S DU PLAISIR
y a de modes généraux de notre activité, autant nous distinguerons de classes principales dans nos plaisirs et dans nos douleurs. Or on peut ramener à quatre modes généraux, l'activité instinctive, l'activité habituelle, l'activité intellectuelle et l'activité volontaire, toutes les diverses manifestations de l'activité humaine. De là les plaisirs et les peines de l'habitude, les plaisirs et les peines de l'intelligence et enfin les plaisirs et les peines delà volonté. Tels sont, en quelque sorte, les grands embranchements de la sensibilité ; les subdivisions nous seront ensuite données par les énergies spéciales comprises dans chacun de ces modes généraux d'activité.
Avant d'aller plus loin, remarquons que cette division des plaisirs, d'après les divers modes d'activité qui les engendrent, ne supprime nullement la distinction que fait le vulgaire, d'accord avec les moralistes, entre les plaisirs du corps et les plaisirs de l'esprit, entre des plaisirs délicats ou grossiers, nobles ou honteux. Tous les plaisirs que nous classerons suivanteette méthode, s'élèvent ou s'abaissent suivant la nature de leurs causes, suivant le rang qu'elles occupent dans la nature humaine. Les plaisirs de l'activité instinctive ne seront pas plus égaux en dignité que les instincts euxmêmes auxquels ils sont attachés. Les plaisirs qu'engendrerintelligenceou la volonté seront au-dessus de ceux qui naissent des besoins du corps. Parmi les plaisirs de l'activité habituelle, les uns seront au plus haut rang, les autres seront au dernier, selon la nature des
habitudes d'où ils sortent. Au sein même des plaisirs de l'intelligence et de la volonté, il y aura des plaisirs d'un ordre très-inégal, selon la nature des idées et des déterminations qui les auront produits. Mais c'est dans ce dernier groupe que nous rencontrerons les plaisirs les plus élevés de la nature humaine, les plaisirs par où le cœur semble s'élever au niveau de la raison.