‹ Du plaisir et de la douleurChapitre 18 sur 107 · De l^esprit géométrique · texte numérisé non relu

De l^esprit géométrique

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ment ou de désagrément sans ceux de plaisir ou déplaisir. Mais si nous ne pouvons définir en eux-mêmes le plaisir et la douleur, nous pouvons chercher à les définir par leur cause.

Quelle est donc cette cause? Pourquoi y a-t-îl des êtres sensibles et d'autres insensibles? Pourquoi sommes-nous sujets au plaisir et à la douleur? Pour trouver d'où ils viennent il ne faut pas s'arrêter aux objets extérieurs, quoique ce soient eux qui nous charment, à ce qu'il semble, ou nous heurtent et nous blessent; ni mêm^e il ne faut s'en tenir à notre corps, à l'état bon ou mauvais des organes, quoiqu'ils nous touchent de plus près, ni enfin à aucune circonstance accidentelle. La cause d'où dérive toute douleur, comme tout plaisir, est bien plus intime et bien plus profonde; elle n'est pas au dehors, mais au dedans; elle est dans notre essence même.

Supposons un instant, pour mieux nous faire comprendre, qu'au lieu d'être essentiellement active notre nature soit absolument inerte, c'esl-àdire dépourvue de toute inclination ou ressort, de tout pouvoir d'agir ou de réagfr, semblable à une pâte molle, à un morceau de cire qui reçoivent indifféremment toutes les formes et les empreintes. C'est en vain que vous lui feriez prendre toutes les figures, que vous la retourneriez dans tous les sens, rien ne lui étant conforme ou contraire, con-

venable ou opposé, rien ne saurait l'émouvoir, la douleur pas plus que le plaisir. On voit donc tout d'abord que sentir est le propre d'une nature active et non d'une nature inerte. Âristote, auquel il faut toujours revenir dans une théorie du plaisir et de la douleur, a dit profondément : c C'est dans l'action que semble consister le bien-être et le bonheur'. » Mais cependant ce n'est pas toute activité, ce n'est pas une force quelconque, une force, par exemple, faisant mouvoir une machine, ou bien répandue dans le sein de l'univers, qui deviendra jamais, quelque active qu'elle soit, un sujet sentant. La seule activité apte à devenir un tel sujet est une activité déterminée, circonscrite dans les limites d'un être particulier et non diffuse dans tous les éléments du monde. Nous n'avons garde de suivre les traces de Gampanella*, ou celles de Hartmann', ou même de M. Léon Dumont^, qui mettent la sensibilité dans toutes

1. Gomme pour Tartiste, pour quiconque a une œuvre à accomplir, le bien et ce qui est bien, dit Aristote, consiste pour l'homme dans l'action : *Ev tû ïpytù 86xet xh âyàObv eîvat xa\ xh e5. (Morale à Nicomaque, V* liv., chap. yn.)

2. Voir le De sensu rerum, dont voici le titre complet qui indique bien Tesprit et le but de Touvrage : Pars mirabilis occultœ phUosoptûas^ ubi demonstratur mundum'esse Dei vivàm statuam beneque cognoscentem, omnesque illiuh parles partiumque partes sensu donatas esse, etc.

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