‹ Du plaisir et de la douleurChapitre 36 sur 107 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Point de plaisirs passifs dans Tordre intellectuel et moral. — Erreur des poètes et des moralistes qui ont célébré les prétendus plaisirs du far nienU. — L'oisiveté qui plaît n*est pas le désœuvrement. — Qui ne fait œuvre de travail cherche à faire œuvre d*amu8ement. — Les enfants et les grandes personnes. — L*homme ne peut se souffrir dans Tinaction. — Désir du changement. —> Rien de fixe et d'immobile, même dans la prospérité, ne peut nous satisfaire. — La recherche préférée à la possession: — Difficulté, dans toutes les religions, de concevoir le bonheur immobile des élus. — Plaisirs du jeu d'autant plus vifs qu'ils exigent plus de travail du corps ou de Tesprit. <^ Ce qui a coûté le plus de peine à acquérir est ce qu'on aime le plus. — Attrait des jeux de combinaison. — Comparaison entre Tesprit du jeu et l'esprit géométrique. — Effets de l'inaction. — L'ennui» — Passage dangereux de l'activité et des affaires à la retraité. -^ Représentation extérieure dans l'organisme de la cause interne du plaisir et de la douleur.

Après avoir montré qu'il n'y a pas de plaisirs passifs dans Tordre physique, montrons qu'il n'en^ existe pas davantage dans Tordre intellectuel et moral. D'après tout ce qui précède, et d'après la^ multitude des faits qui sont en notre faveur, il semble impossible de ne pas reconnaître que Tacti-

iU POINT DE PLAISIRS PASSIFS

vite normale est tout au moins la cause d'un bien ^and nombre de nos plaisirs. Mais en est-elle la cause unique? Si l'activité a ses plaisirs, l'oisiveté, qui est son contraire, n'a-l-elle pas aussi les siens? Qui n'a pas entendu vanter les charmes de l'oisiveté? Dans tous les temps d'aimables poètes se sont plu à les • célébreir dans des vers pleins de grâce et d'abandon, dont il paraît difficile de soupçonner la sincérité. On rencontre même de semblables témoignages chez des penseurs d'une plus gi'àndegravitè. Ainsi, selon La Rochefoucauld: « Le repos de la paresse est un charme secret de Uâme qui suspend nos plus ardentes poursuites et nos plus fermes résolutions*. » Dans sa Description de V homme j BufTon semble vouloir faire d,e la paresse le principe général et dominant: « Tous les hommes, dit-il, tendent à la paresse. t> A prendre à la lettre un passage des Rêveries, où Rousseau déerit le bonheur dont il jouit dans l'île dé Saint-Pierre, on croirait d'abord qu'il est luimême un partisan très-convaincu de tous les charmes de la paresse et de toutes les douceurs du far nie^ite : « Le précieux far niente fut, dit-il , la première et la principale des jouissances que je voulus savourer dans toute sa douceur ; et tout ce que je fis, durant mon séjour, ne fut en effet que

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