‹ Du plaisir et de la douleurChapitre 45 sur 107 · De natura rerumt lib. VI · texte numérisé non relu

De natura rerumt lib. VI

Nos plaisirs les plus doux ne vont pas sans tristesse.

(Corneille, Horace.)

du plaisir et de la douleur, de la source même des douleurs s'élève aussi parfois, pour Tâme affligée, quelque chose de doux qui lui plaît au sein même de son affliction, de telle sorte qu'il y a aussi quelque chose de vrai dans cette contrepartie des beaux vers de Lucrèce :

..... Medio de fonte dolonim Surgit amœni aliquid luctu quod amamus in ipso ^.

Homère se sert plus d'une fois de cette expression remarquable : jouir de sa douleur, ré/wreiv yooto*. L'alliance de ces deux mots, qui sembleraient ne pas devoir se rencontrer ensemble, a été remarquée par La Fontaine : a Les larmes, dit-il, que nous versons sur nos propres maux sont, au sentiment d'Homère, une espèce de volupté. Car en cet endroit où il fait pleurer Achille et Priam, l'un du souvenir de Patrocle, l'autre de la mort du dernier de ses enfants, il dit qu'ils se saoulent

1 . Ces vers sont cités dans le Cours de littérature dramatique de M. Saint-Marc Girardin.

La peine a ses plaisirs, le p^ril a ses charmes,

(Voltaire, Henriade, chant V.* Lamartine a dit aussi :

Oui, dans la coupe amère où noas buvons la vie. n se mêle toujours quelque goutte de miel.

2. Dans la prière de Priam à Achille, liv. XXUI, v. 98, et dans plusieurs autres passages de VIliade et de VOdysséCt parmi lesquels noua citerons Tapparition de Tombre de Patrocte à Achille, révocation par Ulysse de sa mère Ànticlée*

de ce plaisir; il les fait jouir de pleurer, comme si c'était quelque chose de délicieux ^ >

Platon, dans le Philèbe, a aussi signalé ces rapports si intimes du plaisir et de la douleur : c Ne conviens-tu pas, dit Socrate à Protarque, que la colère, la crainte, le désir et la tristesse, l'amour, la jalousie, Tenvie et les autres passions semblables, sont des douleurs propres de l'âme? — Oui. — Ne trouverons-nous point qu'elles sont remplies de plaisirs inexprimables? Est-il besoin que, par rapport au ressentiment et à la colère, nous rappelions que la colère entraine quelquefois le sage à se courroucer :

Plus douce que le miel qui coule du rayon '.

et les plaisirs mêlés avec la douleur dans les lamentations et les regrets. Tu te rappelles aussi les représentations tragiques où l'on pleure en même temps que l'on goûte de la joie*. »

Selon Aristote, comme selon Platon, il y a quelque plaisir même dans le deuil et dans les larmes. On s'afflige, dit-il, parce qu'une personne n'est plus , mais on trouve du charme à se souvenir d'elle, à la voir dans sa pensée, à se rappeler ses actions et toute sa personne*. Il cite ensuite cette

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