‹ Du plaisir et de la douleurChapitre 42 sur 107 · Éloge de René de MontmçrL â. Sénèque, ep. Lxxviii · texte numérisé non relu

Éloge de René de MontmçrL â. Sénèque, ep. Lxxviii

comme disent les Anglais, inspire le dégoût de là vie elle-même et pousse ses tristes victimes à la mort et au suicide. Dans la.vie de tout homme, depuis le boutiquier et lé commerçant jusqu'au magistrat et à Thomme d'État, c'est une crise redoutable que la transition d'une vie active, du commerce, de Tindustrie, des affaires, à l'oisiveté et au repos de la retraite, alors même qu'elle a été le plus vivement désirée et qu'elle n'est imposée ni par la limite d'âge, ni par une disgrâce.

Malheur à ce commerçant devenu rentier, à cet officier ou à ce magistrat mis en retraite, s'ils ne savent pas tout aussitôt se créer quelque activité nouvelle! Au milieu de ce repos, après lequel ils ont peut-être soupiré, bientôt ils s'ennuient, ils languissent et n'ayant, pour ainsi dire, plus de raison de vivre, plus de ressort tendu, plus de force de résistance, ils sont pour la mort comme une proie facile et sans défense. Quand on n'a plus de raison de vivre, on est bien près de la mort^ a Rien, dit. Pascal, n'est si insupportable à l'homme que d'être dans un plein repos, sans passion, sans affaire, sans divertissement, sans application... Quand un soldat se plaint de la peine qu'il a, ou un laboureur, qu'on les mette à rien faire ! d

i. f La meilleure manière d'entretenir en soi la vie, a rès-bien dit M. Martha, est de trouver qu*il vaut encore la peine de vivre. ilfolice sur M. Paiin,)

iS8 POINT DE PLAISIRS PASSIFS

Voltaire, qui a reproché à Pascal une tendance à concentrer l'activité tout entière de T homme dans la contemplation de soi-même, exprime avec des traits non moins vifs ce besoin d'activité qui est le fond même du cœur de l'homme:

c L'homme est né pour l'action... N'être point occupé et n'exister pas est la même chose pour l'homme. Job a bien dit: L'honune est né pour le travail comme l'oiseau pour voler ^ » Selon Kant, l'inertie ne s'accorde pas plus avec la vie intellectuelle que l'immobilité du cœur avec la vie physique*. i

Sans vouloir entrer dans un domaine qui n'est pas le nôtre, celui de la physiologie, dont on abuse tant, comme nous l'avons dit en commençant, nous nous bornerons, en terminant ce chapitre, à faire remarquer que la sensibilité est particulièrement expressive. Nous croyons que toutes les facultés de l'âme, qu'une grande pensée, qu'une volonté ferme, ont aussi leur reflet sur la figure humaine et leur expression au dehors; mais, de toutes nos facultés, la sensibilité est expressive au plus haut degré et en un beaucoup plus grand détail*. Notre théorie psychologique du plaisir et de la

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