Tome
qu’on peut avoir en vue dans les operations au comptant. — Ces opérations ne comportent qu’un très petit nombre de combinaisons, et ces combinaisons sont d’ailleurs fort simples. On peut acheter au comptant pour revendre : 1® au comptant; 2® ferme; 3® à prime.
Dans le premier cas, l’opération a lieu de la façon suivante : un capitaliste, que nous nommerons Pierre, achète au comptant des valeurs, par exemple, 3,000 fr. de rente 3 p. 100 à 80 francs, au prix de 80,000 fr. — Il les vend, quelque temps après, au comptant, à 80.30, soit 80,300 fr., avec un bénéfice de 300 francs.
Dans le second cas, Pierre achète au comptant 3,000 fr. de rente 3 p. 100 à 80 francs, et les vend ferme, livrables à la fin du mois, 80.30. Il obtient ainsi un bénéfice de 30 centimes par inscription de rente, soit 300 francs pour 3,000 francs de rente.
Enfin, dans le troisième cas, Pierre achète au comptant 3,000 fr. de rente 3 p. 100 à 80 fr., et les revend à prime dont 30 centimes, livrables à la fin du mois, à 80.40. Si la hausse se produit, ou si les cours restent à peu près stationnaires, l’acheteur maintiendra le marché, et Pierre réalisera un gain de 0.40 par inscription. Si c’est la baisse qni se déclare, l’acheteur pourra résilier le marché, en abandonnant la prime de 0.30 par titre. Dans ce cas, Pierre ne sera en perte que si la baisse est de plus de 90 centimes, car outre qu’il a revendu ses titres à 0.40 de plus qu’il ne les avait achetés, il gardera la prime de 30 centimes. Toutefois, il perdra, dans ce cas, l’intérêt de son argent jusqu’au
moment de la liquidation, puisqu’il avait acheté au comptant les titres qu’il a revendus à terme.
IL Opérations a terme a la hausse. — On sait que les opérations à terme à la hausse consistent à acheter des valeurs pour les revendre à des cours plus élevés. — On peut ainsi :
1° Acheter ferme et vendre ferme; et, dans ce cas, on court les chances d’un gain et d’une perte illimités.
2° Acheter ferme et vendre à prime; et, dans ce cas, la perte est illimitée et le gain limité.
3® Acheter à prime et vendre ferme ; et, dans ce cas, la perte est limitée et le gain illimité.
4® Acheter à prime et revendre à prime ; et, dans ce cas, la perte et le gain sont limités.
Première opération. — Achat ferme et vente ferme {gams et pertes illimités). Prenons toujours pour exemple le même spéculateur. Pierre achète ferme, fin courant, 3,000 francs de rente 3 p. 100, à 80 francs, soit au prix total de 80,000 fr. — Si, selon ses prévisions, le 3 p. 100 monte à 81 francs, il revendra 81,000 fr. les inscriptions de rente qu’il a achetées, et il réalisera un gain de 1,000 francs. — Si, au contraire, la rente est tombée à 79 francs, il subira une perte de 1,000 fr., sauf à se faire reporter, s’il croit toujours à la hausse, en se mettant en rapport avec un capitaliste qui achètera au comptant les titres de rente nécessaires, en fera la livraison au vendeur, et se substituera à lui pour la liquidation suivante.
Deuxième opération. — Achat ferme et vente à
prime. — {Perte illimitée et gain limité). — Pierre croit à un grand mouvement de hausse, il achète ferme, fin courant, 3,000 francs de rente 3 p. 100 à 80 francs, et il les revend en même temps 81 francs à prime dont 50 centimes, pour liquider fin courant : l’ordre peut être ainsi conçu :
Acheter ferme : 3,000 fr. de rente 3 p. 1-00 à . 80. fr.
