Préface de V Enfant prodigue
cables, incongrues, qui étonnent, qui choquent, mais qui ne font pas rire !
Voltaire, qu'on nous pardonnera bien de citer encore, approche plus de la vérité quand, re^ cherchant quelle est la cause de cette sorte de plaisanterie qui nous fait rire à la comédie, il met les méprises en première ligne : « J'ai cru remarquer aux spectacles qu'il ne s'élève presque jamais de ces éclats de rire universels qu'à l'occasion d'un^ méprise. Mercure pris pour Sosie, le chevalier Ménechme pris pour son frère, Crispin faisant son testament sous le nom du bonhomme Géronte, Yalère parlant à Harpagon des beaux yeux de sa fille tandis que Harpagon n'entend que les beaux yeux de sa cassette, Pourceaugnac à qui on tâte le pouls parce qu'on veut le faire passer pour fou; en un mot, les méprises, les équivoques de pareille espèce excitent un rire général. Arlequin ne fait guère rire que quand il se méprend, etc. *. »
Il y a en effet dans les méprises deux idées qui se contredisent, qui apparaissent simultanément, qui ne peuvent exister ensemble ou dont l'une tout aussitôt expulse l'autre. Or c'est là, comme nous allons le mptitrer, que se trouve, suivant nous, l'essence même du rire. Nous pouvons appuyer ce sentiment de quelques autorités, d'abord de celle