Essai sur Ventendement humain, liv. II, chap. xz
liment est en quelque sorte la matière première d'où se forment les idées ; toute idée a son origine dans le sentiment qui, par l'action de nos facultés, se transforme en idée. Donc autant '1 y a d'espèces différentes d'idées, autant Laromiguière admet de différentes espèces de sentir qui en sont la source. Ainsi il distingue le sentiment rapport, le sentiment de l'action de nos facultés, le sentiment moral et enfin le sentiment sensation qui est causé par le monde extérieur*.
Remarquons aussi la vaste et vague acception du mot sentiment qui , outre les faits affectifs , désigne également des faits de croyance, de connaissance, des jugements et des affirmations. Ainsi on dit : tel est mon sentiment , pour dire que telle est ma croyance, tel est mon avis ou mon jugement*.
Hamilton se plaint, avec non moins de raison, de l'ambiguité du moi feeling, qui correspond, en anglais, à ces mots de sensation et de sentiment et qui en a aussi toutes les équivoques. Après avoir eu d'abord le sens purement physique d'une sensation du toucher, il a, dit-il, par analogie, signifié les faits de conscience en général, mais plus
1. Pierre Leroux distingue dans Tàme trois ordres de faits : sensation, sentiment, connaissance. (Réfutation de VÊclectisme.)
2. Voir sur Facception du mot sentiment une note intéressante de Dugald Stewari, à la suite de sds Ettais philosophiques.
parliculièrement les faits du plaisir et de la douleur ^ Alexandre Bain, bien loin de dissiper la confusion signalée par Hamilton, semble vouloir l'augmenter encore. Il dit en effet, dans sa divi« sion des phénomènes de l'esprit, que les feelings comprennent les plaisirs et les peines, et « bien d'autres choses »*. Quelles sont toutes ces autres choses ? Il ne daigne pas nous en instruire. Voilà un mot important de la langue philosophique singulièrement défini! Enfin, aujourd'hui encore, dans la plupart de nos livres de philosophie, la confusion subsiste entre la sensation et la perception.
On peut faire les mêmes reproches au mot de sensibilité qui correspond à celui de sensation, comme la faculté au phénomène, et qui est fort généralement adopté, mais non pas malheureusement avec la même signification, par les psychologues et les physiologistes. Dans la langue du xvir siècle, comme aujourd'hui dans l'usage ordinaire, la sensibilité ne signifiait que la vivacité, la délicatesse des sentiments et des impressions du cœur*. C'est seulement vers la fin