‹ Du plaisir et de la douleurChapitre 43 sur 107 · Anthropologie {du plaisir et de la peine), trad. Tissot · texte numérisé non relu

Anthropologie {du plaisir et de la peine), trad. Tissot

3. Voir le Traité des passions de Bescartes et les travaux contemporains de Bain, the Emotions and the WilU 3* édit., 1875, et de Darwin, the Expression of the émotions, etc.

douleur semble se traduire plastiquement et se vérifier en quelque sorte au dehors par une pantomime si expressive, qu'elle n'a jamais trompé aucun œil humain, à moins de feinte et de fo rberie. Dans le plaisir, comme dit Cabanis, tous les organes semblent aller au-devant des impressions, ils s'épanouissent pour les recevoir par plus de points ^ Il y a une surexcitation d'énergie musculaire qui manifeste d'une manière sensible cette surexcitation d'activité interne d*où nait le plaisir.

De même que le plaisir se traduit au dehors par un épanouissement, par une dilatation des organes, de même la douleur a pour expression la contraction, la dépression, l'abattement. Dans la douleur, dit encore Cabanis, l'animal se retire tout entier sur lui-même, comme pour présenter le moins de surface possible au mal qu'il souffre ou qu'il redoute. Cependant on peut objecter qu'une douleur vive, plus excitante encore que le plaisir, se manifeste par une dépense extraordinaire d'énergie, par des mouvements désordonnés, jdes convulsions, des crises nerveuses, ne ressemblant guère à cet abattement qui, selon nous, est l'effet et le signe de la douleur.

11 est vrai que tels sont les premiers symptômes

1. Rapports du physique et du moral ^ 2* mémoire, Histoire physiologique des sensations.

de certaines douleurs. Il y a, au premier moment, des efforts, des mouvements extraordinaires, et comme une sorte de révolte dans tout l'organisme pour les expulser. Mais, à cette première phase de la douleur, à ces efforts excessifs, succèdent bientôt l'épuisement, l'abattement, la prostration. Cette énergie extraordinaire était au détriment de l'énergie requise pour l'accomplissement régulier des fonctions organiques; c'était un déplacement, un trouble, et non pas, comme dans le plaisir, un réel surcroît d'activité et de force. L'affaissement, la prostration, qui suivent si promptement, rendent assez manifeste que la douleur est bien par elle-même essentiellement déprimante ^ Ainsi l'expression externe de la sensibilité vient-elle confirmer ce que nous croyons avoir observ.é au dedans. Cette activité intérieure d'où naît le plaisir, et ce défaut d'activité d'où naît la douleur, impriment pour ainsi dire leur image sur

1. Voir l'appendice B de la dernière édition de Sensés and inielr ligenoe de Bain, intitulé : Physical accomparUements of pleasure and pain. — Je me borne à citer, d'après Bain, le passage suivant de VAnatamy of expression de Charles Bell :

f In pain, the body is exerted to Violent tension, and ail the* émotions or passions allied to pain, or having their origin or foundation in painful sensations, bave this gênerai distinction of character, tbat there is an energetic action or tremor, the effect of universal and great excitement. It must at the same time be remembered tbat ail the passions of this classe, some more immediately, others more indirectly, produce in the second stage oxUaustion, debility, and loss of tone, from over exertion.

l'organisme tout entier et se rendent sensibles du dehors même à tous les yeux^

1. Saint Augustin a dit : « Lœtitia animi diffusio, tristitia animi contractio. » (In Joannem evangelistam, cap. x.) Ces mêmes termes ont été employés par Jouffroy. Rien, suivant lui, n*exprime mieux que les termes de dilatation et de contraction, la joie et la tristesse (Mélangés phUosophiqueSy amour de soi.)

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