‹ Du plaisir et de la douleurChapitre 20 sur 107 · Cours de droit naturel, II* leçon · texte numérisé non relu

Cours de droit naturel, II* leçon

2. c II est évident au point de vue psychologique, a bien dit Damiron, que si l*âme par sa nature n'avait pas une fin déter* minée, rien ne pourrait la toucher et exciter son intérêt, car rien ne la rapprocherait, comme rien ne la détournerait, d'une fin qu'elle n'aurait pas. Elle resterait indifférente sur toutes les vicissitudes d'une vie qui lui aurait été donnée sans destination et sans but s (Pêychologie,)

DE Là CAUSE DU PLAISIR 49

qui se produisent dans l'être vivant .Dans Thomme, par exemple, celte force unique sera la cause de tous les phénomènes humains, non pas seulement des phénomènes intellectuels et volontaires, mais des phénomènes vitaux et organiques. Supposez en effet que la même force ne soit pas principe de tout, principe de la vie, comme de la pensée, comment comprendre qu'elle ne soit pas moins affectée, et d'une manière non moins immédiate, par les modes de la vie que par ceux de la pensée? Gomment le plaisir et la peine se communiquerontils si immédiatement, si infailliblement, de l'un à l'autre principe?

Il n'est pas besoin d'ajouter qu*il y a encore une autre condition, non moins essentielle, celle de la conscience, sans laquelle toutes les autres seraient comme si elles n'existaient pas. A son plus faible degré, la sensibilité requiert un commencement de conscience, quelque faible qu'il soit; où il y a inconscience absolue il y a insensibilité absolue. Mais comme la conscience commence, suivant nous, avec la vie elle-même *, tous les êtres de la nature vivante sont* reliés, pour ainsi dire, entre eux par une chaîne de plaisirs et de douleurs qui vont parallèlement en croissant avec la conscience

1. G*e8t l'opinion que nous avons soutenue dans un chapitre de notre ouvrage: De la Vraie Conscience, in-18, chap. V> Hachette.

et rintelligence, depuis la plus obtuse sensation de bien-être ou de malaise, jusqu'au plus haut degré de plaisir ou de douleur que Thomme soit capable de sentir ou de supporter.

Pour achever de connaître toutes les conditions du plaisir et de la douleur il ne s'agit plus que de déterminer quelle est la fin vers laquelle incline nécessairement l'activité de tous les êtres vivants. Cette fin qui n'a véritablement rien de caché, rien de mystérieux, n'est autre que l'amour même de l'être, l'instinct de la conservation qui est imprimé, pour ainsi dire, dans les entrailles dé tout être doué de vie. c Tout animal, dit Cicéron, d'après les stoïciens, sitôt qu'il naît s'aime luimême et toutes les parties de son être; d'abord il embrasse les deux principales, qui sont l'âme et le corps, puis chacune des parties de l'un et de l'autre*. >

Les stoïciens admettaient une constitution propre à chaque vivant, a<t<;9aatçj avec une inclination fondamentale à la conserver. Chaque être a une inclination naturelle vers sa forme, ont dit dans le

1. « Omne animal, simul ac ortum est et se ipsum et sui ornnes partes diligit, duasque qu» maxim® sunt in primis amplectitur» animum et corpus, deinde utriusque partes.

De natura Deorum, lib. I, ii. Tel est aussi dans le De finibui le point de départ de la doctrine stoïcienne exposée par Catoa : « Placet istis quorum mihi ratio probatur, simul atque natum sit animal, ipsum sibi conciliari et commcndarî àd se consruvan* dum, etc. »

lïiême sens les docteurs scholastiques. « Qaamlibet formain sequitur aliqua inclination » C'est là aussi que Malebranche place le principe de toutes les inclinations : « Nous avons premièrement une inclination vers le bien en général , laquelle est le principe de toutes nos inclinations naturelles, de toutes nos passions, et de tous les amours libres de notre volonté*. » De cette inclination fondamentale il déduit en premier lieu l'inclination pour la conservation de notre être ou de notre bonheur.

Mais Spinoza, dans le livre cinquième de VÉthiquey où il traite des affections , a exprimé avec plus de force et plus de profondeur cette grande loi de tous les êtres animés. Sans être spinoziste, sans faire de Thomme un mode de Tunique substance, on peut admettre ces deux propositions fondamentales, sur lesquelles Spinoza établit toute sa théorie des passions : 1" toute chose, autant qu'il est en elle, s'efforce de persévérer dans son être; S** l'effort par lequel toute chose tend à persévérer dans son être n'est rien de plus que l'essence actuelle de cette chose ^. Il donne

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