entre les cours du comptant et ceux du terme.

Dans un second sens, on appelle également report., — mais il serait plus exact de dire prix du report — cette différence que nous venons de signaler entre le

cours d’une valeur au comptant et le cours de cette même valeur à terme. Ainsi lorsqu’on achète au comptant de la rente 3 p. 100 à 80 francs et qu’oxT la revend en même temps à terme à 80. 40, la différence de 40 centimes qui existe entre l’achat et la revente forme ce qu’on appelle le prix du report^ ou encore le report du comptant à la fin du mois. C’est en ce sens que l’on entend parler, quand on dit que les reports sont élevés ou qu’ils sont bas. Dans les derniers mois de l’année 1881, au moment où la spéculation était si ardente et où il y avait un grand nombre d’acheteurs, les reports ont donné jusqu’à 30 et 40 p. 100. Depuis, l’argent étant plus abondant et les acheteurs se montrant découragés, ils n’ont guère rapporté que 4 à 5 pour 100. — Ainsi entendus, les reports, ou plutôt les prix des reports, sont indiqués les 1®% 2 et 16 de chaque mois sur la cote officielle, en regard de chaque valeur et dans une colonne spéciale. Lorsque la cote indique, par exemple, 10 centimes de report sur la rente 3 p. 100, cela signifie que les acheteurs à terme qui veulent se faire reporter devront payer 10 centimes par 3 francs de rente, soit 100 francs pour 3,000 fr. de rente. Pareillement, lorsque la cote indique 2 francs de report sur une action, cela signifie que les acheteurs à terme qui veulent se faire reporter devront payer 2 francs par titre, soit 50 francs pour 25 titres.

Enfin, dans un troisième sens, on entend par report., l’opération par laquelle un capitaliste fournit des fonds à un acheteur à terme qui n’a pas l’argent nécessaire pour payer les titres qu’il a achetés et en prendre li-

vraison. Le capitaliste prend sa place, paie le prix et reçoit livraison des titres : en même temps, il lui revend à terme ces mêmes titres, livrables à la prochaine liquidation, en sorte que l’acheteur se trouve dans la même situation qu’auparavant, sauf cette circonstance que le capitaliste dont il est question a pris la place de son vendeur primitif. L’opération qu’il avait entreprise se trouve ainsi prolongée ; elle est reportée à la liquidation suivante, ce qui lui laisse la chance de se défaire avantageusement de ses titres dans l’intervalle, si la hausse sur laquelle il comptait vient enfin à seproduire. — Expliquons cette opération par un exemple. Pierre a acheté à terme 3,000 francs de rente 3 p. 100, à 80 francs, livrables à la fin du mois. Dans l’intervalle, une baisse est survenue et il n’a pas pu revendre ses titres de rente. Il va être liquidé, et comme les cours sont en baisse, il sera liquidé en perte. Pourtant, s’il pouvait prendre livraison des titres, il attendrait, et la hausse finissant par se produire, il les revendrait sans perte, et peut-être avec un gain. Mais il lui faudrait en payer le prix, et il en possède à peine la dixième partie, 8 à 10,000 francs environ, qu'il a laissé à son agent de change à titre de couverture. Il demande alors à celui-ci de le mettre en rapport avec un capitaliste, qui paiera son vendeur, recevra en échange livraison des titres, et, en étant ainsi devenu propriétaire, les lui revendra à terme, livrables à la prochaine liquidation ; ce qui aboutira en définitive à substituer le capitaliste reporteur au premier vendeur, et à piolonger ainsi l’opération. D’autre part, l’agent de

change a reçu de Paul des fonds destinés à être employés en reports. Ges fonds serviront à payer les titres de rente que Pierre avait achetés : Paul en prendra livraison et les revendra aussitôt à Pierre, livrables à la prochaine liquidation, en prélevant le prix du report. Pierre restera donc acheteur comme ill’était auparavant, et Paul deviendra son vendeur.