Vendre à prime : 3,000 fr. de rente 3 p. 100 à. 81/50 ‘
Si la hausse se produit, Pierre réalisera un gain de 1 fr. par titre, soit 1,000 fr. — En cas de baisse, son acheteur résiliera le marché, et lui abandonnera la prime de 50 centimes; la perte de Pierre sera diminuée d’autant. Par conséquent, si la rente est tombée à 79 fr., j
il perdra 50 centimes par inscription, soit 500 fr. sur ,
l’opération; si elle est tombée à 78 fr., sa perte sera de 1.50 par inscription, soit 1,500 fr. sur l’opération; et j
ainsi de suite'. Ce genre d’opérations présente donc un J
grand danger. t
Troisième opération. — A chat à prime et vente ferme ; \
{perte limitée et gain illimité.) — Pierre achète à prime .»
3,000 francs de rente 3 p. 100 à 81/50, (à 81 francs |
dont 50 centimes). Il vend ferme à l’instant même à 80.50.
Si la baisse survient, et que le 3 p. 100 descende, par :
exemple à 79 fr. ferme, il annule l’achat qu’il avait fait à 81 francs, en abandonnant la prime de 50 cent., et il rachète ferme à 79. Gomme il avait auparavant vendu ferme à 80.50 il réalise un gain de 1.50 par titre, ce
1. On se rappelle que le signe /I veut dire : prime dont 1 franc.
Différence 1. fr.
qui, déduction faite de la perte qui lui cause l’abandon de sa prime, établit en sa faveur une différence de 1 fr. par titre, soit 1,000 fr. pour l’opération. — Si la baisse est plus sensible, si le 3 ®/o est descendu, par exemple 78 fr. ferme, il rachète à 78 fr. ; ce qui, déduction faite de la prime abandonnée, lui donne un gain de 2 fr. par titre, soit 2,000 francs pour l’opération; et ainsi de suite.
Si c’est, au contraire, la hausse qui s’est produite, Pierre perd 50 cent, par titre, puisqu’il a vendu 80.50 les titres qu’il avait achetés à 81 fr. ; mais sa perte ne peut pas aller au delà.
Quatrième opération. — Achat à prime et retente à prime; {gains et pertes limités.) — Pierre achète à prime dont 1 franc 3,000 francs de rente 3 p. 100 à 80.30, et vend en même temps à prime 3,000 fr. de rente dont 50 centimes à 80.60 h L’ordre est ordinairement ainsi conçu :
Acheter : 3,000 fr. de rente 3 p. 100 à. 80. 30/1
Vendre : 3,000 fr. de rente 3 p. 100 à 80. 60/30
Différence 30
En cas de baisse, les deux primes seront abandonnées, c’est-à-dire que Pierre abandonnera la prime dont 1 franc, et que d’autre part son acheteur abandonnera la prime dont 50 centimes. Pierre ne perdra donc que la différence entre les deux primes, soit 50 centimes par titre. — Si, au contraire, la hausse survient, les deux primes
1. On sait que le prix est d’autant plus élevé que la prime est plus faible, ce qui se comprend puisque l’acheteur peut alors résilier le marché avec moins de perte.
seront levées, et Pierre réalisera un bénéfice de 30 centimes par titre.
III. Opérations a terme a la baisse. — Les opérations à la baisse sont, sauf quelques détails, la contre-partie des opérations à la hausse. On peut ainsi :
Acheter ferme et vendre ferme; et, dans ce cas, on court les chances d’un gain ou d’une perte illimités.
2® Vendre à prime; et, dans ce cas, le gain est limité et la perte est illimitée.
3° Vendre ferme et acheter à prime ; et, dans ce cas, le gain est illimité et la perte est limitée.
4® Vendre à prime et acheter à prime; et, dans ce cas, la perte et le gain sont limités.
Première opération. — Acheter ferme et vendre ferme; {gain et perte illimités.) — Pierre vend ferme, fin courant, 3,000 fr. de renie 3 p. 100 à 80 francs, soit au prix total de 80,000 francs. Si, selon ses prévisions, le 3 p. 100 baisse, il rachètera et il réalisera ainsi un gain d’autant plus élevé que la baisse sera plus forte, de 1,000 francs si la rente tombe à 79 francs, de 2,000 francs si elle tombe à 78 francs ; et ainsi de suite. — Si, au contraire, la rente monte, il sera en perte. Il perdra 1,000 francs si elle monte à 81 francs ; 2,000 francs si elle monte à 82 francs; et ainsi de suite.
