‹ Du plaisir et de la douleurChapitre 103 sur 107 · Système nerveuxy ll« vol., des Sensations · texte numérisé non relu

Système nerveuxy ll« vol., des Sensations

médecine comme signes de la nature et du siège du mal, mais il n'est pas difficile de s'apercevoir qiie toutes se tirent des circonstances diverses dont la perception, plus ou moins confuse, accompagne la douleur, et non de la douleur en elle-même. Ici, à la sensation de douleur s'ajoute la perception obscure d'une distension dans la partie malade, là d'un poids causé par quelque amas de liquides, là d'un battement plus vif du cœur et des artères, là de quelque chose d'analogue à un corps pointu, à une aiguille traversant les chairs, là enfin d'un fourmillement. Ces distinctions n'ont donc lieu que d'après certaines notions sur la cause et sur le siège de la douleur, c'est-à-dire d'après des caractères extrinsèques et non pas intrinsèques. Quant à la douleur çn elle-même, à part toutes ces circonstances, elle n'est jamais que faible ou aiguë, brève ou longue, continue ou intermittente, selon qu'on considère son intensité ou sa durée. Ne faut-il pas aussi tenir compte d'une distinction, dont nous n*avons encore rien dit, celle des plaisirs faux et des plaisirs vrais, ou bien encore de celle des plaisirs nobles et des plaisirs grossiers qui est la même au fond et qui importe tant en morale? Avec quelle force et quelle élévation Platon n'oppose-t-il pas, dans le Philèbe, les plaisirs fondés sur une juste appréciation de ce qui est réellement à ceux qui n'ont d'autre raison

d'être qu'une fausse opinion et de vaines apparences ! Cette distinction se retrouve après lui chez tous lejs moralistes anciens comme chez les modernes. Mais autant elle a de valeur en morale, autant elle importe pour la conduite, pour le bonheur ou le malheur de la vie, autant elle nous semble mal fondée au point de vue exclusivement psychologique où nous nous sommes placé, c'est-à-dire au regard de l'essence même du plaisir ou de la douleur. Qu'un plaisir soit vrai ou faux, qu'il ait un objet réel ou imaginaire, une cause sérieuse ou futile, il n'en est pas moins du plaisir, tout comme les volitions, considérées uniquement en ellesmêmes, ne se distinguent les unes des autres que par leur degré de persévérance et d'énergie et non par la nature des choses voulues qui est du domaine de la connaissance : « Un plaisir vrai ou faux, a bien dit Pascal, peut également remplir l'esprit; car qu'importe qu'il soit faux pourvu qu'on soit persuadé qu'il est vrai M » Un faux plaisir est causé par une chose qui ne devrait pas nous réjouir; mais, en dépit même de la futilité ou même de l'indignité de cette cause, en dépit de la douleur, ou même du remords, qu'il doit laisser

1. Discours sur les passions de Vamour. Sénèque a dit de môme : « Molestus est jucundum somnium videnti qui excitât. Aufert enim voluptatem etiamsi falsam effectum tamen verae habentem. » {Epist. cil.;

bientôt après lui, il est néanmoins un plaisir au moment même où il est goûté.

Il en est des douleurs imaginaires comme des plaisirs imaginaires. Les causes de la douleur, comme celles du plaisir, peuvent être frivoles, futiles, imaginaires, chimériques, mais leur effet n'en est pas moins réel sur celui qui les éprouve. L'enfant, qui se désespère pour un joujou cassé ou perdu, souffre autant de sa douleur que l'homme fait qui a perdu ce qu'il avait de plus cher.

A quoi donc faut-il s'attacher pour sortir de cette confusion, pour ne pas laisser subsister cette homogénéité fâcheuse, cette sorte de promiscuité de tous les plaisirs et de toutes les douleurs, et enfin pour établir une classification des faits sensibles? D'accord avec la méthode la plus généralement suivie, avec l'opinion commune, avec la plupart des grands philosophes et moralistes, anciens et modernes, à partir de Platon et d'Aristote, nous prendrons les caractères distinclifs dont nous avons besoin, non dans les douleurs ou les plaisirs en eux-mêmes, où nous ne les trouverions pas, mais dans leurs causes, c'est-à-dire dans les diverses énergies de l'âme, d'où ils dépendent, dans nos divers modes d'activité qui ne se séparent pas des objets qui les excitent ^ A ce nouveau point de

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