Le prix des reports varie, on le sait, en raison de la loi de l’offre et de la demande, et suivant l’abondance ou la rareté de l’argent. Il est relativement élevé lorsqu’il y a beaucoup d’acheteurs qui demandent à se faire reporter et que les reporteurs sont en moins grand nombre. En général, on apprécie le bon marché ou la cherté des reports en prenant pour base le douzième du coupon de la rente, ou le vingt-quatrième des titres qui ont deux liquidations par mois. En dehors de ces données générales, il faut observer que le report est beaucoup plus élevé sur les valeurs de spéculation, qui sont exposées à de grandes variations de cours, que sur les valeurs de placement.

Il nous reste à dire quelques mots du report surprime.

Le report sur prime est une opération par laquelle on achète ferme, fin courant ou à la prochaine liquida-* tion, une certaine quantité de rentes, afin de les revendre à prime pour la même époque, dans le but de bénéficier de la différence qui existe entre les cours fermes et les cours à prime.

Ainsi Pierre achète ferme, fin courant, 3,000 francs de rente 3p. 100 àSO francs, et il revend aussitôt à prime son inscription de rente à 80.60 dont 1 franc.

Si son acheteur maintient le marché, Pierre gagnera 60 centimes par titre de 3 francs de rente, soit 600 francs. S’il y renonce et abandonne la prime, Pierre gagnera encore davantage, puisqu’il gagnera 1 franc par 3 francs de rente, soit 1,000 francs.

VII. Du DÉPORT. — On dit communément que le déport est l’inverse du report. Mais cette expression peut être employée dans deux sens.

Dans un premier sens, on entend par déport, la différence qui existe entre le cours du marché au comptant et le cours du marché ferme, lorsque, par un phénomène contraire à l’ordre naturel des choses, le cours du comptant est plus élevé que le cours du terme. — C’est là, disons-nous, un phénomène contraire à l’ordre ordinaire des choses, car, ainsi que nous l’avons expliqué, il est rationnel que le cours du comptant soit, au contraire, moins élevé que le cours du marché à terme, comme il arrive dans les transactions commerciales. Cette interversion de la règle habituelle ne peut s’expliquer que par une situation anormale du marché, quand une valeur, dont les spéculateurs ont pris de grandes quantités, est offerte à terme sans qu’il se présente des demandes suffisantes, et que, d’autre part, cette même valeur est demandée au comptant. Les cours du marché à terme vont alors en s’abaissant par suite des offres qui ne trouvent pas de contre-partie, tandis que ceux du comptant sont maintenus par les demandes.

Dans un autre sens, on entend par déport, une opé-

ration qui a pour but, comme le report, de prolonger un marché, mais en procédant d’un point de départ tout opposé. Dans le report, en effet, il s’agit d’un acheteur à terme qui ne peut pas prendre livraison faute de capitaux disponibles, et qui a recours à un tiers pour payer le prix, prendre livraison et se substituer à son vendeur jusqu'à la prochaine liquidation. Dans le déport, au contraire, c’est un vendeur à découvert qui, la hausse étant survenue contrairement à ses prévisions, ne s’est pas racheté, et n’est pas en mesure, au moment de la liquidation, de faire la livraison des titres. Dans ce cas, il charge son agent de change de lui trouver un capitaliste qui lui prêtera les titres nécessaires. Ce prêt se fera sous la forme d’une vente, en ce sens que l’emprunteur achètera les titres au comptant et les revendra à terme, livrables à la prochaine liquidation, à son prêteur, à un prix inférieur au cours du comptant. Il prolongera ainsi son opération jusqu’à la prochaine liquidation, en restant vendeur, mais en substituant un nouvel acheteur à son acheteur primitif. — Ainsi Pierre a vendu à terme, fin courant, 3,000 francs de rente 3 p. 100, au cours de 80 francs. Il ne possède pas les titres qu’il a vendus, mais il compte que les cours baisseront dans l’intervalle qui le sépare de la liquidation, et il en profitera pour se racheter audessous de 80 francs. Malheureusement, c’est le contraire qui est arrivé, la rente a monté ; au moment où la liquidation doit se faire elle est à 81 francs au comptant, et par conséquent si Pierre liquidait immédiatement son opération, il devrait supporter une perte de

1 francpar inscription, soitde 1,000 francspour3,000fr. de rente. S’il pouvait prolonger son opération jusqu’à la liquidation suivante, la baisse finirait peut-être par survenir ; il en profiterait pour racheter à des cours inférieurs, et, au lieu d’avoir à payer des différences, il aurait à en recevoir. Dans cette situation, il emprunte, sous forme d’un achat au comptant, au capitaliste Paul les inscriptions de rente qu’il s’est obligé à livrer, et il lui revend en même temps à terme ces mêmes inscriptions, en lui payant le prix du déport.

