Pars tertia Physices, sect. III, cap. v
tiques qui nous arrachent des larmes*. Dans le récit des amours de Psyché, au moment où finissent le bonheur et la gloire de son héroïne , victime d'une curiosité fatale, La Fontaine s'interrompt et demande à ses amis de le dispenser de raconter le reste, de peur de trop émouvoir leur pitié. Là-dessus s'engage entre les quatre amis une spirituelle et ingénieuse discussion sur les plaisirs comparés de la pitié et du rire, de la tragédie et de la comédie. Malgré tout son esprit, Gélaste, l'avocat du rire et de la comédie, ne nous semble pas l'emporter sur Ariste, qui a pris en main la cause de la pitié et de la tragédie et qui soutient que la volupté des belles tragédies est plus grande que celle du comique. « Les traits comiques, tout beaux qu'ils sont, n'ont ni la douceur du charme, ni la puissance de la tragédie. Celle-ci plaît, l'autre ravit, voilà la différence entre la pitié et le rire*. j> Telle est la conclusion de cette délicate et ingénieuse digression sur les deux grandes formes du plaisir dramatique.
Guizot, qui a aussi analysé les causes de ce même
1. Un poëte latin moderne, Virginius Cœserinus, ôité par Hamilton, a très-bien exprimé cette disposition du cœur humain
Oblectat pavor ipse animum ; sunt gaudia curis. Et stupnisse juvat, quem doluissc pigot.
2. Cette charmante digression se trouve à la fm du premier livre des Amours de Psyché. Quelques éditem*s ont eu le tort de la supprimer, la considérant sans doute comme un hors-d'œuvre.
U2 DU PLAISIR DANS LA DOUtEUR
plaisir, le ramène, conformément à notre principe, à la satisfaction qui naît d'une plus grande énergie d'existence. « Livrés tout entiers, dit-il, dans ces jeux de l'âme à l'exercice de nos facultés morales, nous nous y portons avec cette satisfaction vigoureuse qui naît d'une plus grande énergie d'existence ; si un peu de douleur vient se mêler à cette satisfaction, le mal de souffrir n'est plus alors que le plaisir de sentir *. »
Saint Augustin s'étonne de cette tendance du cœur humain à trouver du plaisir aux tristes spec^ tacles de la souffrance et de la douleur. Il se demande pourquoi l'homme ne contemple pas sans quelque attrait des événements lamentables et tragiques que lui-même il ne voudrait certainement pas endurer. « Et cependant il veut en souffrir quelque douleur, et c'est cette douleur même qui est son plaisir. Quelle misérable folie ! s'il n'est pas douloureusement ému, si le spectacle le laisse froid et insensible, il s'en va dégoûté et mécontent. Si au contraire il est ému douloureusement par le spectacle qui fixe son attention, il est joyeux et il pleure : « gaudens lacrymatur, lacrym» ergo amantur et dolores*. » Enfin il demande à Dieu pourquoi les larmes sont douces aux affligés : c Unde igitur suavis fructus de amaritudine