Deuxième opération. — Vente à prime \ {gain limité et perte illimitée.) — Pierre vend à prime dont 1 franc, fin prochain, 3,000 francs de rente 3 p. 100 à 80 francs. Si la baisse survient et que le 3 p. 100 tombe à 79 francs, l’acheteur résiliera le marché et Pierre gagnera 1 franc
par titre, soit 1,000 francs. S’il y a hausse, l’acquéreur prendra livraison, et Pierre sera obligé de racheter à perte, et sa perte sera d’autant plus grande que la hausse aura été plus forte.
Troisième opération. — Vente ferme contre achat à prime \ perte limitée et gain illimité.) — Pierre vend ferme, fin courant, 3,000 francs de rente 3 p. 100 à 80 francs, et achète à prime dont 1 franc la même quantité de rente à 81 francs. — En cas de baisse, par exemple, à 78 francs, Pierre résiliera son achat et abandonnera sa prime de 1 franc ; mais d'autre part, la baisse lui permettra de racheter à 78 francs les titres qu’il avait vendus ferme à 80 francs; ce qui, en déduisant la perte que lui a causé l’abandon de sa prime, lui laissera un bénéfice de 1 franc par titre, soit 1,000 francs pour l’opération. — Si la rente tombe au-dessous de 78 francs, son gain n’en sera que plus élevé ; car, d’un côté, il pourra toujours résilier son achat par l’abandon de la prime de 1 franc, et, d’un autre côté, il pourra racheter à meilleur compte les titres qu’il avait vendus ferme.
En cas de hausse, sa perte ne pourra pas dépasser 1 franc par titre; car si la rente monte au-dessus de 81 francs, il gagnera comme acheteur ce qu’il perdra comme vendeur.
Quatrième opér ation. — Vente à prime et achat à prime\ {gain et perte limités.) — Les opérations de prime contre prime reposent sur cette donnée que plus la prime est élevée moins il y a d’écart entre le cours du marché ferme et celui du marché à prime. — Pierre vend 3,000 francs de rente 3 p. 100 à prime dont 1 franc,
à 79.50, et achète la même quantité de rente 3 p. 100 à prime dont 50 centimes, à 80 francs. En cas de baisse, si la baisse est de 1 franc au moins, son acheteur résiliera le marché et lui abandonnera 1 franc de prime; d’autre part, il résiliera lui-même son achat, en abandonnant 50 centimes de prime. Les deux opérations étant ainsi résiliées, il lui restera un bénéfice de 50 centimes par titre, soit 500 francs pour l’opération. — En cas de hausse, la vente et l’achat à primes seront maintenus ; et, comme Pierre est à la fois vendeur et acheteur de la même quantité de rentes, sa perte, quelque forte que soit la hausse, ne dépassera pas la différence qui existe entre son prix de vente et son prix d’achat, soit 50 centimes par titre.
IV. Opératioins mixtes a la hausse et a la baisse. — Ces opérations présentent des combinaisons qui varient à l’infini. Au fond, il s’agit, quand on est engagé, d’atténuer sa perte, de se couvrir par des opérations sur primes; mais il faut, pour exécuter ces évolutions, suivre attentivement chaque mouvement des cours pour en profiter.
Nous citerons l’opération suivante à titre d’exemple. Pierre vend ferme 3,000 francs de rente 3 p. 100 à 80 francs, et achète en même temps 3,000 fr. de rente à prime dont 50 centimes à 80.50. — En cas de baisse, si la rente tombe, par exemple, à 78 francs, il résiliera son achat de 3,000 francs de rente à prime, et il subira, par suite de l’abandon de sa prime, une perte de 500 fr. ; mais, d’autre part, il rachètera ferme à 78 francs, et il
réalisera par là un gain de 2,000 francs. — Si, au contraire, la hausse se produit, si le 3 p. 100 monte, par exemple, à 82 francs, il subira une perte de 2 fr. par titre sur la vente qu’il a faite à 80 francs; mais, d’autre part, il réalisera un gain de 1.50 par titre sur l’achat qu’il a fait à 80.50. En définitive, sa perte sera réduite à 50 centimes par titre, soit à 500 fr. pour l’opération.
SECTION IV