Ainsi le report et le déport représentent également un écart entre le cours du comptant et celui du marché à terme ; mais ils représentent cet écart en sens inverse. Le report exprime un état de choses normal et habituel, qui consiste à payer un achat au comptant moins cher qu’un achat à terme; le déport a lieu, au contraire, lorsque, contrairement à l’ordre ordinaire des choses, une valeur est cotée à un cours plus élevé au comptant qu’à terme.

Entre ces deux points opposés du report et du déport, il peut aussi arriver qu’il n’y ait pas d’écart entre les cours du comptant et ceux du terme. On sait qu’il en est ainsi à l’approche delà liquidation, et c’est alors une conséquence toute naturelle de l’état des choses. Plus le terme est rapproché, plus évidemment les cours cotés à terme tendent à se mettre au niveau des cours du comptant.

VIII. Des valeurs qui oint une liquidation, et de celles QUI ONT DEUX LIQUIDATIONS PAR MOIS. — On Sait que parmi

les valeurs qui donnent lieu à des opérations à terme, il en est qui n’ont qu’une liquidation, et d’autres qui ont deux liquidations par mois.

Les valeurs qui n’ont qu’une liquidation par mois sont lies rentes françaises, — les actions delà Banque de France, — les actions du Crédit foncier de France, — les actions des chemins de fer français, — enfin toutes les valeurs qui se négocient à terme sur le marché en Banque.

Les valeurs qui ont deux liquidations par mois sont : les fonds d’Etat étrangers qui se négocient en France ; — les actions des compagnies de chemins de fer étrangers qui se négocient également en France ; — les actions des sociétés financières et industrielles, françaises ou étrangères qui ont été admises à la cote; — enfin les actions de quelques compagnies d’assurances qui donnent lieu à des négociations à la Bourse.

IX. Des VALEURS qui se négocient, en général, sur le marché EN BANQUE. — Le marché en Banque, ou marché libre est celui dans lequel les valeurs qui ne sont pas portées à la cote officielle sont négociées par l’intermédiaire des banquiers, changeurs, coulissiers, etc. Ces valeurs figurent officieusement sur la cote des valeurs en Banque \ elles n’ont, comme on l’a vu, qu’une liquidation mensuelle, à la fin du mois.

Les valeurs qui se négocient habituellement sur le marché en Banque sont : — la rente espagnole extérieure et intérieure 3 p. 100, extérieure nouvelle 2 p. 100; — les obligations Cuba; — les billets hypothé-

caires espagnols 6 p. 100 ; — les pagarès, Rio Tinto; — la rente turque 5 p. 100; — ies obligations ottomanes, émission de 1873 ; — les chemins de fer ottomans, dits lots turcs; — les actions de la banque ottomane; — les obligations égyptiennes, dette unifiée 6 p. 100; — les domaniales d’Egypte 6 p. 100; — les chemins de fer égyptiens ; — les rentes autrichiennes florin or 4 p. 100; — la rente hongroise 4 p. 100; — la rente russe 5 p. 100, émission de 1877; — l’oriental russe; — les Honduras ; — le péruvien 6 p. 100. etc.

Il faut ajouter à ces valeurs toutes les actions des sociétés nouvelles qui se traitent en Banque, au comptant ou à terme, jusqu’à ce qu’elles aient été admises à la cote officielle par une décision de la chambre syndicale des agents de change.

Les opérations en Banque, faites par la coulisse, se traitent de la même manière que les opérations effectuées à la Bourse. Mais les intermédiaires qui opèrent, avec l’assentiment tacite des agents de change, n’ont aucun caractère officiel. Ils n’ont pas de chambre syndicale ; ils ne sont pas soumis à des règlements ; ils agissent, en un mot, comme de simples mandataires de ceux qui les emploient. C’est à ces derniers à s’enquérir de leur honorabilité personnelle, de leur crédit, de leur fidélité à remplir leurs engagements. Il y a de puissantes maisons de coulisse qui font des affaires considérables.

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