AVERTISSEMENT IX
pensées. En effet, telle est l'essence du plaisir et de la douleur qu'elle force les plus distraits, les plus insouciants des choses de Fâme et de la conscience, à se replier pi us ou moins sur eux-mêmes et à leur prêter quelque degré d'attention. Quelque entraînés que nous soyons au dehors par les objets qui nous causent du plaisir ou delà douleur, nous nepouvonspasnousempêcher^mêmemalgrénousy d'avoir dans le même temps, quelque regaid sur ce que nous ressentons au dedans de nous-mêmes.
La douleur surtout n'a-t-ellepas une vertu merveilleuse pour nous contraindre à l'observation des scènes de la vie intérieure? Quel est celui qui, sous l'empire de la douleur, n'a fait, sans le vouloir plus ou moins de psychologie eî; même un peu de morale? Voyez avec quelle finesse, avec quelle subtilité, le malade, inquiet et attentif, analyse, décrit les sensations confuses qu'il ressent dans les profondeurs de l'organisme. Admirez avec quelle délicatesse la femme la plus ignorante sait rendre compte des sentiments complexes que son cœur a éprouvés, de ses joies et de ses douleurs, de ses joies mélangées de douleurs et de ses douleurs mélangées de joies, quand elle a aimé, quand elle est devenue mère, quand elle a craint de perdre ou quand elle a ^uvê son enfant 1