‹ Du plaisir et de la douleurChapitre 28 sur 107 · Semés and intellect, châp. it, Lond · texte numérisé non relu

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de notre nature, c'est-à-dire de l'activité normale, plus grand est le plaisir* De là la vivacité, chez tous les êtres vivants, du plaisir de l'union des sexes où tant de force en quelques instants s'accumule et se dépense. Mais l'abattement, conformément à la loi posée, succède aussitôt à la surexcitation ; < omne animal post coitum triste, » suivant un vieil adage. Si l'âme est agréablement affectée par le libre exercice de sa puissance vitale, elle l'est aussi par celui de son activité motrice ; il y a un plaisir dans l'exercice des muscles, dans le mouvement, la promenade, la gymnastique, la danse, la course.

Que sont lés plaisirs des sens, sinon l'exerr cice, dans des conditions régulières, sans excès, ni en plus ni en moins, d'une faculté et d'un organe ? C'est un plaisir de voir la lumière. « Je m'éveille lé matin, dit Montesquieu, avec une joie seqrète de voir la lumière ; je vois la lumière avec une sorte de ravissement et tout le reste du jour je suis content *. » Un trop vif éclat nous blesse, l'obsciu'ité nous déplaît. Les couleurs éclatantes nous plaisent, plus que les couleurs sombres, parce qu'elles exercent davantage l'organe de la vue; mais il ùe fdut pas que leur éclat nous éblouisse. Pour chaque, sens il doit y avoir proportion entre l'objet et l'or-

\, Pensées diverses.

BES DIVERSES SORTES DE PLAISIRS 9t'

gane, de telle sorte que l'excitation ne soit ni au^ dessus ni au-dessous de sa capacité. Un contact peut plaire, mais non pas un choc ; entendre est un plaisir, pourvu que les sons soient suffisamment perceptibles et qu'ils ne dépassent pas le degré . d'intensité que l'oreille peut supporter. Voici, à propos de la musique, une observation de Diderot, tout à fait .conforme à cette théorie de la sensibir lité: « Nous devons à la théorie de la musique cette observation importante, que les consonanôcs sont plus ou moins agréables, suivant qu'elles sont de nature à exercer plus ou moins les fibres de l'ouïe sans les fatiguer. L'analogie qui règne dans la nature nous autorise à conjecturer que cette loi influe sur toutes les sensations K ^

Nous ne devons pas aller plus avant sans répondre à quelques objections relatives à cette classe de plaisirs.

1 Stuart Mill qui, dans son Examen de la philo* fiophie <rHamilton\ traite fort mal cette théorie du plaisir en général et des plaisirs des sëiiS en pai'ticulier, lui adresse certaines critiques que lions ne pouvons nous empêcher de trouver un peu superficielles, malgré toute notre estime pour un si grand esprit. Il reproche à Hamilton de vouloir tout ramener à une cause unique, là où il y en a

*. i. Du plaisir de la musiqUiC..

93 DES 0iVBRSBS SORTE» MT rtAfSÎRS

pltisieut^f et de se meXM^ é»AS rimpossibilité de rendre emilpte des^£iifii]e$ plus communs, les plus ^mpto et les|Pfii femiliers. Je goûte, dit-il, une onoÊgèy pÉfeArb 1 hubarbe ; l'une me fait éprouver vaae$99mt agréable, Paulre une saveur nau** ibiKmde. Pourquoi ïn'y a-t-il paâ plaisir dans les deux cas, puisque, dans Fun comme dans Pautre» Sy a eu également éîtercice, libre et non empêdié, du sens du goût?' Nous ne pensons pas qu'Hamilton eût été fort embarrassé, s'il eût vécu, de répondre à son adversaire, sans avoir besoin do toutes les ressources de sa dislleclique.

Stuart Mill affirme ^ns aucune preuve que la rhubarbe et Torange sont également favorables à Texercice et au développement, dans tiifè juste mesure, dû sens et de Toi^gaûe. Jusqu'à préuve'du contraire, il nous est hSen permis de n'en rien croire. Ne se peut-il que la rhubarbe ait pour effet de le* resserrer, de le eomprîmei*, ou bien encore de Fexciter outre mesure? Je n'entreprends pas de décider entre ces détix suppositions qui, toutes deux, peuvent également se concilier avec la doc* trine d'Hamilton qui est aussi la nôtre: Pou^ri^eiiversef une théorie ' que ' tant de faits justifiât; sufflt*4l d'une' simple supposition sans' preuve, â laquelle, d'ailleurs^ on peut opposer, avec bedu<* coup plus de vraisemblance, la supposition con* traire qui d'ailleurs a l'avantage de s'appuyer

précisément sur la dissimilitude des effets sentis?

Nous n'accordons pas plus de valeur à l'objeo lion des poisons doux, d'un autre philosophe an*glais, Murpby . Si le plaisir est le signe et Teffet d'une activité normale et bienfaisante, le signe de ce qui est à notre convenance, comment se fait41 qu'U accompagne perfidement en quelque sorte une substance qui met en péril cette activité, qui la détruit, qui est un poison qiortel? Pour que cette objection fût solide, il faudrait faire, ici dV bord bien des distinctions qu'on ne fait pas et qu'il n'est pas, sans Aont% facile de fai^e. De quelle douceur s'agit-il, et qu'.entend-on par poison? Il y a, tout le mqnde le sait, des douceurs qui n'ont rien d* attrayant, qui sont fades, qui loin de plaire sou** lèvent Iç cœur. Y a-t-il, d'ailleurs, véritablement des poisons en un sçns absolu? Ce qui est poi$on pour celui-ci ne Test pas pour celui-là qui a un autre te;;i;ipérament ; ce qui est uu poison, à telle ou telle dose, danç telle ou ie\\e circonstance, de- Tient un remèçle salutaire h une autre dose et dans d'autres circonstances. Tqut remède peut être un poison, tout poison devenir un.remède> On voit que cet ajl^trait. trompeur ^ reproché aux poison^ doux, n'est rien moius qu'une objection décisive contre^ le principe de l'activité normale.

li nous semble aussi que Bain a tort de voir une difficulté, sinon une objection, dans le plaisir d'un

bain chaud ou du contact moelleux d'une étoifel Sont-ce des plaisirs purement passifs parce que les muscles ne sont pas en jeu? N'y a-t-il pas dilatation, excitation d'autres organes, de la peau, du sang? Lui-même, d'ailleurs, nous donne cette réponse à l'objection analogue des plaisirs prétendus passifs du sommeil ou du repos. A la cessation de la dépense d'énergie musculaire, correspond une plus grande activité et excitation d'autres énergies organiques, et spécialement des fonctions digestives,que favorise la position du corps au repos K Nous ne croyons pas devoir faire un plus grand compte de l'objection des stimulants narcotiques qui procurent une douce ivresse et qui cependant affaiblissent, au lieu de les augmenter, les forces vitales. Il y a en effet ici, à côté de la prostration des forces vitales, l'excitation mentale, or c'est elle qui est la cause du plaisir de l'ivresse. Donc le principe de Tactivité ne se trouve nulle part en défaut; l'activité n'est que déplacée, elle n'est nullement suspendue; c'est toujours dans l'activité, et dans la seule activité, que se trouve la raison de tous les plaisirs , de ceux du repos comme de ceux de l'exercice musculaire. Osons donc dire, contre Bain et contre tous les défenseurs des plaisirs pas-

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