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la moitié, le quart de l'autre? Voilà ce qu'il nous est impossible d'évaluer. La durée elle-même, qui semble plus susceptible de mesure, nous échappe, à cause des intermittences, à cause de la faiblesse du commencement et de la fin, à partir du point initial jusqu'au point final d'une sensation, et plus encore peut-être d'un sentiment. Rien de plus délicat, dirons-nous avec Bain, que Tappréciation de la durée du plaisir ou de la douleur. On a fait de curieuses et délicates expériences sur la vitesse des courants nerveux, sur le minimum ou le maximum de perception, on a mesuré l'effet produit par un stimulus, un certain nombre de fois plus fort ou plus grand, sur tel ou tel organe, mais le plaisir et la douleur, purement subjectifs, échappent à ces expériences et ne se laissent soumettre à aucune mesure de précision. Que sera-ce dooc si on les compare d'un individu à un autre?
Aussi rien, à notre avis, de plus chimérique que tous les essais d'arithmétique du plaisir et de la douleur tentés par certains philosophes et, entre autres, par Maupertuis. Suivant ce philosophe, « l'estimation des moments heureux ou malheureux de la vie est le produit de l'intensité du plaisir ou de la peine par la durée K » Mais comment obtenir la valeur exacte de ces deux facteurs,
t. Essai de philosophie morale, petit in-12, 1751.
de rintensité et de la durée? Non moins arbitraire nous semble l'arithmétique des plaisirs de Bentham, quoiqu'il y fasse entrer des éléments qui ne tiennent nullement à la nature intrinsèque du plaisir, tels que la certitude et la pureté. La certitude, en effet, résulte des prévisions et des calculs de l'intelligence; la pureté, de la nature des causes qui produit un plaisir. Mettez en regard les sentiments les plus élevés et les sensations les plus grossières, si vous faites complètement abstraction de leurs causes, ils sont au même niveau, ils ne valent ni plus ni moins les uns que les autres, si ce n'est par le degré. A ne considérer les plaisirs qu'en eux-mêmes, Maupertuis a raison de dire : « Ne nous faisons pas l'illusion de croire qu'il y a des plaisirs plus nobles les uns que les autres; les plaisirs les plus nobles sont les plus grands ^ » La différence en effet, à ce point de vue, est purement quantitative ; quant à la différence qualitative qui a une si grande importance au regard de la conduite et de. la dignité de la vie, elle vient tout entière des circonstances extrinsèques, des causes et des objets.
Cependant, d'après la langue commune, 6t surtout d'après le trop riche vocabulaire des médecins, il semblerait que les douleurs, sinon les plai-