CHAPITRE V
Suite des plaisirs de Texercice de ractivité normale. ^- Phîsirs de la vie organique. — La santé. — Plaisirs de l'activité motrice. — Plaisirs des sens. — Objections. — La rhubarbe et Torangè, les poisons doux. — Les plaisirs d*un bain chaud, du sommeil, du repos, sont-ils des plaisirs purement passifs? — Plaisirs de Tesprit. — Du rire. — Critique de quelques théories sur la cause du rire. — Est-ce une légère imperfection aperçue chez les autres et le sentiment de notre supériorité? — Tout ce qui est risible enferme un contraste. — Pourquoi les méprises font
. rire au théâtre. — Voltaire et Schopenhauer. — Théorie de M. Léon Dumont. — Nature particulière du contraste qui provoque le rire. — Exemples à Tappui de cette théorie. — Le surcroît d'activité de l'esprit est la cause du plaisir du rire. — Des plaisirs les plus, élevés de Tintelligence. — Plaisirs du beau.
. — Du sentiment moral. — * Des plaisirs de la recherche et de la
I découverte de la vérité. — Pourquoi certains plaisirs sont suivis de mécontentement et de tristesse. — Cause de la joie d'après Descartes, Spinoza, Malebranche et Leibniz. — La loi morale et la sensibilité.
Nous allons mamtenant voir naître tous les plaisirs,, comme toutes les douleurs, de ce mouvemen\ de l'activité essentielle vers sa fin dont le premier et plus générareffet, comme nous venons de le voir, est l'amour de la vie ou la crainte de
la mort. Autant il y a en nous d'inclinations particulières entre lesquelles se subdivise cette inclination fondamentale, autant de fonctions du corps, autant de facultés ou opérations de l'esprit, autant d'actes possibles de la spontanéité ou de la réflexion, autant çn Qn mot de modes quelconques de cette activité, qui est notre nature même, autant il y a de sources particulières du plaisir et de la douleur.
Nous n'entreprenons pas de faire la description et l'analyse de tous ces' sentiment* si variés, si complexes, de ces émotions, de ces passions qui sans cesse se succèdent dans le cœur humain ; notre but, comme nous l'avons dit, est seulement de montrer que toutes les catégories de plaisirs et de douleurs dérivent également de cette grande et unique source de l'activité. Non-seulement nous les en verrons sortir, mais nous les verrons tous cvottre ou diminuer, selon que l'activité elle-même, dans son exercice régulier, croit ou diminue, se rapproche ou s'éloigne davantage de sa fin et de son équilibre naturel.
Commençons par les plaisirs de la vie organique, qui sont au plus bas degré de l'échelle, mais qui sont communs à tous les êtres vivants. Autant il y a de fonctions organiques, autant il y a de plaisirs, autant il y a aussi dé douleurs possibles, plus ou moins viveii^ent sentis, selon que ces fonc-
DES DITERSES SORTES DE PLAISIRS 89t
tûms s'aciiomplissent bien ou mal. Sans vouloir entrer dsdds tes détails, bomons-nous à dire que; le plaii^r de la santé est en quelqae sorte la oon*> science du bon état de Fensemble des organes et des fonctions. C'est un sentiment général de bien^ être, de maintien, d'accroissement, de force, de vie, qui influe heureusement sur toutes nos humeurs, et qui n'en est pas moins réel, pour n'être que faiblement remarqué par l'homme bien portant. Mais combien ne se fait-il pas vivement sentir par le contraste avec la maladie et dans la convalescence? Qu'il paraît alors précieux ce bien qu'on goûtait, presque sans s'en apercevoir et avec une sorte d'ingratitude I
Cette cause générale des plaisirs organiques est admise par la plupart des physiologistes et def psychologues. < Tant que les mouvements vitsu favorisent le mécanisme des fonctions, dit le IHctùmnaire des sciences médioalesj libref ^ ftciles, ils procurent la satisfacticm dubien«ètr0^Ms qu'ils entraînent le jeu des o^anes, diffidlM, gênés, ils amènent de l'inquiétude^ et da malaise ^ » De même, selon Alexandre fiainy toi états de plaisir et les états de peine sont uitii avec un accroissement ou une diminution dM fonctions vitales^.
Plus vive est l'activité^ toujours dans lesbomes