‹ Du plaisir et de la douleur (volume 2)Chapitre 21 sur 30 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

De la place qui appartient à la sensibilité dans l'étude des facultés de l'âme. — Deux points de vue différents d'après lesquels les faits affectifs peuvent se classer. — Des faits affectifs considérés en eux-mêmes ou dans leurs rapports avec leur cause. — Insuffisance du premier point de vue pour une classification. — Des douleurs et des plaisirs pris en eux-mêmes. — De la distinction des vrais et des faux plaisirs. — Classification des plaisirs et des douleurs d'après les divers modes d'activité qui les produisent. — Concordance de cette division avec celle des moralistes et de la conscience universelle.

Quelle place appartient à la sensibilité dans une étude des facultés de l'âme humaine ? Sera-t-elle avant ou après l'intelligence, avant ou après la volonté ? C'est un point sur lequel, jusqu'à présent, les psychologues ne sont pas d'accord. Ouvrez les traités de psychologie, tantôt vous trouvez la sensibilité au premier rang, tantôt au second, tantôt au troisième (1). Faut-il

(1) M. Jouffroy, dans sa Théorie des facultés de l'âme, place la sensibilité avant les facultés intellectuelles et après la faculté personnelle, les penchants primitifs, la faculté locomotrice et la faculté expressive. M. Garnier, dans son Traité des facultés de l'âme, met

finir ou bien débuter dans un traité de psychologie, par la sensibilité ? Nous allons chercher à déterminer sa véritable place, parmi nos autres facultés, d'après leurs relations réciproques au sein de la complexité du phénomène de conscience.

C'est par la sensibilité, sans doute, qu'il faudrait commencer, à considérer seulement l'ordre de prédominance de nos facultés, dans les périodes successives de notre développement intellectuel et moral. Si tous les pouvoirs de l'âme se manifestent simultanément, au sein du premier phénomène de conscience, il n'en est pas moins certain que d'abord la sensibilité, pendant un temps plus ou moins long, domine sur toutes les autres facultés et semble presque entièrement les absorber. Mais si le psychologue veut donner une image exacte de la vie intérieure, et, pour ainsi dire, de la constitution du moi, il doit plutôt s'attacher à représenter l'enchaînement naturel des phénomènes selon qu'ils se conditionnent et se supposent réciproquement. Or, à ce titre, c'est incontestablement l'intelligence qui doit avoir le premier rang. En effet, sans elle, sans sa lumière, rien n'est dans l'âme, ou, pour mieux dire, tout est dans l'âme comme s'il n'y était pas ; il n'y a pas plus de volontés, ni même de sensations, que d'idées. Comment voir quelque chose là où

la sensibilité, qu'il identifie avec les inclinations, après la faculté motrice et avant l'intelligence. M. Damiron, dans sa Psychologie, donne le premier rang à la sensibilité.

Page 1